Egalité professionnelle : Rennes "normalise" les horaires de travail des agents d'entretien

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Ille-et-Vilaine

A la ville de Rennes, le personnel d'entretien des bureaux profite depuis quelques mois d'une nouvelle organisation du temps de travail. Avec, pour ces 38 femmes, amélioration de leurs conditions de travail et de leur statut (horaires en continu, temps complet...) mais aussi gains de productivité.

Difficile pour une femme de concilier vie professionnelle et vie familiale quand on commence à 7 heures le matin pour finir à 20 heures 25 avec une longue coupure en milieu de journée. Surtout quand on n'a pas le permis de conduire et que le dernier bus passe à 20 heures 30. Telle était la situation début 2003 de la majorité de la cinquantaine d'agents affectés à l'entretien des bureaux sur les 47 sites municipaux de Rennes, des femmes pour la plupart à temps non complet (2/3 temps). Conséquence, le service était confronté à un turn-over important et un absentéisme élevé.
C'est le maire, Edmond Hervé, qui a demandé à ses services de plancher sur une nouvelle organisation du travail afin d'améliorer les conditions de travail de ces personnels comme la qualité et l'efficacité du service rendu. Il faut dire que l'auteur du rapport sur "Les Temps des villes" (juin 2001) est particulièrement sensibilisé à ces questions. Avec une adjointe au maire déléguée aux femmes et au temps de la ville, le maire de Rennes a dès les années 1990 initié une démarche d'égalité professionnelle au sein de l'administration municipale, d'abord en direction des femmes cadres puis des femmes agents d'exécution. La création d'un bureau des temps en 2002 a permis de multiplier les actions, dans le cadre notamment du programme européen Equal avec le projet "Rennes, égalité des temps"(voir "Lire la suite" : "Le bureau des temps de la ville de Rennes").

Etat des lieux détaillé et expérimentation

Une équipe projet a donc été constituée, en lien avec la DRH et le bureau des temps, accompagnée par une consultante externe recrutée spécifiquement en mars 2003 pour cette mission d'audit et d'aménagement des horaires de travail. La consultante a pris le temps de visiter chacun des 47 sites municipaux et de réaliser des entretiens avec tous les agents de nettoyage, afin de dresser une analyse fine de la situation et des difficultés, de leurs attentes et motivations. "La plupart des femmes se plaisaient bien sur le(s) site(s) où elles travaillaient, mais elles souhaitaient ne pas y être seules et surtout avoir des 'horaires normaux'", rapporte Angélique Porée, la chargée de mission. Elle a ensuite rencontré les chefs de service pour les sensibiliser au projet et sollicité leur contribution pour la réalisation des plannings d'entretien pour chaque site. "C'est important de s'appuyer sur l'encadrement de proximité", souligne-t-elle.
Sur la base des résultats de cet audit, une nouvelle organisation du temps de travail a été expérimentée sur un premier site en avril 2003, puis étendue à douze autres localisations en septembre. Après quelques améliorations et réajustements, elle a été généralisée à l'ensemble des locaux municipaux fin janvier 2004 et avalisée par le comité technique paritaire du 6 février et par une délibération du conseil municipal du 8 mars... date de la Journée internationale de la femme.

Interventions en binôme

Les agents en charge du nettoyage des bureaux travaillent désormais sur des plages horaires continues (7 heures 30-15 heures 30 ou 10 heures 45-18 heures 45 avec une heure pour déjeuner). Avec en corollaire le passage à temps complet pour tous les agents qui le souhaitaient. Autre forte revendication satisfaite, le travail en équipe binôme sur presque chaque site. Plus sécurisant, plus motivant en termes d'entraide et de répartition des tâches, il permet aussi de régler plus facilement les problèmes d'absence. Enfin, l'effort a été porté sur l'amélioration du déroulement de carrière de ces personnels d'entretien, avec l'ouverture de six postes au concours d'agent technique et une incitation à s'y présenter. En projet, la mise en place d'une bourse de mobilité interne pour offrir davantage de choix de postes aux agents (sites d'intervention, tranche horaire, éventuellement aussi passerelle vers le service d'entretien des écoles) et le renforcement des formations pour professionnaliser le métier.
Les femmes de ménage ont aujourd'hui le sentiment d'une meilleure reconnaissance professionnelle et sociale et se sentent davantage intégrées au service, facteurs de valorisation et de motivation. L'absentéisme a dégringolé de 45%, la productivité du service a crû de 15% et le service rendu s'est amélioré.
Le maire de Rennes espère maintenant que cette expérience serve de référence, et essaime chez d'autres employeurs, publics comme privés.

 

Emmanuelle Yohana / EVS Conseil pour Localtis
 
 


"Une bonne cohabitation entre les 'nettoyeurs' et les 'salisseurs' "


 

Pas facile d'harmoniser les horaires de travail des agents d'entretien et ceux des occupants des bureaux. Angélique Porée, chargée de mission sur ce projet, revient sur le travail de fourmi qu'a constitué l'élaboration des plannings, et sur les nouvelles relations entre les deux catégories d'agents.

Comment avez-vous réussi à rendre compatible le temps de travail des agents chargés du ménage des bureaux avec celui des occupants de ces bureaux ?


Cela suppose une organisation très fine et un bon passage d'information entre les différents agents. Pour cela, nous avons établi un planning hebdomadaire précis pour chaque site en indiquant les tâches, lieux et heures d'intervention des femmes de ménage en fonction des présences/absences horaires au jour le jour de chaque agent des bureaux. Elles passent ainsi faire le ménage quand les occupants des bureaux sont en pause déjeuner ou en salle de réunion, quand ils sont absents un jour de la semaine (RTT, formation, temps partiel, arrêt maladie...) ou arrivent plus tard un matin.
Le plus difficile dans ce projet a justement été de trouver les bonnes combinaisons pour caler au mieux les temps de travail des agents et les possibilités d'intervention sur site. Ca a été un véritable travail de fourmi qui a nécessité de nombreux réajustements.

Comment ont réagi les personnels administratifs des bureaux aux nouveaux horaires de travail des agents d'entretien ?

Comme me l'a dit une employée de bureau, il y a finalement une bonne cohabitation entre les "nettoyeurs" et les "salisseurs". L'enquête de satisfaction menée auprès du personnel administratif montre en effet que la nouvelle organisation du travail n'entraîne pas de gêne particulière. Les occupants des locaux apprécient même plutôt le fait de rencontrer les agents d'entretien pendant leur temps de travail, ce qui facilite les échanges : information sur des consignes particulières, sur l'heure à laquelle il sera possible de faire le ménage le lendemain, mais aussi plus grande convivialité. Mieux intégrés au sein de la vie du service, les personnels d'entretien se sentent davantage impliqués et responsabilisés dans leur travail.
Cette enquête a fait d'ailleurs apparaître la réelle prise de conscience par le personnel de bureau de l'importance pour les agents d'entretien de bénéficier d'horaires leur permettant de concilier vie familiale et vie professionnelle.

Cette nouvelle organisation du travail, avec notamment le passage à temps complet d'un bon nombre d'agents, s'est-elle faite à effectif constant ?

La municipalité a créé 38 postes à temps complet affectés à l'entretien des locaux municipaux, en lieu et place d'une cinquantaine de postes à temps non complet, avec la titularisation de la plupart des agents. Cela s'est fait à effectif constant, avec les départs en retraite de certains et l'affectation d'autres au service de l'entretien des écoles.
La mise en place des équipes binômes à temps complet a en revanche impliqué une nouvelle organisation géographique de leur travail, des équipes étant amenées à intervenir parfois sur plusieurs sites dans la même journée. Des indemnités de déplacement sont prévues dans ce cas.


 

Le bureau des temps de la ville de Rennes


 

Pour poursuivre et renforcer les actions visant à mieux articuler les temps sociaux et la qualité de vie des habitants sur le territoire de l'agglomération rennaise, la municipalité a créé en mars 2002 un bureau des temps.

Le bureau des temps de Rennes est rattaché directement à la direction générale des services de la ville mais travaille en étroit partenariat avec le Conseil de développement de l'agglomération et du pays de Rennes (Codespar). Trois personnes composent l'équipe de cette unité, pour un budget annuel de 348.772 euros. Le bureau des temps bénéficie également de subventions de la Datar, qui soutient les politiques temporelles expérimentées par une dizaine de collectivités locales. Il bénéficie en outre de fonds européens. Cela dans le cadre du programme Equal pour le projet "Rennes, égalité des temps" dont l'objectif est de lutter, par une meilleure articulation des temps sociaux et des temps des villes, contre les discriminations qui affectent les femmes sur le marché du travail, en particulier les agents de nettoyage et les cadres.

Diagnostic et concertation

Le bureau des temps mène ses réflexions sur différentes problématiques : accueil et garde d'enfants, temps des femmes, diversification de l'offre culturelle, organisation de services de proximité au public, transport et mobilité, université et temps des étudiants.
Son principe d'action : mener un diagnostic très fin et engager la concertation avec les différents acteurs concernés avant d'élaborer des solutions nouvelles qui prennent en compte à la fois les besoins et les contraintes de chacun. Ainsi une enquête sur les besoins en terme de temps des femmes agents d'entretien et cadres, menée dans deux zones d'activité rennaises, va être complétée par deux autres études auprès des employeurs et des prestataires de services.
"La difficulté de ces politiques temporelles, c'est d'aboutir rapidement à des actions concrètes, souligne Danièle Touchard, responsable du bureau des temps de Rennes. Changer les comportements et les modes d'organisation ne se fait pas du jour au lendemain. Cela demande en fait beaucoup d'énergie et de temps pour n'obtenir, au début, que de petits résultats."

Mode de garde, rythmes scolaires, concerts de midi

La réorganisation des horaires de travail des agents d'entretien municipaux est l'une des premières actions concrètes d'envergure impulsées par le bureau des temps. Autres initiatives soutenues qui ont vu le jour récemment : une solution de mode de garde à domicile pour les parents qui travaillent tôt le matin ou tard le soir, une crèche inter-entreprise et intercommunale qui accueille les enfants de 6 heures 30 à 21 heures 30, une expérimentation-évaluation sur trois ans de nouveaux rythmes scolaires dans une école élémentaire, l'organisation de concerts le midi à proximité des lieux de travail...
En réflexion aussi, la création de services marchands et non-marchands (soins du corps, santé, repassage...) non plus forcément à proximité des lieux d'habitation, mais plutôt à proximité des zones d'activité.
Par ailleurs, pour sensibiliser les acteurs sociaux et la population, des conférences thématiques sont prévues et des feuilletons documentaires, diffusés sur TV Rennes ou dans les entreprises, sont en cours de tournage.

Ville de Rennes

Nombre d'habitants :

380000
Hôtel de Ville - BP 3126
35031 Rennes Cedex

Jean-Claude Haigron

Service propreté et hygiène des locaux

Danièle Touchard

Responsable du bureau des temps

Angélique Porée

Chargée de mission contractuelle sur le projet de réorganisation du temps de travail des agents d'entretien de la ville de Rennes
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