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Politique de la ville - Emploi dans les quartiers : quand les élus s'intéressent à l'économie sociale et solidaire

Comment l'économie sociale et solidaire peut-elle contribuer au développement économique et à l'emploi dans les territoires les plus en difficulté ? A l'invitation du Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES), cette question a réuni, le 15 décembre 2015 à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), des élus et des professionnels aux domaines de compétences variés - ESS, politique de la ville, insertion et emploi, etc.

Les liens entre économie sociale et solidaire (ESS) et politique de la ville ne manquent pas, ainsi que l'a démontré le séminaire organisé le 15 décembre par le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES). Un salarié de l'ESS sur trois habite dans un quartier prioritaire, selon Sabine Thibaud, responsable du bureau du développement économique et de l'emploi au commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). Par ailleurs, certaines activités de l'ESS, telles que les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE), sont très présentes dans les territoires prioritaires. Sabine Thibaud évoque aussi des domaines comme le tourisme social, les centres de santé ou encore l'éducation populaire.
Plus globalement, la dynamique associative observée dans de nombreux quartiers de la politique de la ville s'inscrit dans l'ESS et participe à l'économie du territoire.
Pourtant, en pratique, les professionnels de la politique de la ville – y compris ceux qui s'occupent de développement économique - et les acteurs de l'ESS ne se parlent pas toujours. L'étanchéité - de cultures, de métiers et de modes d'action - est parfois constatée au sein d'une même collectivité locale.

Mobilisation collective et micro-économie locale

Pour Dounia Besson, maire-adjointe de Lyon en charge de l'ESS , il importe de se saisir de toutes les occasions de mobilisation des habitants, dans le cadre des fonds de participation des habitants, en lien avec les conseils citoyens, par exemple, pour "repérer dès le départ l'innovation sociale". Aujourd'hui, à en croire l'élue, dans de tels dispositifs de la politique de la ville visant à encourager l'initiative des habitants, on ne se préoccupe pas du potentiel économique des idées ou des projets qui émergent.
Pourtant, la mobilisation des habitants sur les sujets qui les préoccupent peut être un préalable à leur implication dans des activités économiques. A Grenoble, le travail d'Alliance citoyenne tend à démontrer, selon son coordinateur Adrien Roux, "l'articulation entre ce travail de mobilisation et la micro-économie locale".
S'inspirant des méthodes anglo-saxonnes de "community organization", l'association part de la "colère" des habitants pour aller vers l'expression d'une demande collective, pouvant déboucher sur une interpellation - des pouvoirs publics, des bailleurs, etc. - ou sur une action collective en cas de fin de non-recevoir de la part de ces derniers. L'objectif, explique Adrien Roux, est d''obtenir des victoires, des changements concrets", qui donneront aux habitants de la confiance et des perspectives, l'envie de se saisir d'opportunités - d'emplois, de formations ou encore d'aides à la création d'entreprise.

La quasi-totalité des contrats de ville mentionne l'ESS

Dans les collectivités, on n'en est pas toujours à ce stade de la réflexion. L'élaboration des contrats de ville a pu être l'occasion d'inscrire la contribution de l'ESS à l'atteinte des objectifs d'emploi et de développement économique dans les quartiers. Sur 25 contrats analysés par le CGET, "la quasi-totalité mentionne l'ESS", rapporte Sabine Thibaud, "mais avec des portes d'entrées multiples" : l'emploi, la qualité du logement, les services à la personne, la santé ou encore la mobilité.
Autre signe de l'impulsion donnée sur un plan stratégique : certaines chambres régionales de l'ESS (Cress) ont signé des contrats de ville. C'est le cas de la Cress Alsace, qui a signé quatre contrats, dont ceux de Strasbourg et de Colmar. Pour Marc Brignon, délégué général de la Cress Alsace, c'est l'occasion d'"expliciter le rôle de l'ESS" et d'"amener des acteurs différents à travailler ensemble".

Dépasser le stade de l'intention

Le risque, en particulier pour les collectivités aux équipes restreintes, c'est de ne pas réussir à dépasser le stade de l'intention. A Argentan, ville de 15.000 habitants de l'Orne, la pauvreté d'aujourd'hui est une conséquence directe de la fermeture en cascade d'usines entre 2001 et 2004. Si l'emploi est donc bien une priorité, Frédéric Léveillé, maire-adjoint délégué au développement durable, déplore un "manque de personnel évident" et un manque de compétences de son équipe sur le développement économique. Il ajoute : entre le contrat de ville, le plan local de sécurité, le contrat local de santé, "on n'arrête jamais" et "tout cela paraît un peu nébuleux"… Pour pouvoir porter des actions concrètes, il évoque l'idée de "se grouper entre communes", ou encore l'appui de la Caisse des Dépôts pour la réalisation d'un diagnostic sur l'ESS.
Le RTES et le CGET prévoient de publier ensemble des "bonnes pratiques" qui aideront les collectivités à renforcer les opportunités liées à l'ESS pour les habitants des territoires prioritaires. A Châteauroux (Indre) par exemple, le contrat de ville prévoit la nomination, par l'agglomération, d'un "référent facilitateur du développement d'actions innovantes".

 

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