Énergies renouvelables : une hirondelle ne fait pas le printemps

À première vue, 2020 devrait être un bon millésime en matière de développement des énergies renouvelables électriques en France, selon la douzième édition du baromètre Observ’ER. L’association redoute toutefois des résultats en trompe-l’œil et les juge dans tous les cas insuffisants pour combler le retard pris ces dernières années. Alors que l’acceptabilité des projets devient un enjeu grandissant pour l’ensemble des filières, les collectivités locales sont plus que jamais appelées à montrer la voie.

Après un mauvais millésime 2019 (voir notre article du 13 janvier 2021), le vent a soufflé dans le dos de l’électricité renouvelable en 2020. Sa production a progressé de 11,5% et sa part dans la consommation annuelle a atteint 24,8%, relève le baromètre 2021 des énergies renouvelables électriques en France de l’association Observ’ER. Autre bonne nouvelle, la puissance raccordée au 30 septembre dernier atteignait 60.459 MW, en progression de 4.400 MW, soit le double de 2020. "Un seuil jamais atteint", souligne Frédéric Tuillé, responsable des études chez Observ’ER. Autant de bonnes nouvelles qui ne parviennent pour autant pas à combler les membres de l’association et ses partenaires, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) d’une part, et l’Ademe d’autre part.

Des objectifs toujours plus inaccessibles

D’abord parce que "bien qu’en constante augmentation depuis 2004, la part du renouvelable a été pratiquement toujours en retard sur les objectifs nationaux du plan d’action énergie renouvelable sur lequel le pays s’est engagé vis-à-vis de la Commission européenne. À échéance de ce plan (fin 2020), l’écart est de 2,2 points de pourcentage avec les 27% qui devaient être atteints", pointe le rapport. Pis, cet écart va croissant. Pour l’éolien, "la progression actuelle est en train de sortir du rythme demandé par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). […] Pour atteindre son objectif à 2023, l’Hexagone devra plus que doubler la capacité installée actuellement chaque année". De même pour le photovoltaïque, pour lequel "un décrochage avec la feuille de route de la PPE est déjà nettement visible". Pourtant, alors que "le rythme de progression du parc stagnait autour du GW depuis près de dix ans", il "va dépasser pour la première fois de son histoire les 2GW de puissance unitaire supplémentaire raccordée en une année", indique le rapport.
Ensuite, et plus encore, parce que "les résultats de 2020 ont été artificiellement améliorés par le ralentissement économique lors des périodes de confinement. […] Dans un contexte plus normal, la part de l’électricité renouvelable se serait sans doute située entre 23,5 et 24%", relativise Observ’ER. L’observatoire souligne en outre, notamment pour le photovoltaïque, que "le mouvement de 2021 est sans doute exacerbé par le décalage de mise en service de centrales initialement programmées pour 2020".

Manque de confiance dans les services déconcentrés et bureaucratie

Par ailleurs, plusieurs éléments figurant dans le baromètre font douter de la capacité française à passer rapidement la démultipliée. Parmi les freins évoqués, figure en bonne place "un rythme de délivrance des autorisations trop lent", selon Michel Gioria, délégué général du syndicat France énergie éolienne, qui évoque "environ 10 GW de projets en attente d’autorisation dans les Dreal". Un avis corroboré par Antoine Huard, président de France territoire solaire, qui déplore lui aussi "la lourdeur des procédures d’obtention des autorisations", faisant état de "délais bien supérieurs à l’Allemagne". Une lourdeur qu’il explique en partie par le "manque de confiance de l’échelon national dans ses services déconcentrés", qui se traduit par un "enchevêtrement de règles" auquel vient s’ajouter "un mille-feuille de schémas d’aménagement et d’échelons de décision déjà très complexe à appréhender". Pourtant, "l’État avance, et fluidifie les procédures. Mais ce n'est pas assez, il reste encore des obstacles incompréhensibles", estime Vincent Jacques Le Seigneur, président d’Observ’ER.

Enjeu d'acceptabilité des projets

Autre frein particulièrement puissant, les associations de défense de l’environnement et/ou les normes environnementales, auxquelles viennent s’adjoindre les réticences des riverains. Si l’on songe évidemment à l’éolien terrestre, aucune filière n’est épargnée. Ainsi du photovoltaïque – pour son impact sur l’utilisation des sols et les atteintes aux paysages, Antoine Huard soulignant "l’enjeu grandissant de l’acceptabilité des projets" pour cette filière  –, de la petite hydraulique, dont "près des trois quarts de [son] potentiel sont impossibles à exploiter du fait du classement de nombreux cours d’eau", de la biomasse (le baromètre prenant exemple de l’opposition des associations environnementale au projet de Gardanne), du biogaz, avec l’opposition croissante à l’installation de méthaniseurs pour leur impact sur l’agriculture et sur la capacité du sol à stocker le carbone, leurs besoins en énergie ou les risques industriels qu’ils font peser, de la géothermie (répercussions des secousses sismiques survenues sur le site de Vendeheim) ou encore de l’éolien en mer…

Les collectivités appelées à la rescousse

Pour forcer la porte de l’acceptation locale des projets, Vincent Jacques Le Seigneur en est convaincu, "les collectivités territoriales sont la clé. C’est par elles qu’on va basculer". À la FNCCR, où l’on partage évidemment l’intuition, on rappelle "la palette des actions" qui s’offrent à elles : comme maîtres d’ouvrages, en mettant à disposition des débouchés, du foncier ou des gisements, en investissant dans des sociétés de projets, en mettant en place des outils permettant la participation des acteurs locaux, en développant des entreprises publiques locales ou encore en communiquant et informant les acteurs du territoire "sur les intérêts et les potentiels des projets en cours". Source d’espoir, pour Xavier Pintat, président de la FNCCR, "les collectivités, et singulièrement les autorités organisatrices de la distribution d’énergie (AODE), ont pris la mesure de leurs responsabilités dans la transition énergétique". Et d’évoquer "centrales villageoises, projets associant les citoyens, autoconsommations collectives… [qui] sont autant de clés investies par les collectivités pour garantir l’acceptabilité des projets et leur pleine appropriation locale". "Pour l’heure, ces projets à gouvernance locale ne représentent qu’1% du total. Il faut les favoriser", plaide Stefan Louillat, chef de service adjoint EnR à l’Ademe. Le gouvernement s’y emploie, et espère que 1.000 projets de ce type s’épanouissent d’ici 2028 (voir notre article du 8 novembre dernier).

 
  • Sraddet : premier état des lieux

Le baromètre Obsev’ER propose cette année un premier bilan des ambitions des différents schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (Sraddet – neuf approuvés par le préfet à la fin 2021) en matière d’énergies renouvelables. En comparant l’ensemble de leurs engagements avec les objectifs de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), l’Observatoire relève que des quatre principales filières, l’éolien terrestre apparaît comme "la moins en phase". L’éolien en mer ne devrait pas non plus atteindre ses objectifs 2028. Pour les autres filières, "l’ensemble des Sraddet propose des dynamiques compatibles avec les objectifs de la PPE", le photovoltaïque dépassant même les objectifs fixés.

 

 

 

 

 

 

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