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Enquête victimation 2018 et perceptions de la sécurité : des indicateurs à la baisse

L’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a rendu publics les résultats de l'enquête "Cadre de vie et sécurité 2019" qu’il conduit chaque année auprès de 16.000 ménages. La plupart des indicateurs sont à la baisse – seuls les violences physiques hors ménages et les débits frauduleux sur carte bancaire continuent de croître. Ce que corrobore un sentiment d’insécurité également en légère baisse. Terrorisme, chômage et pauvreté restent en tête des préoccupations.

Après une année 2017 plutôt terne, l’enquête de victimation* "Cadre de vue et sécurité 2019" de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) indique que la plupart des voyants sont "au vert". Sont en effet en net recul les atteintes aux logements des ménages, qu’il s’agisse des cambriolages (490.000 victimes, comme en 2015, contre 569.000 l’an passé ; ils restent plus élevés en agglomération parisienne et dans les villes de plus de 100.000 habitants), des vols sans effraction (qui touchent davantage les maisons) ou des actes de vandalisme (qui affectent majoritairement les appartements). Également en baisse, les atteintes aux véhicules (les vols de voitures ont, par exemple, diminué de plus de la moitié depuis 2006), les vols personnels (avec ou sans violences), les injures et menaces et les arnaques. Même les violences sexuelles hors mariages, les violences dans le ménage et celles au sein du couple diminuent – alors que l’année 2018 a été marquée par le mouvement #metoo. "Les niveaux restent très élevés et il faut être prudent avec ces tendances", relativise toutefois l’enquête en la matière. Seuls deux indicateurs restent au rouge : les violences physiques hors ménage, qui affectent majoritairement les hommes, et les débits d’argents frauduleux sur un compte bancaire. Ils continuent d’augmenter fortement.

Sentiment d’insécurité et population : une courbe en U

En toute logique, le sentiment d’insécurité est lui-aussi en recul, qu’il s’agisse de celle ressentie dans le quartier ou village ou à son domicile.
21% de la population interrogée déclarent ressentir de l’insécurité dans leur quartier ou village, "ce qui représente 11,1 millions d’individus", extrapole l’enquête. Un chiffre en légère diminution. L’enquête relève que ce sentiment est d’autant plus élevé que l’unité urbaine est peuplée. Ainsi, le taux atteint 26% dans celles de 100.000 habitants et plus, et 29% dans l’agglomération parisienne, alors qu’il est de 16% dans les unités urbaines de moins de 20.000 habitants et de 13% dans les communes rurales. Elle y est plus forte chez les femmes, particulièrement les plus jeunes (l’enquête citant une étude de l’Institut région Île-de-France de 2017 selon laquelle 32% des femmes déclarent avoir peur d’être seules dans leur quartier le soir, et même 5% trop peur pour sortir). Elle croît quand, dans le quartier ou village, ont été volontairement dégradés ou détruits au cours des douze derniers mois des biens collectifs (abribus, panneaux, etc.), pour atteindre alors 35%, et même 37% quand ce sont des voitures qui ont été dégradées ou détruites (et 43% lorsque ces voitures ont été incendiées).

L’enquête souligne que l’insécurité ressentie apparaît également liée au cadre de vie. Elle est d’autant plus forte quand les rues, routes et trottoirs qui bordent l’habitat sont en mauvais état (28%), lorsque l’éclairage de proximité est mal assuré (29%), quand les espaces verts sont mal entretenus (32%), lorsque les immeubles environnants sont en mauvais état (41%) et quand des personnes se réunissent trop souvent aux abords du domicile (49%). Confirmant en quelque sorte la théorie de la vitre brisée.

S’agissant de l’insécurité ressentie au domicile – par 16% de la population interrogée, "soit 8,2 millions d’individus", l’enquête souligne que pour la première fois depuis plusieurs années "elle est légèrement plus élevée dans les communes rurales". Elle varie selon le type de logement – ou sans doute plus vraisemblablement leur degré d’isolement. Ainsi, elle est plus forte chez les personnes résidant dans une ferme, un pavillon, une maison indépendante ou une maison de ville mitoyenne que chez celles résidant dans un immeuble. Chez ces dernières, sans surprise là-encore, le sentiment d’insécurité est d’autant plus fréquent lorsque la façade est dégradée (22%), quand les parties communes ou l’équipement à l’intérieur de l’immeuble sont en mauvais état (23%), lorsque les caves ou celliers ne sont pas sûrs ou sont condamnés (26%) et quand des personnes se réunissent trop souvent dans les escaliers ou l’entrée (30%). Bref, le fait d’avoir des voisins proches rassure dans un premier temps, mais la peur reprend ses droits au fur et à mesure que la population s’accroît.

L’enquête relève également que 43% des personnes interrogées ont observé au moins un fait de délinquance (consommation d’alcool excessive dans 31% des cas, drogue dans 24%) dans leur quartier ou village. Y sont les plus confrontés les personnes résidant en agglomération pa­risienne (58%, et même 75% dans Paris intra-muros) et les plus jeunes (14 à 29 ans).

Terrorisme, chômage et pauvreté, le tiercé de la peur

Contre toute attente, en dépit des attentats de Trèbes (le sacrifice du colonel Beltrame) ou du marché de Noël de Strasbourg, qui ont frappé l’opinion, le terrorisme a fortement reculé en 2018 parmi les différents sujets de préoccupation des personnes interrogées (le terrorisme est devenu un sujet de préoccupation majeur des Français à partir de la vague d'attentats de 2015). Désormais rejoint par la pauvreté, il reste toutefois considéré comme "le plus préoccupant" pour 20% du panel, devant la pauvreté (19%) et le chômage (16%), puis l’environnement (14%), la santé (13%), la délinquance (10% - préoccupation qui croît avec l’âge), le racisme et la discrimination (7%) et la sécurité routière (2%). Il est particulièrement prégnant chez les femmes, les mineurs et les adultes de moins de 50 ans alors que la pauvreté arrive en tête chez les 50-76 ans et la santé chez les 77 ans et plus et que les hommes sont relativement davantage préoccupés par le chômage.

 

* Conduite (avec l’Insee et le service statistique ministériel de la sécurité intérieure) depuis 2007 auprès d’environ 15.000 ménages et individus de 14 ans et plus, cette enquête est l’avant-dernière du genre, suite à la suppression de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice, auquel l’ONDRP est rattaché, l’Insee ayant par ailleurs indiqué qu’il ne serait plus en mesure d’assurer la réalisation de l’enquête CVS après l’édition prévue en 2021.

 

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