Ferroviaire : la Fnaut appelle à mettre fin au "malthusianisme"

La Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) juge urgent de rétablir le ferroviaire comme "épine dorsale" des mobilités. Elle propose pour cela de revoir nettement à la hausse les investissements qui lui sont consacrés et réclame aux régions "plus d'unité ferroviaire" pour des tarifications aux voyageurs plus simples et va jusqu'à préconiser une "convention collective usagers".

À l'heure de la rentrée, la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) veut remettre le dossier des mobilités sur le haut de la pile. "Ni la campagne présidentielle, ni celle des législatives n’ont permis de le faire, c'est dommage", a regretté son président, Bruno Gazeau, lors d'une conférence de presse ce 9 septembre. Pourtant, estime-t-on à la Fnaut " les dérèglements climatiques de l’été (canicule, incendies, sècheresse …) ont convaincu la population de la réalité du changement climatique mais surtout de l’urgence de se saisir de cette question et à prendre les mesures qui conviennent. Ils ont aussi fait prendre conscience que nos modes de vie et en particulier nos façons de nous déplacer devaient évoluer fortement."

La Fédération juge par conséquent nécessaire de rétablir le ferroviaire comme "épine dorsale des mobilités", de "réduire la dépendance automobile aux énergies fossiles", de "lier mesures de court terme qui soulagent le pouvoir d’achat et mesures de moyen terme qui permettent d’accompagner des transformations radicales". Elle insiste ainsi pour que toutes les mesures immédiates (baisse des taxes ou aides au coût de l’énergie) soient ciblées et "s’accompagnent de décisions financières de moyen terme qui encouragent au développement des transports publics et au report modal vers ceux-ci".

Besoin de "signal prix pour faire baisser l'usage de la voiture"

Au-delà de la préoccupation de pouvoir d'achat que "tout gouvernement doit entendre", souligne Bruno Gazeau, il faut "un signal prix pour faire baisser l'usage de la voiture". Par conséquent, "les aides indispensables pour répondre aux besoins d’utiliser la route doivent être ciblées sur les activités et les publics qui le nécessitent le plus, être dégressives, limitées dans le temps et s’adapter au prix de l'essence qui varie très rapidement", note-t-il.  Elles doivent de plus "être corrélées à des investissements importants dans les transports publics ferroviaires, et les mobilités alternatives qui seuls offrent une réponse à la dépendance automobile et aux énergies fossiles"

Alors que la fréquentation des trains a connu une nette hausse ces derniers mois, qu'il s'agisse des TGV, des Intercités, des trains de nuit et des TER, les difficultés sont grandes pour les voyageurs, pointe la Fnaut. "Tous les trains, nous dit la SNCF, sont mobilisés et roulent. Mais l'insuffisance de matériel et de personnel, la limitation de vitesse, l'allongement des temps de parcours, les retards et incidents entraînent des conditions de voyage insupportables", souligne Bruno Gazeau. Plusieurs régions en ont fait les frais récemment (Grand Est, Hauts-de-France, Normandie, Paca…).

Risque de régression par rapport aux autres pays européens

De fait, "ni la SNCF ni les régions n’ont les moyens de répondre aux besoins", notamment pour renouveler le matériel, déplore la Fnaut qui dénonce aussi "un contrat de performance de SNCF Réseau qui marque un échec grave". "Cet accord, qui régresse au regard de la trajectoire prévue et tracée en 2018, met en danger le réseau français" puisqu'"il entérine le vieillissement de certaines lignes, confirme le retard dans le programme de régénération et d’investissement, confirme le renchérissement du coût des sillons, détériorant un peu plus le modèle économique (…) et accroît le coût pour l’usager", tranche-t-elle.

"Par voie de conséquence", "la France régresse par rapport à ses voisins". Elle consacre en 2021, 45 euros par habitant et par an à son réseau, l’Allemagne 124, l’Italie 103, la Grande Bretagne 158, l’Autriche 271 et la Suisse 413 euros. Sur 10 ans, la France prévoit 2,8 milliards d'euros par an, l’Allemagne 9 milliards et l’Italie 10 milliards. "Le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a, lui, chiffré à 100 milliards d'euros sur 15 ans les moyens qu'il juge nécessaires pour doubler la part du ferroviaire en régénérant les étoiles ferroviaires métropolitaines, en doublant l’offre sur les liaisons province/province, en accroissant l’offre des mardis et jeudis, en désaturant les nœuds ferroviaires lyonnais, marseillais, bordelais, toulonnais, en accentuant la tarification attractive (cartes avantages, et billets réduits, prix plafonnés", rappelle la Fnaut.

Elle demande donc au gouvernement "une ambition plutôt que de se résigner au malthusianisme" et propose des solutions - équité entre les modes aérien, ferroviaires, transports publics, route en comptabilisant les externalités dans les modèles économiques, tarification des livraisons, récupération des plus-values foncières résultant des investissements publics.

Halte à la "jungle des tarifications"

Enfin, sans contester la liberté tarifaire qui leur est donnée, la Fnaut réclame aux régions "plus d’unité ferroviaire". "Si la multiplication des tarifications, des cartes avantages ne pose pas ou peu de problèmes et favorise les déplacements intrarégionaux, il n’en est pas de même pour tous les trajets qui associent plusieurs modes et plusieurs opérateurs (TGV, TER, correspondances, informations voyageurs), observe-t-elle. La simplicité voulue par la SNCF se trouve contredite par l’émergence d’une jungle de tarifications et conditions d’usage pour les usagers". Pour la Fnaut, il est donc "essentiel" de gérer ces interfaces entre régions, entre régions et SNCF Mobilités et bientôt entre opérateurs avec l’accroissement de la concurrence.

Elle appelle à "plus de concertation entre les acteurs pour harmoniser ou unifier", notamment la définition des catégories de population (jeunes, seniors, étudiant, quotient familial…), les conditions d’échanges et de remboursement avec un socle minimum commun pour tous les titres. Elle propose la création d'un guichet unique pour les usagers associé à des mécanismes de "chambre de compensation" pour les autorités organisatrices (AO) et opérateurs et juge "souhaitable" que des promotions soient communes aux AO de même que les définitions des règles des petits prix. "Rassembler toutes ces prescriptions dans 'une convention collective usagers' restituerait une lisibilité et une unité ferroviaire qui encourageraient à l’usage du train au lieu de dissuader l’usager du fait d’une trop grande complexité", conclut-elle.

 

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