GPV Malakoff-Pré-Gauchet : concertation à la nantaise

Publié le
dans

Loire-Atlantique

Dans le cadre du grand projet de ville Malakoff-Pré-Gauchet, Nantes Métropole, maître d'ouvrage, multiplie les lieux et les modes de concertation. La méthodologie est parfois très innovante. Radiographie d'un dispositif étudié.

C'est désormais un rituel au sein du quartier Malakoff : tous les quinze jours, le lundi matin, l'équipe de quartier investit un hall d'immeuble pour convier les résidents à un petit déjeuner. But de l'opération : informer de la marche du projet urbain en cours sur la zone et des actions sociales qui l'accompagnent, mais aussi faire mieux connaissance avec les habitants, les entendre. Les petits déjeuners du grand projet de ville (GPV) sont organisés en collaboration avec les bailleurs sociaux (Nantes habitat, la Nantaise d'habitations...) qui profitent de ce moment privilégié pour échanger avec leurs locataires et évoquer, le cas échéant, les travaux de réhabilitation envisagés dans l'immeuble. La démarche n'a rien de démagogique dans la mesure où les offices HLM ont choisi de donner le dernier mot aux habitants : le programme de travaux reste à l'état de proposition jusqu'à consultation des locataires. C'est le résultat de cette dernière qui conditionne la mise en oeuvre. Au-delà de 50% de votants parmi les locataires concernés, la décision se fait à la majorité ; entre 40 et 50% de votants, il faut enregistrer 75% de "oui" pour que les travaux soient engagés. En deçà de 40% de participation, il faut revoir sa copie. En ce qui concerne les démolitions, une charte de relogement a été élaborée avec les associations de locataires, puis soumise à concertation, avant d'être inscrite en annexe du volet habitat du GPV, et un poste a été créé pour le suivi des relogés.

Ateliers GPV

Malakoff, modèle de démocratie participative ? "Disons que nous avons les uns et les autres la volonté de nous tenir au plus près des gens, répond Delphine Raude, chargée de l'équipe du quartier. Voyez, nous vivons au milieu d'eux." L'équipe de quartier de Malakoff a, de fait, les pieds dans la réalité, au sixième étage d'une tour à la cage d'escalier peu engageante.
C'est au milieu des années 90 que Nantes a été découpée en onze quartiers et que des équipes ont été mises en place dans chacun d'eux par la commune. Celle de Malakoff se compose de sept personnes. Aux côtés de Delphine Raude, travaillent une assistante et deux agents de développement, dont le rôle est d'accompagner la vie sociale et associative, un correspondant de vie quotidienne intervenant sur les questions d'urbanisme et d'espace public, une responsable de boutique (lire ci-dessous : "Une boutique GPV au coeur du quartier") et un animateur chargé de la coordination du journal de quartier "Malakocktail", réalisé avec les habitants. Le septuor a notamment la mission d'animer les ateliers thématiques GPV au cours desquels tous les sujets - absolument tous - sont abordés avec les habitants. Récemment, un atelier spécial "aire de jeu" a même dû être organisé car ce que proposait l'architecte ne convenait pas aux parents ! "Il y a des fidèles qui sont devenus de véritables experts avec une vraie vision globale du mieux vivre ensemble", rapporte avec une certaine fierté Delphine Raude.

Projet social de territoire

Pour compléter ce dispositif, tous les trimestres, le vice-président de Nantes Métropole, Patrick Rimbert, vient faire le point sur le projet, et le maître d'oeuvre, l'Atelier Ruelle, confronte ses croquis au vécu de la population.
Le projet urbain Malakoff-Pré-Gauchet est accompagné d'un volet social dont l'équipe de quartier est garante. Ce volet prend la forme d'un projet social de territoire (sa validation interviendra au cours du premier semestre 2005), lequel s'articule autour de six axes, ceux du contrat de ville : emploi/insertion par l'économie ; urbanisme/gestion urbaine de proximité ; cohésion sociale/tranquillité publique ; système éducatif/jeunes/famille ; lien social/vie associative ; santé. L'innovation vient de l'association "de partenaires qui ne travaillaient pas forcément ensemble auparavant et qui pourtant poursuivent des objectifs communs", note Delphine Raude. Ainsi la ligne cohésion sociale et tranquillité publique, pilotée par la mission prévention de la ville de Nantes, voit-elle la collaboration des bailleurs, de la police, des éducateurs spécialisés et du centre socio-culturel. Ceux-là se sont même dotés d'un outil commun : l'échelle d'ambiance. Chaque mois, les différents partenaires remplissent des fiches actions qui, une fois croisées, donneront la température ambiante. "Cela permet d'objectiver les faits et, au besoin, d'engager rapidement des actions appropriées", explique Delphine Raude. Cela pourrait aussi donner des idées ailleurs.


Nicolas Guillon / Innovapresse Nantes pour Localtis

 

"A Nantes, la concertation est un objectif politique"


 

Patrick Rimbert est vice-président de Nantes Métropole.

Dans son livre "La Démocratie participative, le cas nantais", le consultant Mathias Le Galic prétend que la concertation, à Nantes comme ailleurs, ne serait qu'un leurre : on écouterait, on prendrait note et ça n'irait pas plus loin. Comment avez-vous reçu cette critique ?

L'auteur s'en réfère à la république athénienne, au sein de laquelle les choses se construisaient certes dans un débat permanent, mais avec une partie de la population seulement. C'est une posture. Ce qui m'ennuie, c'est que dans ce livre, il n'y ait rien sur le GPV. Qu'on en critique le processus de concertation m'aurait plu, car on a justement voulu que ce GPV soit un projet partagé, dès le concours de définition. C'est pour cette raison que nous avons diversifié les lieux de concertation, en créant, par exemple, une boutique pour les habitants qui ne se rendent pas aux réunions publiques. Et je peux vous dire que l'avant-projet a beaucoup bougé, ce qui est d'ailleurs parfois un peu lourd à gérer.

Selon Mathias Le Galic, vous, élus, auriez une peur maladive de la démocratie participative bien que vous en fassiez la promotion ?

Dans l'esprit des élus nantais, c'est au contraire un point de départ, un véritable objectif politique et sur le terrain, un exercice très intéressant : on y va pour parler de bordures de trottoir et un tas d'autres enjeux s'enchaînent.

 Qu'est-ce qu'une bonne concertation ?

Personnellement je n'ai pas de théorie. D'ailleurs, il n'y a pas de modèle dans la démocratie. La concertation est une construction de tous les jours, l'objectif étant d'établir une relation sociale dans laquelle chacun puisse passer du rôle de consommateur à celui de citoyen.
 


 

Une boutique GPV au coeur du quartier


 

"Le nouveau Malakoff, à Nantes, un grand projet de ville". Impossible de manquer l'enseigne. Au coeur du centre commercial de Malakoff, vous êtes invités à pousser la porte de la boutique GPV.

Ouvert en 2002, à l'origine pour accueillir une exposition temporaire sur les différents projets en lice, la boutique GPV, espace clair et convivial, a tout de suite connu un afflux de fréquentation. Aussi a-t-il été décidé de le pérenniser. Aujourd'hui, alors que le GPV est entré dans sa phase opérationnelle, la boutique propose à ses visiteurs une présentation globale du projet, un suivi au quotidien des opérations, ainsi qu'un espace des associations se rapportant au volet social du GPV. Si l'on veut en savoir encore plus, deux ordinateurs, sur lesquels on peut suivre l'actualité de la concertation, sont à disposition. La formule a, semble-t-il, conquis la population : la boutique GPV enregistre trois fois plus de passages aujourd'hui qu'il y a un an.
Un site internet d'informations sur le GPV a par ailleurs été mis en place. Il comporte un "espace concertation" donnant les indications nécessaires à ceux qui voudraient s'impliquer dans la démarche de concertation.
 

Equipe de quartier Malakoff

13 rue d'Angleterre
44000 Nantes

Delphine Raude

Boutique Grand projet de ville - Nantes

Place Prague
44000 Nantes

Nadia Robert

Haut de page