Grenoble expérimente les services à domicile d'urgence

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Isère

Depuis le mois de juin, le Ccas de Grenoble propose une action originale en matière de maintien à domicile des personnes âgées ou handicapées. Baptisée "SOS soutien à domicile", celle-ci repose sur une intervention en urgence grâce à la mobilisation d'un réseau de solidarité.

La canicule survenue l'année dernière n'est pas étrangère à la décision de la ville de créer un dispositif spécifique en faveur des personnes âgées dépendantes vivant à domicile. Mais ce n'est pas l'unique raison. Comme beaucoup de villes, Grenoble est confrontée au double problème du vieillissement de la population et de son isolement. Ainsi, les plus de 75 ans représentent 8% de la population (12.000 personnes). Parmi eux, la moitié est âgée de plus de 80 ans. Autre caractéristique essentielle : plus de la moitié des personnes de plus de 75 ans (59%) vivent seules. Au-delà de cette cause démographique, d'autres facteurs sont entrés en ligne de compte : "Depuis quelques temps, on avait noté un manque de réactivité des différents services sociaux et médico-sociaux face à des demandes urgentes exprimées par les personnes âgées ou handicapées confrontées momentanément à une difficulté particulière. Or l'absence d'une réponse rapide et adaptée entraîne parfois une hospitalisation qui n'est pas toujours nécessaire", explique Claude Fages, directeur adjoint du Ccas (centre communal d'action sociale). D'autres situations fragilisent les personnes âgées. C'est le cas d'un couple dont l'un des conjoints doit être hospitalisé, laissant l'autre seul à domicile, alors que celui-ci est très dépendant. C'est aussi le cas lors d'un retour à domicile après une période d'hospitalisation. Faute d'un diagnostic et d'une solution rapides, ces situations renforcent l'isolement des intéressés.

Des interventions sur mesure

Face à ce constat, le Ccas a décidé de mettre en place un dispositif expérimental de soutien à domicile aux profit des personnes âgées ou handicapées, confrontées momentanément à des difficultés de santé mineures ou à un isolement passager. "L'objectif est de leur proposer l'intervention - si possible dans l'heure - d'infirmières, d'aides à domicile ou de bénévoles et de leur apporter un soutien temporaire lors d'une sortie rapide de l'hôpital ou dans l'attente de la mise en place d'une d'aide adaptée", précise Claude Fages. Pour la ville, les bénéfices attendus sont multiples : éviter les préjudices d'une hospitalisation en urgence pour une personne âgée, diminuer la surcharge d'entrées au service des urgences - et donc les coûts pour la collectivité - et réduire le risque de danger vital en raison d'un trop grand isolement.
Tout a débuté par le recensement des personnes les plus fragiles à partir de la liste des bénéficiaires de différentes prestations (téléalarme, APA, auxiliaires de vie, services de soins infirmiers, portage de repas...). Près de 2.500 courriers présentant la démarche ont ainsi été envoyés auprès du public concerné, donnant lieu à 700 réponses favorables. Après une relance téléphonique, plus de 120 personnes ont confirmé le souhait de bénéficier de ce service. Une fois le public identifié, il reste encore à déterminer le périmètre exact d'intervention et à préciser le fonctionnement du dispositif.

Un numéro d'appel unique

Créé à titre expérimental, le service "SOS soutien à domicile" associe, autour du Ccas, plusieurs partenaires opérationnels intervenant dans le secteur du maintien à domicile des personnes âgées ou handicapées : services de soins infirmiers et d'auxiliaires de vie, associations prestataires et mandataires de services à domicile, centre de soins infirmiers, infirmières libérales, équipe médico-sociale en charge de l'APA, associations de bénévoles... Des partenaires institutionnels collaborent aussi au projet. C'est le cas de la Ddass de l'Isère et de la Cram Rhône-Alpes (toutes deux financeurs de l'opération), du conseil général et des caisses de retraites complémentaires. L'ensemble est coordonné par le Clic de Grenoble, lui-même géré par le Ccas.
Le point fort du dispositif repose sur la mise en place d'un numéro d'appel unique, fonctionnant de 7h à 23h tous les jours de la semaine, chargé de centraliser les demandes. Durant la journée, il renvoie vers le numéro de téléphone du Clic, tandis que le soir et les week-ends, les appels sont transférés vers les pompiers. En fonction de la nature de l'appel, l'opérateur peut mobiliser très rapidement une aide à domicile ou une infirmière d'astreinte.
Au-delà de la réponse d'urgence, "SOS soutien à domicile" a également contribué à la mise en place d'un véritable réseau de solidarité autour des personnes fragiles, permettant ainsi de repérer - voire d'anticiper - les difficultés particulières auxquelles elles sont confrontées.


Pascal Clouet / PCA pour Localtis

 

"La réponse n'est pas dans le tout social ou dans le tout médical"


 

Coordonnateur du Clic de Grenoble et par ailleurs directeur adjoint du Ccas de Grenoble, Claude Fages est à l'origine de la création du service "SOS soutien à domicile".

Pourquoi avoir choisi de créer un dispositif particulier ?

C'est justement pour tenter d'éviter le cloisonnement qui existe entre le social et le sanitaire, entre le soutien à domicile et l'hôpital, ou encore entre les différents intervenants qui agissent auprès des personnes âgées ou handicapées. Les logiques d'intervention et les actions diffèrent selon les partenaires institutionnels. Cela peut se comprendre dans la mesure ou chacun agit en fonction de ses missions, mais cette approche ne me semble pas adaptée à la prise en charge de ce public fragile. Au final, ce sont les personnes âgées et handicapées qui font les frais de ce cloisonnement. Il me semble plus judicieux de partir de la personne et de ses besoins pour réfléchir à la mise en place de solutions adaptées, plutôt que de plaquer un schéma pré-établi, correspondant à une approche particulière de l'un des acteurs concernés par la demande, au risque de multiplier les intervenants, pour un résultat pas toujours à la hauteur.

Quel est le rôle du Clic au sein du dispositif ?

L'intérêt du Clic est justement de disposer d'une approche globale des personnes âgées et de leurs besoins, notamment dans le cadre du maintien à domicile. Le Clic de Grenoble bénéficiait jusqu'alors d'un label de niveau 2 correspondant aux missions d'accueil, d'information d'orientation des personnes âgées, ainsi qu'à la fonction d'évaluation sociale. Or la ville souhaitait faire évoluer cette structure vers le troisième niveau de labellisation. Pour cela, la Ddass de l'Isère nous avait fixé des objectifs précis en vue d'une meilleure articulation entre le maintien à domicile et l'hôpital et d'une réponse adaptée au problème du traitement de l'urgence médico-sociale des personnes dépendantes vivant à domicile. Dans ce contexte, le projet de création du service "SOS soutien à domicile" s'inscrit parfaitement dans le cadre d'une plus grande coordination entre les différents intervenants et constitue une réponse possible à la question de l'intervention d'urgence.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?

Tous les partenaires impliqués dans le dispositif ont joué le jeu. La phase expérimentale vient de s'achever ce mois-ci et l'on peut, d'ores et déjà, tirer un premier bilan partiel. Cette expérience a permis de montrer qu'une réponse aux situations d'urgence est possible, même s'il faut encore améliorer l'information des professionnels de santé sur l'existence de notre service. Les médecins ont la possibilité de nous alerter si l'intervention d'une infirmière ou d'une aide à domicile suffit à éviter une hospitalisation. Encore faut-il que nous soyons bien identifiés !
Nous avons traité environ une vingtaine de situations de ce type pendant l'été. Mais au-delà de ce résultat, le projet a permis d'engager une véritable dynamique autour de la prise en charge des situations d'urgence. Pour ma part, je souhaite que ce dispositif soit pérennisé et que la collaboration entre les différents partenaires se poursuive au-delà même de cette action particulière.


 

Une garde itinérante de nuit pour les personnes âgées du Val-de-Marne


 

Parmi les innovations récentes en matière de maintien à domicile, le service de garde itinérante de nuit du Val-de-Marne (GIN 94) propose une présence discontinue au domicile de personnes âgées dépendantes.


Créé l'année dernière par le conseil général du Val-de-Marne, le service de garde de nuit itinérante fait partie des actions financées dans le cadre du fonds de modernisation de l'aide à domicile instauré par la loi sur l'APA. Le GIN 94 est proposé aux personnes âgées du département à titre expérimental pour une période de 3 ans. Comme son nom l'indique, ce service présente la particularité de proposer des interventions ponctuelles d'environ une demi-heure, éventuellement renouvelables, au domicile d'une personne âgée dépendante. Fonctionnant tous les jours de la semaine entre 19h et 8h (week-end compris), le service repose sur l'intervention d'une auxiliaire de vie capable d'assurer plusieurs tâches au profit du bénéficiaire : administration de médicaments, aide au coucher ou au lever, aide à la toilette au cours de la nuit& Elle propose aussi un simple passage au domicile durant la nuit afin de rassurer la personne âgée et de s'assurer que la nuit se déroule bien. Pour mettre en oeuvre ce service, le conseil général a choisi deux associations conventionnées qui interviennent sur plusieurs communes du département : SAM-Arepa et Carpos-ADMR. Le coût de l'intervention - 13 euros la demi-heure ou 17 euros pour deux interventions par nuit - peut être financé par le plan d'aide mis en oeuvre dans le cadre de l'APA. Par ailleurs, un droit d'entrée fixé à 60 euros est demandé lors de la première inscription au service. Après une année de fonctionnement, GIN 94 enregistre un turn-over des bénéficiaires. Ces derniers sollicitent le service le plus souvent dans des situations d'urgence et pour de courtes périodes. C'est le cas notamment à l'occasion d'un retour à domicile après une période d'hospitalisation.

CCAS - Grenoble

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28 Gallerie de l'Arlequin
38100 Grenoble Cedex
ccas@ccas-grenoble.fr

Claude Fages

Directeur adjoint du Ccas et coordinateur du Clic de Grenoble
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