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Virginie Fauvel pour Localtis

"Habiter dans 20 ans" : Terra Nova penche pour le scénario du "réseau des métropoles"

Habitat

Logement

Transport mobilité durable

Smart city

Présenté mercredi 15 mai 2019, le rapport prospectif "Habiter dans 20 ans" du think tank Terra Nova, soutenu par la Caisse des Dépôts, questionne la place du logement pour les sociétés futures, essaie d’en cerner les grandes tendances et d'en tirer des conclusions pour mieux construire et rénover. Des quatre scénarios envisagés, celui du "réseau des métropoles" lui semble le plus équilibré. 

"Le logement s'inscrit par nature dans une longue durée : on construit pour durer et ce qu'on construit organise l'espace à long terme. Nous avons voulu mener ici un exercice différent, centré d'abord sur les manières d'habiter plutôt que sur la construction et le bâti. Où et avec qui habiterons nous dans 20 ans ?" À travers ses questions, Terra Nova appelle à se projeter au-delà de la conjoncture pour tenter d'imaginer les futures pratiques liées à l'habitat. "20 ans c’est de la prospective courte, mais nous l’assumons", s’est défendu Marc-Olivier Padis, directeur des études de Terra Nova, qui partage, lors de sa présentation du 15 mai, un premier constat : le parc de 2040 est déjà là pour une grande majorité et la mobilité résidentielle est faible. En fait, selon lui, les bouleversements sont liés à de nouvelles pratiques comme la colocation ou les locations temporaires, du type Airbnb, la création d’espaces partagés dans l’architecture et l’étalement urbain, plus qu’à des évolutions liées à l'architecture ou à la construction. 

Contradiction des dynamiques en cours

Le rapport évoque la "géographie de l'habitat" qui met en évidence une contradiction des dynamiques en cours que l’on peut résumer ainsi. "D'un côté, les métropoles risquent de ne plus être accessibles à une part croissante de la population, en raison du coût d'accès trop élevé au logement en ville-centre. De l'autre, le mouvement d'étalement urbain qui permet de loger les citadins aux alentours des métropoles entraîne des coûts d'infrastructure particulièrement lourds et n'est pas soutenable d'un point de vue environnemental", estime le laboratoire d’idées. 
Avec l’appui d’une carte réalisé par le CGET en 2017, Marc-Olivier Padis décrit "la dynamique des localisations à l'horizon 2040" qui dépend de deux tendances fortes qui sont déjà à l'œuvre et qui vont se poursuivre. La première consiste en un accroissement de la population favorable à une "zone en U", allant de Rennes à Lyon en passant par le Sud-Ouest et les façades maritimes atlantique et méditerranéenne, géographie à laquelle il faut naturellement ajouter l’Île-de-France, analyse-t-il. L’autre tendance consiste en "un mouvement de littoralisation du peuplement français qui s'observe depuis longtemps". "Ces mouvements s'observent également dans la carte de l'emploi, qui se développe surtout dans cette zone en U, avec une place singulière de Paris et de l'Île-de-France", décrypte-t-il à l'appui d’une autre carte anamorphosée du CGET sur l'emploi. 

Les navetteurs : 17 millions sur 26 millions d'actifs ! 

Autant d'observations qui mènent à la conclusion suivante : "La dissociation est croissante entre les lieux de résidence et les lieux de travail." "Les emplois se développent dans les villes-centres et les cœurs d’agglomération, alors que l'habitat s'installe de plus en plus en périphérie." Le think tank rappelle que le phénomène entraîne "une augmentation moyenne des temps de transport entre résidence et travail". Une part croissante de la population fait la navette entre sa résidence et son lieu de travail, sans compter que les distances s’allongent. On dénombrait, en 2012, 17 millions de navetteurs sur 26 millions d'actifs. "Un enjeu majeur de l'habitat dans vingt ans est donc le transport, sa durée, son accessibilité, les dessertes, etc.", peut-on lire dans le rapport. 
Le document met en avant des éléments chiffrés concernant le temps consacré aux déplacements pour aller travailler est en progression, extrait d’études de la Dares et de l’Insee (1)  

  • 40 minutes en 1998, 
  • 50 minutes en 2010, 
  • 60 minutes en 2018 (ce qui correspond à la moyenne de nos voisins européens).

D'autres données, tirées d'une autre étude de la Dares (2), comparent les temps de transport en fonction de la taille de la collectivités d'habitation de l'habitant :

  • habitants des petits pôles urbains et des communes isolées : 35 minutes et 37 minutes 
  • habitants des grands pôles urbains : 43 minutes, 
  • habitants des couronnes des grands pôles : 57 minutes, 
  • habitants de l'unité urbaine de Paris : 68 minutes.  

Style de vie urbain ET proche de la nature 

Les zones qui connaissent le plus de constructions sont les littoraux, la Corse et les Alpes, ce qui correspond aux zones dont la population croît. "Ce phénomène héliotropique et de course vers la mer va se poursuivre", assure Terra Nova. "La façade atlantique, compte tenu de la topographie du relief, reste un espace propice à la construction et connaîtra donc une urbanisation plus forte. En revanche, on ne construit pas assez dans les zones dynamiques de l'Île-de-France et de la région lyonnaise, où le foncier disponible est rare, peu accessible et cher", estiment les auteurs. D’après eux, "ce sont les communes situées dans la périphérie des métropoles qui se développent le plus, ce qui correspond à un compromis lié au coût du logement mais aussi à l'aspiration des ménages à un style de vie à la fois urbain, à taille humaine et proche de la nature". D’ailleurs, la moitié des Français qui souhaitent déménager aimeraient s'installer dans une ville petite ou moyenne à proximité d'un pôle urbain, rappelle Marc-Olivier Padis lors de sa présentation. "Finalement, la localisation géographique des logements va compter plus que jamais dans les vingt ans qui viennent", prédisent les auteurs.

Des ces observations, Terra Nova a dressé quatre scénarios plus ou moins optimistes pour la cohésion des territoires.

  1. La concentration métropolitaine avec des villes grossissantes au détriment d’espaces ruraux qui se désertifient. 
  2. La saturation urbaine qui induit une dégradation de la qualité de vie dans les villes et favorise un retour vers les villes d’une partie de la population tout en créant un clivage au sein de la population.
  3. La révolution du partage qui permettrait des espaces d’habitation multiples mais qui suppose cependant d'importants changements de modes de vie et de représentations du “chez soi” dans de larges secteurs de la population. 
  4. Le réseau des métropole, qui a la préférence du think tank, consisterait en un réseau urbain réparti sur l’ensemble des territoires, avec des plus petites villes et villages qui gagnent en dynamisme et un usage responsable des ressources naturelles. "Mais pour arriver à un tel équilibre, qui ne s'imposera pas spontanément, il convient de bien comprendre les tendances à l'œuvre et de repérer les actions publiques prioritaires à mener pour nous engager sur une trajectoire favorable", prévient-on dans le rapport. 

L'aménagement du territoire, une tradition française

"Dans un pays traditionnellement attaché à l'aménagement du territoire, les images de dépeuplement de villes moyennes ont un impact symbolique important", note le directeur des études de Terra Nova, rappelant que "toutes les zones rurales ne sont pas en déclin démographique". Parmi les hypothèses avancées dans le rapport, outre celles des retraités qui stimulent l'économie résidentielle, celle des "nouveaux arrivants qui ont parfois un profil d'actifs souhaitant changer de travail et de mode de vie, en général diplômés et tournés vers le développement durable". Certes, ce mouvement est encore marginal, convient Terra Nova. Mais c’est "peut-être l'amorce d'une nouvelle tendance d'installation, à la recherche d'une qualité de vie opposée au rythme de la métropole", espère l'Institut qui y voit une raison qui fera pencher la balance vers son dernier scénario. Résultats dans 20 ans.   

(1) Dares analyses, "Les temps de déplacement entre domicile et travail", novembre 2015. 
La dernière enquête Insee "Emploi du temps" date de 2010. Pour 2018, les chiffres viennent d'évaluations privées.
(2) Dares analyses, "Les temps de déplacement entre domicile et travail", novembre 2015.

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