Habiter demain ? Un cahier d’inspiration pour explorer les futurs proches de l’habitat

 

 

“Habiter demain” est le fruit d’une collaboration entre la Banque des Territoires, La Plateforme et le bureau d’études Villes Innovations. A travers un regard pluridisciplinaire réunissant des experts de l’innovation, de l’urbanisme, de la création artistique, “Habiter demain” propose d’explorer les futurs proches de l’habitat à travers un cahier d’inspiration et une web-série en 6 épisodes.

Cette production (un livre et une série vidéo  en 6 épisodes) a vocation à présenter les nouvelles manières d’habiter. Il invite également à un voyage dans les arts et la science-fiction qui vient nourrir une réflexion critique indispensable pour aborder la complexité de ce sujet.t

Interview de Sylvia Andriantsimahavandy,  Directrice de l’Innovation de la Plateforme et Raphaël Besson, directeur de Villes Innovations, tous deux responsables éditoriaux et co-auteurs de cet ouvrage.

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Pourquoi réaliser un cahier d’inspiration dans une démarche d’innovation ?

Sylvia Andriantsimahavandy : Réaliser un cahier d’inspiration comme Habiter demain fait partie intégrante du processus d’innovation du lab de la Plateforme. L’Innovation lab est un espace interdisciplinaire où nous explorons des sujets de société avec l’objectif de concevoir des solutions concrètes et testables tout en formant de futurs chefs de projets innovation.  Dans ce lab, l’interdisciplinarité est au cœur de notre démarche. Nous créons des communautés apprenantes réunissant des personnes avec une expérience  dans l’informatique, les sciences dures, les sciences sociales, l’ingénierie,  le  design, et la création artistique. La collaboration avec des chercheurs est également importante pour  construire une réflexion critique solide, identifier les signaux faibles. Passer par la production d’un cahier d’inspiration avant de rentrer dans un processus de recherche de solutions nous permet de faire un pas de côté, de décentrer notre regard. C’est ce que nous avons voulu faire sur ce vaste sujet qu’est l’habitat avant de démarrer le lab#1 dont je parlerai dans une autre interview. Nous avons ensuite jugé utile de déployer dans un format web série pour créer un narratif autour du sujet.

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© Habiter demain

La Plateforme est un campus des métiers du numérique, pourquoi portez-vous de telles démarches d’innovations ? 

SA : On nous pose souvent la question. Pour nous c’est évident, le numérique est au cœur de notre société et peut avoir un vrai effet de levier sur des problèmes complexes.  Les professionnels en charge de l’innovation doivent pouvoir développer une approche critique et pragmatique face au numérique et ainsi l’intégrer de façon responsable. Je pense que pour la Banque des Territoires, l’enjeu est le même : trouver les meilleures manières d’utiliser le numérique comme un outil au service du développement des territoires. Le champ des possibles est infini mais il faut pour cela savoir gérer la complexité. C’est ce sur quoi nous travaillons dans notre lab. Et le faire au cœur d’un campus dédié aux métiers du numérique est très enrichissant.

De plus, le numérique regroupe certes des technologies, mais c’est aussi une culture, la “culture numérique” qui a permis de développer des méthodes de travail et des approches vraiment importantes comme l’open source, le collaboratif, l’agilité, les low techs, les communs… C’est aussi de cette “culture numérique” dont nous nous revendiquons et que nous transmettons dans nos formation.

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© Habiter demain

L’ouvrage que vous avez réalisé va bien au-delà des problématiques de logement mais questionne ce qu’est l’habitat. comment définiriez-vous cela ?

Raphaël Besson : En effet, notre approche de l’habitat va bien au-delà de la question du logement. Nous faisons référence dans notre ouvrage à  une conférence d’Heidegger  “Bâtir, habiter, penser”, prononcée en 1951 dans le contexte de reconstruction de l’Allemagne : Pour ce philosophe,  il ne suffit pas d’être abrité ou d’être logé pour habiter. L’habitat doit être conçu comme un espace transitionnel entre l’individu, son intimité, et le monde qui l’entoure. L'habitat  doit permettre une réconciliation de l'individu tout à la fois avec lui-même et avec le monde extérieur. Une fois qu’on a dit ça, on comprend que l’habitat pose la question de la ville et du vivre ensemble.

Or, on observe depuis plusieurs décennies une déconnexion croissante entre l’évolution de nos modes de vie, d’habiter, « d’être chez soi » et l’existence de produits immobiliers standards, formatés et souvent indifférents aux enjeux écologiques. Ce constat est devenu criant durant la crise sanitaire où l’on a pu observer l’accélération de nouvelles pratiques, mais aussi mesurer l’impact de l’habitat sur la sur  l’accès à l’éducation et sur la santé (mentale) notamment.

Dans cet ouvrage, notre intention est d’explorer les nouvelles voies offertes pour un habitat durable, frugal, résilient, et social. A l’ère Anthropocène, l’humanité doit réapprendre à cohabiter avec le vivant et à ne pas « détruire son propre domicile ».

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© La maison sur la Cascade, de Frank Lloyd Wright

Votre ouvrage est organisé en 6 chapitres, correspondant à ce que vous appelez les 6 grandes figures de l’habitat, pouvez-vous nous les présenter ?

SA : Nous avons en effet identifié 6 grandes tendances en matière d’habitat. Pour chacune de ces figures, nous avons défini les mots-clés relatifs à cette figure, les grandes tendances socio-économiques et réglementaires,  ensuite nous présentons plusieurs études de cas d’initiatives réalisées, en France et à l’étranger. Enfin, nous illustrons par des exemples pris dans les arts et la science fiction. Et parce que l’ouvrage est très fourni, nous avons ensuite réalisé cette web-série en 6 chapitres parce que le média vidéo permet de susciter de nouveaux imaginaires, de nous projeter dans des futurs souhaitables.

Les 6 figures sont les suivantes :

  1. L’habitat adaptable et résilient
  2. L’habitat co-produit et partagé
  3. L’habitat numérique
  4. L’habitat biodiversitaire et biomimétique
  5. L’habitat temporaire
  6. L’habitat frugal

 

Quels sont les grands enseignements que l’on peut garder de ces figures ?

RB : J’en retiendrais 5 :

  • L’habitat adaptable et résilient pour répondre à l’hybridation des usages : Les modes de vie, mais aussi les modèles économiques et la réglementation mouvante  rendent difficiles la programmation  des usages d’un bâtiment sur 10 ou 20 ans. On observe ainsi  de vives critiques quant à un urbanisme trop programmatique et fonctionnaliste. En réponse des parties prenantes travaillent sur la diversification et l’hybridation des usages, dans l’espace et dans le temps. C’est ce qu’on appelle la chronotopie urbaine

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  • L’habitat co-produit et partagé, des alternatives au repli sur soi : Les résidences ont tendance à se refermer sur elles-mêmes et à réduire les espaces collectifs. Cela n’a pas toujours été le cas. Dans les 30 Glorieuses,  les immeubles de logements étaient pensés de manière ouverte. Cette fermeture actuelle s’explique par  une obsession sécuritaire, la montée de l’individualisme et des logiques d’hyper-rationalisation économique. Face à cela, des solutions alternatives émergent avec la conception d’habitats co-produits avec les usagers, mixtes, intergénérationnels, et bénéficiant d’un ensemble de services et d’activités partagées. Mais ces initiatives ont encore besoin de consolider leur modèle.

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  • L’habitat biodiversitaire, biomimétique et l’habitat frugal, à l’écoute des enjeux environnementaux : Nos habitats et nos écosystèmes urbains, qui occupent 20 % du territoire terrestre et concentrent plus de la moitié de la population mondiale, ne sont ni prêts, ni adaptés à nos nouvelles conditions de vie climatiques, écologiques, énergétiques, sanitaires et sociales. Dès lors, il apparaît essentiel de changer notre façon d’habiter et de reconnecter nos habitats aux écosystèmes naturels. Or notre habitat peut redevenir un espace propice à la vie, et à la reproduction du vivant. Des expériences de  “frugalité heureuse” sont à l'œuvre, visant à réduire au strict minimum les besoins énergétiques de l’habitat.

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  • L’habitat temporaire, une réalité subie ou choisie qui façonne nos villes  : L’habitat temporaire est souvent associé à celui de l’exilé en fuite, chassé par la guerre, banni pour ses opinions ou dépossédé par une catastrophe. Six millions de personnes vivent aujourd’hui en effet  dans quatre cent cinquante camps administrés par l’UNHCR ou le HCR. L’habitat temporaire fait aussi écho à la notion d’exclusion. Cependant l’habitat temporaire ne rime pas nécessairement avec précaire, puisqu’on observe toute une classe de personnes, souvent privilégiées et extrêmement mobiles, qui font le choix du nomadisme.

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  • Le numérique au service de l’habitat, de la conception aux usages : Le numérique occupe une place croissante dans nos logements : réseaux sociaux, internet des objets, maquettes numériques (BIM), Big Data, intelligence artificielle, applications mobiles, etc. Cela a des conséquences techniques, économiques, architecturales, mais aussi sociales. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit d’apprendre à socialiser et à « urbaniser les technologies ».

Pour conclure, je dirais que l’Habitat de demain recouvre une infinité de possibilités. Il peut être biodiversitaire, biomimétique, adaptable, frugal, numérique, co-produit, partagé ou encore transitoire. Des combinaisons à adapter en fonction de l’évolution des modes de vie et de la situation sociale, culturelle, climatique ou architecturale de chaque territoire.

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Et après ? à quoi va servir ce cahier d’inspiration et quelles sont les prochaines étapes ?

SA : Ce livre a été la base de d’échange avec la Banque des Territoires pour identifier les sujets d’exploration sur lesquels la Banque souhaite travailler avec notre Lab. Il a aussi permis de créer la conversation avec tout un écosystème d’acteurs de l’habitat que nous avons réunis en octobre lors de plusieurs séances de travail en ligne. architectes, urbanistes, responsables de collectivités, promoteurs, porteurs de solutions numériques, mais aussi artistes, directeurs de création, philosophes, bailleurs sociaux…  ont participé à nos ateliers.. Ces échanges nous ont permis d’affiner les sujets de travail du Lab qui a démarré en janvier à Marseille. Mais ça, je vous le raconterai dans un prochain article !

Vous pouvez télécharger le livre "Habiter Demain" en cliquant sur le lien suivant : 

Retrouvez le replay de l'évènement : "Habiter demain ? Quelles pistes explorer" pour des territoires durables et désirables"

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