Innovation : un quatrième PIA plus territorialisé

7,5 milliards d'euros pour les universités et 12,5 milliards d'euros pour "l'innovation dirigée", soit 20 milliards d'euros au total : c'est le montant du quatrième programme d'investissements d'avenir (PIA) lancé par le Premier ministre vendredi 8 janvier. Ce nouveau PIA se veut plus vert (un tiers des crédits vont à la transition écologique) mais aussi plus territorialisé que ses prédécesseurs : les régions, invitées à signer un nouvel "accord de méthode", participeront à l'élaboration de "stratégies d'accélération" dans de nouvelles filières stratégiques, dans la santé digitale, les transports durables, l'agriculture durable, l'alimentation, les villes durables...

Dix ans après le premier programme d’investissements d’avenir (PIA) lancé par Nicolas Sarkozy sous le nom de "Grand Emprunt" (35 milliards d’euros), la formule a fait florès. Et le Premier ministre, Jean Castex, s’est rendu à Massy, ce vendredi 8 janvier, en présence de plusieurs ministres, pour lancer le quatrième PIA, doté de 20 milliards d’euros sur la période 2021-2025, dont 11 en provenance du plan de relance pour les années 2021-2022, tel qu’annoncé le 3 septembre dernier. Ce PIA sera "entièrement dédié à l’enseignement supérieur, à la recherche et à l’innovation", souligne le chef du gouvernement. Il s’agit de "continuer à marteler l’importance de la transformation de la France" à horizon 2030, précise-t-on dans son entourage.

Ce nouveau PIA affiche trois grandes priorités. Un tiers environ des 20 milliards du nouveau PIA seront fléchés vers la transition écologique. Et "aucune dépense n’aura un impact défavorable" sur le climat, assure-t-on. Les deux autres enjeux sont la compétitivité internationale des entreprises et la souveraineté et la résilience du pays.

Le PIA poursuit les efforts en faveur des "écosystèmes de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation" avec 7,5 milliards d’euros à la clé : universités de recherche, laboratoires d’excellence, instituts hospitalo-universitaires, instituts universitaires technologiques... Le gouvernement se félicite que cinq universités françaises figurent dans les 100 premières du fameux classement de Shanghai de 2020, dont Paris-Saclay (14e), sachant qu'elles portent toutes une Idex (initiative d’excellence) labellisée par le PIA.

Stratégies d'accélération

Les 12,5 autres milliards d’euros financeront ce que le gouvernement appelle de "l’innovation dirigée", c’est-à-dire des "stratégies d’accélération ciblées sur des secteurs et des technologies prioritaires" parallèlement aux engagements de la loi d’orientation et de programmation pour la recherche 2021-2030.

Quatre premières filières ont déjà été identifiées : l'enseignement et le numérique, la cybersécurité, le calcul quantique et l’hydrogène décarboné qui fait l’objet d’un programme du plan de relance. D’ailleurs, deux appels à projets ont été ouverts : "Ecosystèmes territoriaux d’hydrogène" et "Briques technologiques et systèmes H2". Des consultations sont lancées pour 11 nouvelles thématiques (la santé digitale, les transports et mobilités durables, l’alimentation, l’agriculture durable, le recyclage, l’industrie décarbonée, les industries culturelles, les villes durables, la 5G, etc.) afin de construire de nouvelles stratégies, à l’image de ce qui a été fait pour les batteries électriques. Ces stratégies ont été identifiées dans un rapport de Benoît Potier (Faire de la France une économie de rupture technologique) remis au ministre de l’Économie au mois de février dans le cadre du Pacte productif. En complément, le PIA prévoit d’investir dans "des stratégies d’exploration répondant à des défis pour lesquelles le marché n’existe pas encore mais répondant à des attentes sociétales majeures, notamment la santé mentale" (sic).

Un accord de méthode avec les régions

Ce nouveau programme se veut davantage "territorialisé" que ses prédécesseurs, au-delà du volet territorial qui lui-même voit ses crédits doubler, passant de 250 à 500 millions d’euros, abondé d’autant par les régions, soit 1 milliard d’euros au total. De fait, les régions seront associées à l’élaboration des stratégies nationales d’accélération et à la mise en œuvre de "démonstrateurs territoriaux" permettant de tester localement les innovations développées. "Par exemple sur les véhicules autonomes, il faut que les collectivités puissent être des terrains d’expérimentation", explique-t-on à Matignon. Le gouvernement cite également pour exemple les "Territoires éducatifs numériques" expérimentés depuis la rentrée 2020 dans Aisne et le Val-d'Oise avec un concours de 27,3 millions d'euros du PIA.

Les régions seront invitées à signer "un accord de méthode" avec l’exécutif pour la mise en œuvre du PIA, à l’image de celui signé cet été pour la relance et de l’accord de partenariat du 28 septembre. À noter que le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, figure dans le comité d'experts présidé par Patricia Barbizet, chargé de suivre le PIA.

Ce retour du PIA est en soi une surprise puisqu'au début du quinquennat Emmanuel Macron avait lancé son propre "grand plan d’investissement" de 57 milliards d’euros, qui avait absorbé les 10 milliards d'euros du troisième PIA de son prédécesseur, François Hollande. Depuis, les crédits de ce GPI qui n’ont pas été consommés ont été fondus dans le plan de relance, précise Matignon. En revanche, le fonds pour l’innovation et l’industrie lancé en 2018 pour promouvoir les innovations de rupture - avec 10 milliards d’euros issus des ventes de participations publiques – est aux abonnés absents. En septembre, dans son rapport d'évaluation de la loi Pacte, France stratégie avait montré qu'il était bien en-deçà de ses objectifs. 

 

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