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Insee : le premier confinement a accentué les inégalités

L'Insee a publié ce 3 décembre l'édition 2020 de son opus "France, portrait social". Une édition de 330 pages que l'Institut a choisi d'ouvrir par un focus particulier dédié à la crise sanitaire, et plus précisément par un bilan du confinement du printemps dernier en termes d'inégalités sociales.

"La statistique publique et la recherche se sont mobilisées au cours de cette période exceptionnelle, afin de décrire au mieux la conjoncture, l’évolution du marché du travail et des conditions de vie. Elles ont fait appel pour cela à de nouvelles données ou les ont exploitées de façon inédite", souligne l'Insee. Ce qui lui permet aujourd'hui, en ouverture de l'édition 2020 de "France, portrait social", de rendre compte de "la situation sociale de la France pendant cette période si particulière du premier confinement", en s'intéressant notamment "aux inégalités sociales, territoriales ou entre les femmes et les hommes, qui ont été mises en lumière, voire renforcées, avec la crise".

Cette "vue d'ensemble" dédiée à ce confinement met tout d'abord en lumière les inégalités constatées en termes de santé. Y compris s'agissant de la mortalité liée au Covid-19. Inégalité géographique d'abord, avec une surmortalité nettement plus forte en Ile-de-France et dans le Grand Est. Sociale aussi, dans la mesure où en Ile-de-France, c'est le département le plus pauvre, la Seine-Saint-Denis, qui a on le sait été le plus touché en mars et avril. Mais c'est bien partout en France que le risque de développer une forme grave de Covid s'est avéré plus élevé pour les plus modestes, confirme l'Insee. En cause : le fait de continuer à se rendre au travail, de vivre dans une commune dense et un logement surpeuplé, de souffrir d'autres pathologies…

Les chiffres collectés confirment en outre le "moindre recours aux soins" pendant le confinement (baisse de 40% des consultations chez un généraliste par exemple et chute des recours aux urgences y compris pour des pathologies à risque vital). A part pour les consultations liées à la santé mentale…

Les plus précaires plus touchés par la maladie… et par les pertes d'emploi. L'Insee recense 715.000 emplois détruits au premier trimestre. Notamment dans l'intérim. Et ce, même si "la chute de l’activité économique provient essentiellement des personnes restées en emploi". En sachant que fin avril, 63% entreprises privées de plus de dix salariés avaient mis au moins une partie de ces salariés au chômage partiel. Logiquement, le chômage partiel "a concerné en premier lieu les ouvriers (54% sont concernés) et les employés (36%), tandis que les cadres ont plus largement travaillé à domicile (81%)".

Malgré cet important filet de protection, un quart des ménages a eu le sentiment d'une dégradation de sa situation financière. Un sentiment exprimé avant tout par les artisans et commerçants (53%), les ouvriers (37%) et les ménages avec enfants (33%). Et qui a été inversement proportionnel aux ressources du ménage. Les ménages les plus modestes exprimant en outre les inquiétudes les plus fortes pour l'avenir : 40% d'entre eux craignaient fin avril de "rencontrer dans les douze prochains mois des difficultés pour payer leur loyer, leur crédit immobilier ou leurs charges".

L'Insee s'est également penché sur les situation d'isolement (le confinement a été à ce titre plus difficile pour les personnes seules, les retraités, les familles monoparentales et les "ménages complexes"…). Ainsi que sur la taille du domicile (évidemment plus souvent surpeuplé parmi les plus modestes), sur l'inégale répartition des tâches domestiques entre hommes et femmes (y compris s'agissant de s'occuper des enfants) ou encore sur les conflits intra-familiaux et les phénomènes de violence.

Autre sujet abordé : l'école à la maison. Où l'on constate que les élèves ayant des difficultés scolaires ont en moyenne consacré moins d'heures que les autres à leur travail scolaire. "Six parents de collégiens et lycéens sur dix déclarent que leurs enfants ont rencontré souvent ou très souvent au moins une difficulté liée au travail scolaire (de connexion, organisation du travail, autonomie, manque de matériel, compréhension des cours)", chiffre l'Insee. En sachant que "les élèves avec des difficultés scolaires, de famille nombreuse ou de milieu défavorisé ont rencontré des difficultés plus prononcées"…

Enfin, l'étude passe au crible les pratiques culturelles, pour constater que "13% à 20% de la population âgée de 15 ans ou plus a pratiqué la musique, la danse, le dessin, la peinture et la sculpture, ou encore le montage audio ou vidéo, soit une progression de 5 à 6 points" par rapport aux taux de pratique observés habituellement. C'est d'ailleurs le seul domaine où les clivages sociaux s'estompent : "Alors qu’en 2018 les cadres pratiquaient deux fois plus une activité en amateur que les ouvriers, l’écart disparaît en situation de confinement."

 

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