La commune d’Ingré protège la perdrix grise au nom de la biodiversité

La commune du Loiret a mis en place en 2017 un plan d’actions en faveur de cette espèce autrefois emblématique des plaines céréalières. Menacée, la perdrix grise est devenue l’emblème de la biodiversité locale. 

Située à l’ouest d’Orléans, en lisière de la Beauce et de la forêt de Bucy, la commune d’Ingré est composée pour plus de 50% de surfaces agricoles, soit environ 1.000 hectares de plaine. En 2013 un inventaire de biodiversité communale, commandé par la commune et réalisé en partenariat avec Loiret nature environnement, recommande de préserver la petite faune, et notamment la perdrix grise. On n’en compte alors plus que quelques couples, notamment du fait des pratiques agricoles, selon le premier adjoint au maire en charge de l'environnement, Arnaud Jean. "Il existe d'autres facteurs, comme le changement climatique et la présence de prédateurs", précise l'éducateur à l'environnement et au développement durable d'Ingré, Matthieu Lorigny. 

En mars 2016, dans le cadre de son Agenda 21, la commune lance un groupe de travail associant différentes parties prenantes : la société de chasse et de protection de la nature d’Ingré, la chambre d’agriculture, les agriculteurs d’Ingré, la fédération des chasseurs du Loiret (FCL) et l’association Loiret nature environnement. Le plan de protection de la perdrix grise mis en place par la commune d’Ingré sur la période 2017-2020 comprend deux axes complémentaires : la sensibilisation et la restauration d’habitats. 

Zones refuges et panneaux d'informations

Le plan de protection mis en œuvre début 2017 prévoit un suivi des effectifs, des actions de sensibilisation et de communication et la restauration d’habitats favorables à la perdrix grise. La commune communique sur différents supports pour faire de la perdrix grise un emblème de la biodiversité locale. Elle fait réaliser huit panneaux d'information sur le respect des chemins agricoles et des zones de reproduction de la perdrix grise et une quarantaine d’affiches sont mises à disposition des agriculteurs et des chasseurs.

Les établissements scolaires et le centre de loisirs sont impliqué à travers des programmes pédagogiques. En mars 2018, des enfants de l'accueil de loisirs participent par exemple à la mise en terre d’arbustes d’espèces locales autour de deux pylônes électriques, une action financée par le gestionnaire du réseau électrique RTE, à hauteur de 5.000 euros. Ces "zones refuges" favorisent l’implantation d’insectes essentiels pour nourrir les oisillons. 

Préserver les terres agricoles et naturelles

Les élus quant à eux s’engagent à préserver les terres agricoles et naturelles de la commune, alors que les chasseurs ont arrêté les abattages de perdrix. Enfin, en septembre 2018, une "charte d’engagement volontaire sur la mise en place d’une gestion des bords de champs favorable à la faune sauvage"est signée avec sept agriculteurs de la commune. Elle fait notamment suite à un diagnostic de bordures de champs (cf. illustration) mené en lien avec le programme Agrifaune. "Cela a conduit par exemple à des expérimentations de semis sous-couvert, pour limiter l'utilisation d'herbicides", précise l'éducateur à l'environnement.
Mais depuis, les relations entre certains agriculteurs et la commune se sont tendues, notamment sur la question de l'usage des pesticides, dont l'impact sur les captages d'eau potable avait conduit à une alerte de l'agence régionale de santé en 2010. "Nous avons du mal à identifier les raisons précises de la disparition de cette espèce et des problèmes de reproduction, note le président de la société de chasse et de protection de la nature d'Ingré. Patrick Izquierdo. Mais l’agrandissement des exploitations, la disparition des haies et les produits chimiques sont en cause. Je loue des terres qui sont mises en jachère pour favoriser la biodiversité, mais il faudrait que tous les agriculteurs jouent le jeu". 
"À ce jour, les derniers comptages de perdrix grises montrent une augmentation peu significative, affirme l'éducateur à l'environnement. Mais ce plan a permis de communiquer sur l'importance de la biodiversité au sens large, c'est important."

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