Archives

La CPU mène l'enquête sur les actions des universités en matière de logement

Les établissements universitaires ne peuvent pas être insensibles aux difficultés rencontrées par les étudiants et les chercheurs pour se loger. Ils en font notamment une question d'attractivité internationale. Une enquête de la Conférence des présidents d'université (CPU) fait le tour des actions engagées aujourd'hui. Une photographie avant que le gouvernement ne tranche (ou pas) la question de la dévolution du patrimoine universitaire, et notamment celle de la valorisation des réserves foncières.

Quelles sont les actions et les services que les universités développent aujourd'hui en matière de logement pour leurs étudiants, leurs personnels et les chercheurs invités ? Dans le cadre de son partenariat avec la Caisse des Dépôts, la Conférence des présidents d'université (CPU) mène l'enquête. Une première série de résultats a été dévoilée à l'occasion des deuxièmes Rendez-vous du logement étudiant, le 21 novembre (voir notre article ci-dessous). 

29 établissements universitaires sur 53 déclarent avoir des projets en matière de logement

L'enquête a été réalisée de juillet à septembre par les cabinets Latitude et Conseil logement solidaire. Sur les 130 établissements universitaires membres de la CPU, 53 ont répondu*. Et sur les 53 répondants, 29 ont déclaré avoir des projets en matière de logement pour les étudiants, les personnels et les chercheurs invités. Concrètement, 10 d'entre eux participent ou envisagent de participer à la construction ou la réhabilitation de logements. Deux seulement se disent désireux de mettre à disposition du foncier.
Les autres projets actuels en faveur du logement sont des premiers pas intéressants. Il s'agit par exemple de mettre en place une plateforme mettant en contact bailleurs et usagers (8 établissements universitaires l'envisagent), de signer ou reconduire des conventions en matière de logement (3), de créer un guide du logement étudiants (3)...
La plupart des universités ont de belles réserves foncières, notamment autour des campus construits en périphérie des villes. Avant de s'engager dans des projets de mise à disposition de ces terrains, il est probable qu'elles attendent de savoir comment le gouvernement poursuivra la réforme engagée par Thierry Mandon visant à confier aux universités la gestion de leur patrimoine immobilier et foncier (voir notre article ci-dessous 27 septembre 2016).

La réforme sur la dévolution du patrimoine universitaire pourrait modifier le paysage

Dans l'esprit du précédent secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur, cette perspective devait ouvrir la voie à un nouveau modèle économique fondé notamment sur l'idée que les cessions permettraient de dégager des recettes financières elles-mêmes utiles au financement des réhabilitations monstreuses et coûteuses (les deux tiers du parc immobilier des universités françaises nécessitent des travaux de réhabilitation, dont la moitié d'entre eux des travaux "lourds"), et utiles aussi pour produire de l'immobilier tertiaire et du logement. Mais cela ne pourrait fonctionner que si le produit des recettes revenait aux universités elles-même, or cette question de la dévolution du patrimoine universitaire n'est pas tranchée.
A noter que sur les 53 établissements qui ont répondu à l'enquête de la CPU, 18 ont déclaré être déjà "propriétaires" de logements. Ces logements sont très peu nombreux : 3.200 pour 18 établissements totalisant plusieurs centaines de milliers d'étudiants. Et sur ces 3.200, l'Insa de Toulouse en possède près de la moitié (1.600) et l'Insa Rouen Normandie près du quart (750). A noter également que cette "propriété" peut prendre plusieurs formes du moment que l'établissement "a visiblement la jouissance des logements, puisque c'est lui qui en assure l'affectation auprès des bénéficiaires". Cela inclut par exemple le cas où, dans le cadre d'une convention de longue durée, un bailleur social est propriétaire d'un bâtiment construit sur un foncier maîtrisé par l'établissement universitaire.

Vers une gouvernance territoriale ?

Quoi qu'il en soit, 25 établissements sur 53 déclarent participer, d'une manière ou d'une autre, à la production de nouvelles "places" via la concertation avec les instances locales. Ce qui fait dire aux auteurs de l'enquête qu'"une forme de gouvernance territoriale du logement étudiant (et/ou chercheurs) se développe, à l'initiative des collectivités ou des Comues [communautés d'universités et établissements]".
Sur ces 25 établissements, 9 déclarent être d'ores et déjà en partenariat direct avec un maître d'ouvrage. C'est le cas de l'Ensa de Toulouse (800 étudiants), de l'université de Perpignan via Domitia (9.700 étudiants), l'université Paris-Dauphine (10.560), Sciences Po Paris (13.500), l'université Paris 13 (23.780), l'université Paris Sud (30.000), l'université de Montpellier (45.000), l'université de Strasbourg (51.000) et la Comue de Lyon (145.000). La plupart d'entre eux proposent leur foncier mais le partenariat peut aussi se faire sans (ce qui est le cas pour Paris Dauphine et Sciences Po Paris). Un établissement peut aussi mettre du foncier à disposition sans pour autant avoir noué un partenariat direct avec un maître d'ouvrage (c'est le cas de l'université de Lille, sciences humaines et sociales).
Seulement deux établissements, la Comue de Lyon et l'université Paris Dauphine, investissent directement dans la production de nouvelles places.

La première motivation : l'attractivité internationale

La première motivation des établissements à s'impliquer en matière de logement est l'attractivité internationale de l'établissement (19 réponses). Viennent après : les conditions de réussite de l'étudiant (16 réponses), l'accompagnement des usagers (16), l'attractivité du campus (sans précision de public, 11). Assurer une mixité sociale des publics n'est une motivation que pour 6 établissements.
29 établissements ont développé un service interne chargé d'accompagner les étudiants internationaux. Ils sont 16 à le faire pour les étudiants boursiers, 15 pour les chercheurs invités en courts séjours, 15 pour les chercheurs en longs séjours.
De fait, 40 établissements sur 53 sont engagés dans des actions facilitant l'accès au logement des étudiants internationaux. Ils sont bien moins à s'engager pour le logement des chercheurs invités en courts séjours (25), des chercheurs en longs séjours (20) et encore moins des étudiants boursiers (18). 

6.000 places réservées pour les étudiants internationaux, 2.900 pour les étudiants boursiers

De même, les établissements qui ont répondu à l'enquête réservent 6.000 places pour les étudiants internationaux (dont 5.200 au sein de résidences Crous) contre 2.900 pour les étudiants boursiers (dont 1.300 au sein de résidences Crous).
"Nos actions ne se substituent pas à celles du Crous ou des organismes de logement social, elles sont complémentaires", a insisté Isabelle Huault, présidente de l’université Paris Dauphine, lors des Rendez-vous du logement étudiant. De fait, l'enquête montre que les Crous demeurent les principaux partenaires des établissements universitaires : 46 établissements sur 53 orientent les étudiants vers un Crous (25 vers un autre gestionnaire, 15 vers un site internet partenaire...)

* Dont neuf écoles et quatre Comues (communautés d'universités et établissements).

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis