Gers

La lutte contre l'aggravation de la dépendance passe par les petits plaisirs quotidiens... et ce n'est pas un luxe !

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Le CIAS du Grand Auch présente Interlude comme une "équipe mobile de prévention de l'aggravation de la dépendance". En imaginant cet accompagnement très personnalisé de personnes âgées isolées, le CIAS comble une carence dans le maintien à domicile. L'objectif est simple : redonner l'envie de faire des choses ! la philosophie est que les petits plaisirs réveillent la motivation pour ne pas se replier sur soi-même et se laisser aller.

Sur les quinze communes de la communauté du Grand Auch, la population compte 30% de personnes âgées de plus de 60 ans (21% en moyenne nationale). Bien des services ont été développés pour répondre aux besoins premiers des personnes âgées à domicile, "mais les personnes seules, isolées, sans famille ou veuves depuis peu, n'ayant ni projet ni capacité à s'en créer glissent vers la dépendance", observe Annie Cuello, directrice du centre intercommunal d'action sociale (CIAS) (1). Ce constat sur les personnes âgées désoeuvrées, confinées chez elles, avait été fortement relayé par élus des petites communes, inquiets du glissement rapide vers une dépendance accrue. Le service Interlude veut y remédier.

Sortir du seul accompagnement physique

Le principe est simple : pour adhérer à ce service, un projet individuel, même minime, doit être bâti ; dès lors, les personnes bénéficient de cinq heures par mois d'intervention individuelle et d'une activité ou sortie collective. Des agents formés à l'accompagnement (aides soignantes et aides à domicile), vont chez elle et cherchent à lui redonner le goût des choses, en commençant par des gestes qui semblent naturels et dont elle a pourtant souvent perdu l'usage. Ainsi de cette ancienne commerçante, première bénéficiaire d'Interlude, qui ne sortait plus, même pour acheter son pain et avait perdu l'usage de l'euro. "Le premier objectif a été d'agrandir son périmètre de marche, puis de l'aider à réutiliser l'euro et progressivement renouer des liens sociaux. Elle a alors exprimé le souhait d'acheter des chaussures pour tous ces nouveaux déplacements. C'est lorsque la demande s'exprime à nouveau qu'on voit qu'une personne recommence à se projeter. Elle a ensuite demandé une aide pour réaliser un gâteau afin d'inviter une voisine. De là, tout à démarré. Elle nous l'a dit : je peux encore faire des choses mais je n'ai plus l'idée", raconte la directrice. "L'aide physique ne suffit pas, il faut une stimulation pour faire émerger le désir, c'est sur ce glissement-là que nous intervenons", reprend Annie Cuello, persuadée que "lorsqu'on a un projet, que l'on compte pour quelqu'un, que l'on se permet de parler de ses plaisirs, on reste debout".
La variété des témoignages conforte la pertinence de la philosophie qui a conduit le CIAS a monter ce projet. Les réductions d'heures ménagères accordées par les caisses de retraites aux personnes âgées poussent les aides à domicile à faire ce qu'il y a de plus utile. Interlude intervient en complément pour les plus vulnérables.

Si le service n'est pas vital, il est essentiel

"Ce n'est pas un service vital", reconnaît Annie Cuello, qui défend pourtant qu'il est "essentiel" : "Comment accepter d'avoir été citoyen toute sa vie et, parce que l'on devient âgé et dépendant, ne plus avoir de temps pour soi ? La société se déculpabilise par l'offre de soins, d'aides ménagères. Mais la vie ne se limite pas à ça ! Nous avons vu même les plus dépendants revivre, en attente des sorties collectives que nous proposons et reprendre l'habitude de s'inviter entre eux." "Nous ne pouvons nous permettre un différentiel de coût trop important entre la recette et le coût du service, compte tenu de notre souci d'équilibre financier . A cet égard, on pourrait considérer que ce service est un luxe pour la collectivité mais, du point de vue du point de vue  de l'intérêt de  l'usager en situation de 'glissement', c'est une nécessité qui relève de la solidarité locale", appuie Franck Montaugé, vice-président du CIAS du Grand Auch, adjoint au maire de Auch, en charge de l'action sociale et de la solidarité.

Un projet distingué par le prix de l'innovation sociale de l'Unccas 

Ce projet a d'ailleurs été distingué comme le rappelle l'élu par un prix de l'innovation sociale décerné en 2005 par l'Union des CCAS. "Ce service a une valeur ajoutée à caractère social importante et qui justifie notre intervention", maintient Franck Montaugé.
Il n'en demeure pas moins que ce projet a bénéficié au départ d'une subvention de 41.000 euros de la Datar (2), dans le cadre d'un appel à projets transmis par la Ddass du Gers dans le cadre de l'aménagement du territoire et des personnes âgées, qui a été déterminante pour permettre sa concrétisation. L'expérimentation a été évaluée comme suffisamment concluante pour que le service perdure. Mais au prix d'une modération dans les ambitions.
Interlude compte une vingtaine d'adhérents (dont la majorité a plus de 80 ans), alors que l'objectif initial était de quarante.
"Le tarif d'adhésion est lié aux ressources des personnes. En l'occurrence, la plupart des adhérents actuels sont dans la tranche inférieure, et acquittent en moyenne 30 euros par mois (pour 5 heures d'intervention individuelle et 3 heures collectives, déplacements compris). Or le prix de revient d'une heure d'intervention est de 22 euros. Nous sommes donc loin du compte. Ce qui explique que la collectivité ne puisse se permettre de développer plus rapidement ce service", détaille Annie Cuello, la communauté de communes participant pour 85% à son fonctionnement.
La prudence a ainsi valu dans la constitution des équipes d'intervention. Le CIAS s'appuie sur quatre agents à mi-temps, deux aides soignantes et deux aides à domicile, qui faisaient déjà partie du personnel.

C'est sur la communauté de communes du Grand Auch que le Clic a été expérimenté pour la première fois... Interlude pourrait bien essaimer !

Pour l'heure, ce projet n'est aucunement menacé. Franck Montaugé se montre même volontiers optimiste quant à la capacité d'organismes, institutions ou autres collectivités à reprendre cette idée pour l'essaimer, voire la généraliser, à l'exemple du guichet d'information pour personnes âgées, expérimenté localement à Auch, avant d'être repris nationalement sous le nom de Clic (comité locaux d'information et de coordination gérontologique).

 

Emmanuelle Stroesser, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

(1) créé le 1er janvier 2006
(2) s'est ajoutée une subvention de la Fondation de France de 10.000 euros qui a permis l'achat de deux véhicules légers.

Contact(s)

CIAS du Grand Auch

Rue Pasteur
32000 Auch
05 62 60 61 40
05 62 60 61 59

Franck Montaugé

Vice président CIAS
montauge.franck@wanadoo.fr

Annie Cuello

Directrice du CIAS
annie.cuello@mairie-auch.fr
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