La situation des bénéficiaires de l’aide alimentaire a été aggravée par la crise sanitaire

Si son impact sur le nombre de bénéficiaires de l'aide alimentaire a été relativement limité – de l’ordre de 10%, mais deux fois plus pour le public étudiant –, la crise sanitaire a eu un impact important sur les conditions de vie et notamment sur la santé des personnes recourant à cette aide. C’est ce que met en évident une étude de l’Insee, qui détaille également le profil de ces bénéficiaires – majoritairement des hommes seuls sans logement personnel concernant la distribution de repas, principalement des femmes dont des mères seules avec leurs enfants pour ce qui relève de la distribution de colis et des épiceries sociales.

La situation des plus précaires s’est aggravée avec la crise sanitaire. Ce constat tôt fait par les associations de solidarité (voir nos articles ci-dessous) est confirmé par une étude de l’Insee portant sur les bénéficiaires de l’aide alimentaire, publiée le 28 juin 2022. Entre mars 2020 et novembre-décembre 2021, 44% de ces personnes déclarent avoir vu leurs revenus baisser (du fait d’une perte d’emploi ou de prestation sociale, d’une séparation…), 50% leurs dépenses augmenter (avec la hausse de la consommation d’énergie, davantage de repas pris à la maison…) ou les deux pour 27%. La moitié des bénéficiaires concernés estiment que la crise sanitaire est la cause de ces fluctuations. Loin d’être uniquement financière, la dégradation imputée à l’épidémie concerne également la santé psychique des recourants à l’aide alimentaire (la moitié d’entre eux), leur santé physique (31%), les relations sociales (30%), l’accès à l’alimentation (30%), l’accès aux soins médicaux (26%) et l’accès aux services d’aide sociale (24%).

Le nombre de personnes recourant à l’aide alimentaire a également subi l’impact de la crise sanitaire, mais dans une moindre mesure puisque l’Insee estime qu’environ 10% des bénéficiaires a "basculé dans l’aide alimentaire" du fait du contexte épidémique. Parmi les étudiants, cette proportion serait de l’ordre de 20%, donc deux fois plus que dans l’ensemble de la population générale. 

Distribution de repas ou distribution de denrées : des profils très différents

Actuellement, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire est estimé "entre 2 et 4 millions de personnes en France métropolitaine", une fourchette très large qui s’explique par l’existence de différentes sources produisant des estimations divergentes. L’Insee dresse un portrait de ces bénéficiaires, principalement sur la base de son enquête "Aide alimentaire" réalisée en novembre et décembre 2021.

Il existe "une grande variété de dispositifs", parmi lesquels deux grands types sont mis en avant par l’Insee : la distribution de repas d’une part et la distribution de colis et les épiceries sociales d’autre part. Les bénéficiaires de repas sont majoritairement des hommes (77%), qui vivent le plus souvent seuls sans enfant. 68% des personnes se rendant aux distributions de repas n’ont pas de logement personnel "et, en particulier, 23% sont des personnes sans-abri". Les bénéficiaires des colis et des épiceries sociales ont un profil différent, puisqu’il s’agit majoritairement de femmes (72%), "dont près de 40% élèvent seules un ou plusieurs enfants". Parmi les recourants à ce type d’aide alimentaire, "83% vivent dans leur propre logement (52% en logement social), reflétant notamment le fait que ce type d’aide suppose de disposer de l’usage d’une cuisine pour préparer les denrées récupérées". L’Insee estime que "sur l’ensemble des recourants à l’aide alimentaire, la part d’immigrés est de l’ordre de 50%", dont 14% non francophones.

Le recours à l’aide alimentaire s’effectue auprès de la même association pour la majorité des bénéficiaires. Les modalités varient naturellement selon le type d’aide : il s’agit d’un recours "quasi-systématique" (tous les jours ou entre trois et cinq fois par semaine) pour 60% des bénéficiaires des repas, alors que les personnes recourant aux colis ou aux épiceries sociales déclarent s’y rendre "au plus deux fois par mois" (57%) ou "entre une et deux fois par semaine" (39%).

Enfin, les recourants à l’aide alimentaire bénéficient, pour une partie d’entre eux, d’autres aides : des prestations sociales (au moins une prestation pour les deux tiers des recourants), des aides autres qu’alimentaires (un quart des recourants) dont des aides financières et des aides matérielles, ou encore des aides informelles (38% des recourants). L’isolement social ("n’avoir personne sur qui compter pour obtenir un soutien moral") concernerait près de 30% des bénéficiaires de l’aide alimentaire.

 

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