La ville et la communauté d'agglomération de Montauban mesurent les avantages d'un carburant composé d'huiles végétales pures

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Environnement

Energie

Tarn-et-Garonne

Bennes à ordures, camions-bennes, tracteurs, trente-deux véhicules, qui consomment 50% du total du carburant de la ville et de l'agglomération de Montauban et des Trois Rivières, testent l'usage du biocarburant. Après trois ans d'expérimentation de l'huile végétale pure associée au gasoil, cette utilisation pourrait être généralisée sur tout ou partie de la flotte des véhicules utilitaires.

Sept communes composent la communauté d'agglomération de Montauban et des Trois Rivières, soit 57.000 habitants répartis sur 33.500 hectares. De grandes distances sont à parcourir pour les véhicules des différents services publics : ordures ménagères, voierie, espaces vert... La loi d'orientation agricole autorisait les tracteurs à utiliser les huiles végétales pures (HVP) produites à partir de plantes oléagineuses, colza au Nord, tournesol au Sud. C'est la modification de la loi de finances 2006, pour laquelle Brigitte Bareges, député-maire de Montauban a bataillé ferme, qui permet aujourd'hui l'utilisation des HVP pour les véhicules des collectivités locales, hors transport de passagers.

Utiliser le biocarburant à titre expérimental

Le 4 juillet 2007 deux protocoles identiques ont été signés entre le préfet de Tarn-et-Garonne, la direction des douanes, comme autorité de contrôle des taxes de carburants, la ville de Montauban et l'agglomération (chacune pour ses propres véhicules). Ils ont autorisé la collectivité et l'EPCI à utiliser dès l'automne 2007 l'huile végétale pure à titre expérimental. Le protocole prévoit un suivi des moteurs par le service mécanique de l'agglomération et des analyses d'huile moteur et de gaz d'échappement par un expert indépendant. Il prévoit également de relever les taux de consommation et d'analyser régulièrement chaque véhicule. Les résultats seront présentés dans un rapport annuel. Au terme de trois années d'expérimentation, l'utilisation de l'huile végétale pure pourrait être généralisée sur tout ou partie de la flotte.

Les véhicules gros consommateurs de carburants et émetteurs de CO2 rouleront aux HVP dès le mois de mai 2008

La ville et l'agglomération possèdent trois cents véhicules, la majorité fonctionnant au diesel. La consommation annuelle de l'ensemble du parc de véhicules est de 400.000 litres de gasoil. Un diagnostic a été effectué en 2006 afin de repérer les plus gros consommateurs de carburants et ceux rejetant le plus de CO2 : les bennes à ordures ménagères et les polybennes ou tracteurs utilisés pour la voierie et les espaces verts. Le diagnostic a été mené par un bureau d'étude et a bénéficié d'un soutien financier de l'Ademe. Les trente-deux véhicules retenus pour l'expérimentation HVP consomment à eux seuls la moitié du carburant diesel consommé par le parc de véhicules. L'objectif est de diminuer de 30% leur consommation en utilisant en substitution 60.000 litres d'HVP. L'huile végétale est l'un des choix possibles, de la filière courte (fournisseurs à proximité) des agro-carburants, appelé biodiesel. L'huile végétale pure doit être de très bonne qualité. Pour cela elle est filtrée. L'Institut français des huiles végétales pures accompagne scientifiquement les entités pour adapter leur centre technique. Le système de distribution est composé d'une cuve spéciale HVP et d'un automate de distribution de carburant relié à un ordinateur. En effet, chaque véhicule est doté d'une carte magnétique permettant son identification par l'automate qui peut alors l'approvisionner avec le carburant adapté, soit un pourcentage de biodiesel dosé de 10 à 30% en huile pendant la première année d'expérimentation. L'automate choisi permettra de faire varier si nécessaire les années suivantes ce pourcentage de 0 à 100% d'HVP

Un choix qui permet notamment le maintien d'un tissu agricole

Pour la fourniture de l'huile, une consultation par groupement de commandes, visant les coopératives d'utilisation de matériel agricole ou les groupes de fournisseurs d'huile est en cours. Le cahier des charges prévoit non seulement des critères techniques garantissant la qualité de l'huile, mais également des critères environnementaux, afin de mieux départager les réponses et de privilégier les fournisseurs ayant le moins d'impact sur l'environnement. Selon Didier Padié, adjoint à l'environnement de la ville de Montauban, président de la commission environnement de la communauté d'agglomération de Montauban et des Trois Rivières et agriculteur, le choix de mise en place de cette filière vient d'une grande sensibilité à l'environnement, le souci de maintenir un tissu rural agricole et bien évidemment de diminuer les émissions de CO2.

Le budget de cette opération s'élève à 47.000 euros d'investissement pour la fourniture et la mise en place du matériel de stockage et de distribution de l'HVP et 35.000 euros pour la première année de fonctionnement correspondant aux frais du bureau d'étude qui accompagne la mise et en place de l'opération et aux frais d'analyses (analyse de l'huile moteur, des gaz d'échappement...) de chaque véhicule avant l'introduction d'HVP. Chaque année un budget de 10.000 euros est prévu pour réaliser le suivi des moteurs (au minimum une fois par an, pendant trois ans) et missionner le bureau d'étude IFHVP pour le suivi de ces analyses.

Un fort impact environnemental pour un coût modeste

Point fort dans les collectivités, il est clair que le biocarburant ne remplacera pas l'énergie fossile.
L'avenir est à la diversification et à l'utilisation par les collectivités de différents types d'énergie. Selon Didier Padié, le plus gros challenge concerne le développement des transports en commun. Il faut explorer toutes les solutions, l'huile végétale pure n'en est qu'a la première génération. Actuellement c'est la graine pressée qui permet de fabriquer 1.000 à 1.500 litres par hectare. Les travaux de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) visent la seconde génération avec l'utilisation de la plante entière, pour obtenir une production bien supérieure.
En 2007 la loi est en place et le protocole existe. Les évolutions techniques vont aller de plus en plus vite. Il faut être prêt, tout peut changer d'ici une année pour passer les véhicules au-delà des 30% d'huile et basculer du gasoil à l'huile.
L'une des clés de la pérennisation de cette action résidera malgré tout dans une stabilisation de l'écart de prix entre le gasoil et le prix de vente de l'huile végétale pure.
Cette démarche a un fort impact environnemental pour un coût modeste et permet la diminution des rejets en CO2 et le développement d'une filière agricole et économique locale, souligne la ville de Montauban première à se lancer dans l'expérience en Midi-Pyrénées. Une façon de se distinguer dans le paysage national en matière d'écologie urbaine.

Nathalie Froissart, pour la rubrique Expériences des Sites Mairie-conseils et Localtis.

Communauté d'agglomération de Montauban et des Trois Rivières

Nombre d'habitants :

54400
9 rue de l'Hôtel de Ville- BP764
82013 Montauban

Didier Padié

Adjoint à l'environnement ville de Montauban
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