Le gouvernement inquiet du climat social en France

Dans un courrier adressé aux préfets, le ministre de l'Intérieur s'inquiète d'une flambée de faits "extrêmement violents" lors des cinq premiers mois de l’année 2021, sans doute en lien avec la crise, et demande un "état des lieux". Parallèlement, deux circulaires émanant du ministre de l'Intérieur et du ministre de la Justice visent à prévenir les violences commises lors des manifestations.

Effets de la crise ou des élections qui approchent, le gouvernement s’inquièterait du climat social en France qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Et l’incident survenu le 8 juin lors du déplacement du président de la République à Tain-l'Hermitage (Drome) ne fait rien pour atténuer ses appréhensions. Le garde des Sceaux et le ministre de l’intérieur viennent chacun d’adresser - l’un aux procureurs, l’autre aux préfets -, des instructions pour prévenir les violences commises lors des manifestations. Parallèlement, le 4 juin, Gérald Darmanin a adressé un courrier aux préfets et aux directeurs de la police, de la gendarmerie et du renseignement, pour les alerter d’une flambée de faits "extrêmement violents" aux cinq premiers mois de l’année 2021, "vraisemblablement liés aux conséquences de la crise sanitaire dont notre pays est en train de sortir". Il leur demande de lui faire parvenir un état des lieux de la situation "pour le 9 juin" et de l'accompagner "de solutions de traitement" dans "une perspective résolument interministérielle et ambitieuse". La synthèse de ces analyses sera transmise au Premier ministre.

Forte progression des violences intrafamiliales

Dans son courrier, divulgué par plusieurs agences de presse, le ministre s’inquiète tout particulièrement de la très forte progression des violences intrafamiliales (+ 20% par rapport aux cinq premiers mois de l’année 2020), avec la "multiplication des faits graves de violences intraconjugales (homicides ou tentatives d’homicides)". Les deux ministères (Intérieur et Justice) travaillent d’ailleurs à la création d’un fichier de prévention des violences familiales. Le ministre constate également une progression de 137 % des interventions du GIGN ou du Raid "sur des individus dangereux retranchés ('forcenés')". Et "dans un contexte de stabilité générale des violences urbaines", une hausse de 28% des "violences à l’encontre des services de sécurité, de santé et de secours".

"Ces faits et leur gravité doivent appeler une réponse forte, pour autant différente du traitement de la délinquance de droit commun", poursuit le ministre. Dans une circulaire du 27 mai, le garde des Sceaux avait appelé les parquets à porter une "attention particulière" au traitement des "atteintes contre les forces de l'ordre", oubliant d’ailleurs de mentionner les policiers municipaux de plus en plus exposés (voir notre article du 2 jun 2021). Ce climat de tension n'épargne pas les maires - "à portée d’engueulade" ou "de baffe" - victimes de plus en plus d’agressions. Des maires qui peuvent désormais suivre des formations du GIGN pour apprendre à désamorcer les conflits (voir notre article du 29 mars 2021)...

Associer les municipalités à la sécurisation des manifestations

Deux ans après la crise des gilets jaunes, le gouvernement s’inquièterait-il aussi de la rue ? C'est ce que porte à croire une autre circulaire du garde des Sceaux "relative au traitement des infractions commises en lien avec des groupements violents lors des manifestations". Les manifestations apparaissent "de plus en plus marquées, en plusieurs points du territoire, par des violences graves mettant en cause notamment des individus organisés et violents, phénomène qui se caractérise par la recherche d'une action directe et l'affrontement avec les forces de sécurité intérieure", s’inquiète en effet le ministre dans ce texte daté du 22 avril, publié le 4 juin. Préfets et procureurs sont invités à partager les bonnes pratiques pour "prévenir le plus tôt possible les exactions susceptibles d’être commises". Le ministre mentionne les mouvements de contestation radicaux pouvant être apparentés aux "Black Blocks". Des "mesures préventives, efficaces et coordonnées telles que le partage de renseignement" sont "indispensables", estime-t-il, appelant notamment à un contrôle des réseaux sociaux. Il appelle les procureurs à renforcer les échanges avec les préfets en amont des manifestations, ou avec les organisateurs pour la diffusion de messages de "désolidarisation", vis-à-vis de groupement d’individus violents. Un plan d’action commun coordonné peut être mis en place, suggère-t-il.

"Il conviendra d’associer les municipalités à la sécurisation de la manifestation, afin de s’assurer que la voie publique soit dégagée du mobilier urbain et des outils de chantier susceptibles d’être utilisés", mentionne la circulaire. Les municipalités devront aussi attacher "une attention particulière à la recherche d’armes par destination qui seraient dissimulées dans divers bâtiments tels que les halls d’immeuble".

 

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