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Le reconfinement, c'est maintenant

C'était de plus en plus probable. Emmanuel Macron a bien annoncé ce mercredi 28 octobre à 20 heures un reconfinement dès vendredi "sur tout le territoire national" et "a minima jusqu'au 1er décembre". Trois "adaptations" par rapport au printemps dernier : "les écoles resteront ouvertes, le travail pourra continuer, les Ehpad pourront être visités". Services publics ouverts mais établissements recevant du public fermés. Tout comme les "commerces non essentiels". Les précisions qui s'imposent seront données ce jeudi en fin de journée par Jean Castex.

Moins d'une semaine après l'instauration d'un couvre-feu dans 54 départements, l'annonce d'un reconfinement d'au moins un mois. Cette fois sur l'ensemble du pays. La fin, donc, des mesures "territorialisées" et des adaptations locales. Mais un reconfinement "adapté". Encore que l'on attende pas mal de précisions quant à ces adaptations. Ce sera pour ce jeudi à partir de 18h30, dans le cadre d'une conférence de presse donnée par Jean Castex et cinq ministres. Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement se sera exprimé au Parlement, pour un débat suivi d'un vote.

Donner un "coup de frein brutal" aux contaminations

"Cela ne suffit pas, cela ne suffit plus", a reconnu le chef de l'État ce 28 octobre au soir en ouverture de son intervention télévisée. Ce qui ne suffit plus, c'est la logique du "tester, alerter, protéger". Ce sont les mesures "au plus près du terrain", les masques presque partout. C'est le couvre-feu. "Nous sommes submergés par l’accélération soudaine de l’épidémie", " nous sommes tous, en Europe, surpris par l’évolution du virus", nous sommes "débordés par une deuxième vague qui, nous le savons désormais, sera, sans doute, plus dure et plus meurtrière que la première", a décrit Emmanuel Macron. D'où la nécessité d'un "coup de frein brutal" aux contaminations. Avec pour objectif de protéger "les plus âgés, les plus fragiles", "les plus jeunes", les soignants, "les plus modestes"… et de "protéger notre économie".

Le président a énuméré les diverses "stratégies possibles" face à cette deuxième vague... pour les écarter une à une parce que jugées inefficaces, irréalistes ou insuffisantes : "la recherche de l'immunité collective", le fait de ne confiner que les personnes à risque, le fait de tout miser sur les tests, la seule augmentation des capacités de réanimation…

Seul, donc, un nouveau confinement permettrait le "coup de frein".  Règle générale, comme au printemps dernier : "Sortir de chez vous uniquement pour travailler, vous rendre à un rendez-vous médical, pour porter assistance à un proche, pour faire vos courses essentielles ou prendre l’air à proximité de votre domicile". Le corollaire : le retour de l'attestation pour tous. On attendra cette fois encore de connaître plus précisément les motifs et conditions listés sur cette attestation. Chacun pourra-t-il par exemple "prendre l’air" à n'importe quelle heure ? (autorisé durant le confinement du printemps dernier mais proscrit depuis peu par le couvre-feu) Et l'on se souvient des hésitations, lors du précédent confinement, sur l'activité physique ou sur l'usage du vélo…

Les déplacements seront en tout cas géographiquement limités. "Vous ne pourrez pas vous déplacer d’une région à l’autre", a dit Emmanuel Macron. Une région, c'est grand désormais. Faut-il y voir le retour de la règle des 100 kilomètres ? On saura juste pour l'heure qu'une tolérance est prévue ce week-end pour les retours de vacances scolaires. Au passage, on a pu observer, plusieurs heures avant l'intervention d'Emmanuel Macron, des centaines de kilomètres inhabituels de bouchons au départ de l'Île-de-France, possible signe d'un début d'"exode" de Parisiens craignant de ne plus pouvoir quitter la capitale...

En outre, finies les recommandations de "six personnes maximum" dans le cercle privé et les jauges à géométrie variables pour les autres rassemblements : désormais, "les réunions privées en dehors du strict noyau familial seront exclues, les rassemblements publics seront interdits".

Ouvert / Fermé

Un point était attendu . Celui de savoir quels commerces et établissements pourraient rester ouverts. C'est la version stricte qui a été choisie : "Les commerces qui ont été définis au printemps comme non essentiels, les établissements recevant du public, notamment les bars et restaurants, seront fermés". On peut donc a priori se référer au décret du 23 mars dernier qui listait en annexe les commerces jugés "essentiels" au-delà des seuls commerces alimentaires. "À quelques aménagements près", aurait toutefois précisé Bercy. Les représentants des commerçants comprennent mal, sachant tout ce qui a été mis en place depuis le déconfinement : port du masque et autres précautions sanitaires. Comprennent mal, aussi, en quoi il serait par exemple plus dangereux de se rendre dans une librairie qu'au rayon livres d'un hypermarché. "Je sais que pour les commerces de centre-ville, je demande un très gros effort", a reconnu Emmanuel Macron, en donnant rendez-vous "dans quinze jours" : "Si d’ici quinze jours nous maîtrisons mieux la situation, nous pourrons réévaluer les choses et espérer ouvrir certains commerces." En sachant toutefois que ce point bimensuel pourra aussi a contrario, en fonction de "l'évolution de l'épidémie", donner lieu à "des mesures complémentaires".

Principal changement par rapport à mars dernier : "Les crèches, les écoles, les collèges et les lycées demeureront ouverts, avec des protocoles sanitaires renforcés" que Jean-Michel Blanquer devrait être amené à détailler ce jeudi. En revanche, pour l'enseignement supérieur, l'heure est au retour des "cours en ligne", sans qu'il ait été précisé si cela concernerait 100% de l'enseignement.

Autre grand changement : si "partout où c'est possible, le télétravail sera à nouveau généralisé", "l’activité continuera avec plus d’intensité". Ainsi, "les guichets des services publics resteront ouverts, les usines, les exploitations agricoles, les bâtiments et travaux publics continueront de fonctionner"… Là encore, des précisions seront les bienvenues quant aux activités concernées. S'agissant des services publics, y compris locaux, on peut d'ores et déjà imaginer les interrogations sur les services devant rester ouverts au public (la future attestation comprendra-t-elle une case déplacement pour "démarche administrative" ?) et ceux pour lesquels le principe du télétravail devra primer.

Enfin, Emmanuel Macron a mis l'accent sur le fait que cette fois, "les visites en maison de retraite ou en Ehpad" resteront autorisées. On se souvient qu'en mars dernier, ces visites avaient été suspendues avant même que le confinement ne soit décrété.

Le chef de l'État a souligné avoir "besoin" des élus locaux – qui ont déjà "joué un rôle essentiel" – pour accompagner ce reconfinement : "Maires, présidents d’intercommunalités, de métropoles, élus de terrain, nous allons avoir besoin de vous de manière encore accrue, pour proposer et aller plus loin en matière de prévention, mobiliser nos associations pour accompagner les personnes les plus isolées, les moins bien informées et assurer la bonne application des mesures prises, que ce soit près de nos jeunes dans le temps périscolaire ou pour accompagner les personnes les plus vulnérables ou les plus âgées."

Les élus locaux ayant réagi à l'issue de l'allocution présidentielle ont pour la plupart "pris acte" des décisions annoncées, ont assuré qu'ils seront "mobilisés"… certains craignant toutefois d'avoir à "gérer une nouvelle fois la détresse des habitants". Et ce, donc, dès ce jeudi soir.

 

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