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Le très large rayon d'influence de l'agglomération parisienne

Publié le
par
E.Z. et M.T. / Localtis
dans

Développement économique

France

Le rayonnement de l'agglomération parisienne dépasse les frontières franciliennes, selon une étude de l'Insee. Pendant quarante ans, la métropolisation a profité aux territoires situés dans un rayon compris entre 20 et 40 km du fait de la périurbanisation, un peu moins au-delà. Et à une distance de plus 150 km, un réseau de grandes villes comme Amiens, Orléans, Reims, Rouen ou Troyes,  jouent le rôle de "relais d'influence". 

Si de récentes études ont montré que le mythe du "ruissellement" des métropoles n'avait rien d'automatique, le cas de la métropole de Paris - par son poids économique et démographique - est un peu spécifique. C'est ce qui amène le Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) et l'Insee à lancer plusieurs études entre le mois de juin et la fin 2019 sur les flux démographiques et les dynamiques des territoires aux franges du bassin parisien. Une zone couvrant un vaste territoire composé de vingt départements et s'étalant sur six régions, allant de la baie de Somme à la Touraine, et du Perche jusqu'au vignoble de Champagne.
La première étude de cette série intitulée "L'influence de la métropole parisienne s'étend aux régions voisines" montre que les interactions entre Paris et ses alentours diffèrent fortement en fonction du rayon dans lequel on se trouve.

Un rayonnement large

Premier constat : "La croissance de l'emploi et de la population au sein de Paris et de sa petite couronne a été en moyenne plus de cinq fois plus faible que dans le reste de l'Île-de-France entre 1975 et 2015, la croissance est la plus forte dans les zones situées entre 20 et 40 km de la capitale." Principales explications : les problèmes de congestion, les choix volontaristes d'aménagement du territoire dans les années 1960, avec les "villes nouvelles" et la mise en service du RER. En un mot : la périurbanisation. Au-delà de ce périmètre, la hausse de l'emploi est moindre que celle de la population, on a des zones de développement plus résidentiel. Mais au-delà des 100 km et des frontières de la région, les dynamiques favorables à l'emploi et à la population reprennent sous l'effet de "relais d'influence" que sont des villes comme Orléans, Rouen, Amiens, Reims, Troyes, comme si leurs alentours n'avaient plus besoin d'échanges privilégiés avec la capitale. Ce périmètre d'influence et ce rôle de ville relais est propre à la région capitale, expliquent les auteurs. En effet, Lyon et Marseille ont un rayon d'influence beaucoup plus restreint, de l'ordre de 50 km. La configuration est différente, puisqu'une seule ville de plus de 100.000 habitants, Creil, se situe à environ 50 km de Paris, ce qui n'est pas le cas de Lyon avec Saint-Etienne ou de Marseille avec Toulon.

Navetteurs

"La métropolisation s'accompagne du développement des mobilités, marqué par une dissociation croissante des lieux de résidence et de travail, de consommation et de loisirs", constate l'étude. Ainsi, 73% de personnes en emploi vivant dans les communes situées dans un rayon de 50 km vont travailler vers ou depuis la zone d'emploi de Paris. Cette part diminue avec la distance : 11% des habitants entre 50 et 100 km de Paris et 2% entre 100 et 150 km de distance. "L'emprise de Lyon et Marseille sur les marchés locaux de travail de leur périphérie est nettement moindre", soulignent les auteurs, qui expliquent le phénomène parisien par la présence de nombreuses autoroutes et lignes ferroviaires à grande vitesse.
L'étude souligne la "perméabilité" de la frontière régionale pour le marché du travail, avec le poids des navetteurs. 10% des actifs de onze zones d'emploi situées en bordure proche de la région se rendent en Île-de-France pour travailler, un taux qui monte à 40% pour Dreux. Autre exemple : Pithiviers où 6.900 navetteurs se rendent en Île-de-France chaque jour, soit l'équivalent de 30% de ses actifs occupés résidents. Et cette zone "présente une croissance de l'emploi et de la population similaire", indique l'étude.
Au-delà de ces territoires, l'influence de la région parisienne sur les marchés locaux de travail est plus faible à l'exception des grandes villes situées à moins de 150 km de Paris qui, comme Amiens, Orléans, Reims, Rouen, Troyes ou Tours conservent un volume d'échanges importants avec la région capitale (plus de 4.000 navetteurs).

Une force d'attraction tarie depuis la crise de 2008

L'étude note aussi que l'influence parisienne est plus forte sur les territoires situés au nord et à l'ouest de la région. Ces territoires, qu'ils soient urbains ou ruraux, sont aussi ceux qui sont plus densément peuplés et ce sont eux qui ont le plus d'échanges avec Paris en nombre de navettes domicile-travail.
Pendant près de quarante ans, la métropolisation a ainsi profité aux territoires limitrophes de l'agglomération parisienne mais la crise de 2008 a marqué une rupture, indique l'Insee. Depuis lors, alors que l'emploi a continué de progresser à Paris et sa petite couronne, "aucune zone d'emploi ayant des liens privilégiés avec l'Île-de-France n'affiche de hausse de l'emploi". L'emploi dont l'évolution est restée positive durant quarante ans (+ 0,5% en moyenne par an) y stagne entre 2010 et 2015, tandis que la population continue d'augmenter.  
Mais dans ce cas, Paris n'est plus un cas à part : "Le phénomène de fort ralentissement affectant l'espace autour de la capitale après la crise se retrouve aussi autour des plus grandes agglomérations de France, Lyon et Marseille."

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