Les bibliothèques patrimoniales mal préparées face aux risques

Un rapport de l'IGESR s'alarme du manque de préparation des bibliothèques pour protéger leurs collections patrimoniales face aux risques de sinistres. Ce phénomène touche particulièrement les bibliothèques municipales concernées. La mission recommande la mise en œuvre d'une directive nationale d’orientation.

Les bibliothèques françaises se trouvent dans un état "d’impréparation élevé face aux risques de perte irrémédiable de documents uniques ou exceptionnels". C'est ce que révèle un récent rapport de l'inspection générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche. Ce travail, intitulé "Les plans d’urgence dans les bibliothèques patrimoniales françaises - Pour une politique nationale de prévention des risques", fait suite à une première note d’étape, remise en janvier dernier, centrée sur les 54 bibliothèques municipales ou intercommunales classées en raison de l’importance de leurs fonds patrimoniaux.

Les collections visées sont celles dites "patrimoniales", qui représentent quelque 70 millions de documents répartis dans environ 600 bibliothèques, dont 30 millions de documents conservés par 516 bibliothèques patrimoniales territoriales, en particulier les 54 bibliothèques classées.

"Relative indifférence"

Lorsqu'ils parlent d'impréparation, les auteurs ne font pas dans la surenchère : 80% des bibliothèques patrimoniales françaises ne sont pas encore dotées d’un plan d’urgence patrimonial. Et la proportion atteint 94% pour les bibliothèques municipales et les bibliothèques intercommunales.

Le rapport pointe même "le faible nombre de collectivités ou d’universités qui souscrivent une assurance pour les risques encourus par leurs collections patrimoniales". Et ajoute que "plus la masse patrimoniale est importante en nombre et en valeur, moins la collectivité sera encline à souscrire une assurance".

À cela, il faut ajouter que "si certaines communes ou universités richement dotées ont parfois été promptes à voir le parti à tirer de cet atout historique […], la situation qui prévaut vis-à-vis du patrimoine des bibliothèques est une relative indifférence".

Aujourd'hui, affirment les auteurs du rapport, "dans les bibliothèques, la culture du risque est inégalement répartie et le plan d’urgence ou de sauvegarde des collections relève d’une démarche volontariste laissée à l’initiative du conservateur".

Sinistres récurrents

Les raisons de ce retard sont multiples. Les bibliothèques sont ainsi "majoritairement conscientes du problème mais peinent à élaborer leur plan d’urgence". Pourquoi ? Les raisons invoquées sont le manque de temps, de compétences ou de méthodologie, mais aussi la complexité du bâti ou des contacts difficiles à établir avec les partenaires extérieurs et les services de secours.

Or les sites "inadaptés" ou présentant "une complexité architecturale ou des conditions de conservation inquiétantes" sont particulièrement fragiles face aux menaces que constituent les risques accrus de crues, d’inondation, de tempête, d’incendie ou d’effondrement. Des risques qui sont loin d'être théoriques puisque lors des dix dernières années, trente-trois bibliothèques classées sur cinquante quatre (61%) ont été victimes d’au moins un sinistre, et trente d'entre elles (24%) ont fait face à plusieurs sinistres voire à des sinistres récurrents. Et dans douze cas (22%), les sinistres sont graves, importants ou longs à traiter.

Associer les bibliothèques d’un même territoire

Partant de ce constat, la mission émet dix-sept recommandations. Selon elle, la première urgence est de coordonner l’action au plan national et de la décliner en régions, en associant les bibliothèques d’un même territoire. En outre, l'objectif d'un plan d’urgence dans chaque bibliothèque patrimoniale doit devenir une priorité. Et une directive nationale d’orientation (DNO) devrait permettre de fixer un cadre stratégique autour de cet objectif.

On note encore parmi les recommandations que la formalisation d’un plan d’urgence devra figurer dans chaque convention de mise à disposition signée avec les collectivités territoriales. Par ailleurs, les collectivités seront, entre autres mesures, incitées à prendre une délibération adoptant la Charte de la conservation dans les bibliothèques, à soutenir le recrutement et la formation de leurs agents, et à favoriser le dialogue et la coopération entre services municipaux, notamment sur les questions de sécurité.

 

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