Les Côtes-d'Armor à la recherche de transports intelligents

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Côtes-d'Armor

Route du futur, nouveaux panneaux de signalisation, radio routière, autant de projets poursuivis par le conseil général des Côtes-d'Armor. Des initiatives qui ont permis, en cinq ans, de faire avancer la recherche sur les systèmes de transport intelligents.

Comment rendre les réseaux de transport plus sûrs, plus efficaces et plus écologiques, sans nécessairement avoir à modifier matériellement l'infrastructure existante ? Telle est la question qui oriente aujourd'hui la recherche sur les systèmes de transport intelligents (STI). Sous cette appellation sont regroupées toutes les applications de la télématique au domaine des transports, combinant l'électronique embarquée, les télécommunications, les bases de données et d'information, etc. Nouveau phénomène mondial, les STI devraient profiter tant au secteur public qu'au secteur privé, en permettant notamment de mettre en application des processus et règlements gouvernementaux (perception des péages par exemple) à moindre frais ou en améliorant la productivité des entreprises. Estimé à près de 30 milliards de dollars, le marché mondial des STI pourrait s'élever à 90 milliards d'ici à 2011.
Si le Canada s'est révélé à l'avant-garde en la matière, ce nouveau domaine commence à intéresser l'ensemble des pays industrialisés. Encore peu répandus en France, les STI connaissent pourtant de nouvelles applications dans le Grand Ouest. Sous l'impulsion du conseil général des Côtes-d'Armor, des partenariats entre les secteurs privé et public ont récemment été mis en oeuvre. Ces liens ont permis le développement de procédés innovants, comme la route du futur ou les panneaux de signalisation de contresens sur le territoire départemental.

Cinq ans d'expérimentation

Tout a commencé en 1999. Constatant que le Véhipôle (pôle de formation automobile) nouvellement construit à Saint-Brieuc/Ploufragan ne disposait pas d'un accès aisé, le département décide de construire une route d'une longueur de 800 mètres. Mais ce tronçon n'est pas tout à fait comme les autres. De couleur blanche, il possède un revêtement conçu à base de déchets recyclés sur lequel sont peintes des bandes réfléchissantes, "permettant de mieux réfléchir la lumière en temps de pluie", précise Christian Lafon, chargé de mission transport et logistique au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) de Bretagne. Un an plus tard, ce concept baptisé route du futur est déposé. Le tronçon, qui peut, par demande des autorités, être fermé d'un bout à l'autre, devient alors une plateforme d'expérimentation pour les STI.
La mise en place de panneaux de signalisation de contresens sur les routes du Grand Ouest est un autre exemple de réalisation du département en matière de STI. A son origine, un constat préoccupant, l'augmentation du nombre d'automobilistes circulant à contresens sur les routes à 2X2 voies, et donc d'accidents. Le principe de cette signalisation destinée à prévenir les collisions : tout conducteur repérant un véhicule à contresens est invité à donner l'alerte au 112. Parallèlement à leur intervention, les gendarmes déclenchent aussitôt des panneaux lumineux à distance, avertissant les autres voitures du danger.

De nombreux projets

En 2005, neuf panneaux de ce type seront installés. Conçus par la société Lacroix Signalisation, ils ont coûté 270.000 euros au conseil général, ordinateur et logiciel compris. Une dépense qui n'arrête pas le département en si bon, et si fiable, chemin. Ses responsables viennent de constituer un groupement d'intérêt scientifique pour promouvoir la recherche dans ce domaine. Ils ont également confié au Cnam de Bretagne la création d'un centre de ressources documentaires (CRD) voué à concentrer l'ensemble des informations existantes sur les ITS. Destinés aux professionnels, étudiants, collectivités, journalistes, ce futur outil internet connaîtra d'autres applications. "Il ne doit pas être vu comme un instrument isolé mais comme faisant partie d'une démarche d'ensemble", précise Christian Lafon. La réalisation d'un CRD devra également servir de base "à une réflexion plus large, censée notamment mener à la création d'un pôle de réflexion national sur les Côtes-d'Armor", ajoute le chargé de mission. D'autres projets sont aujourd'hui en chantier. Une "radio Bretagne" qui centralisera sur une seule fréquence les informations relatives aux conditions routières du réseau, par exemple. Cette idée fait suite à la volonté des responsables départementaux de poursuivre la recherche au service des usagers. "Il faut proposer des nouveautés qui correspondent aux attentes, insiste Christian Lafon. C'est tout l'intérêt de l'approche STI développée sur notre territoire."


Kattalin Landaburu / Victoires Editions pour Localtis


 "Les STI sont susceptibles d'améliorer les performances des territoires"


 

Stéphane Péan est responsable du département ITS* France au sein de l'Association transport, environnement et circulation (Atec), fondée en 1973 par des ingénieurs spécialisés dans les transports terrestres en milieu urbain.
(*ITS : Intelligent Transport System).

Le département ITS France a été créé au sein de l'Atec. Depuis quand ? Quels objectifs poursuivez-vous ?

Au milieu des années 90, de grandes organisations ont été mises en place pour promouvoir les STI. On trouvait notamment Ertico, pour l'Europe, ou Vertis, pour le Japon. A la fin de la décennie, ces associations se sont morcelées en organisations nationales. C'est ainsi qu'est né ITS France au sein de l'Atec. L'idée était de lancer un label fédérant tous les acteurs, privés comme publics, des STI. L'Atec visait déjà à promouvoir le développement de ces techniques particulières dans le transport. ITS France se concentre plutôt sur le déploiement de ces techniques. Nous avons mené un travail de mise en réseau des différents acteurs du secteur, en organisant des forums ou des journées de formation. Notre objectif : mettre en lumière les applications des STI dans la vie de tous les jours.

Dans le domaine des STI, comment se positionne la France en Europe et dans le monde ?

Nous avons récemment réalisé des progrès notables, avec une hausse de l'activité de l'ordre de 20 à 30% par an. Mais d'autres pays sont bien en avance sur nous, chacun développant un secteur en particulier. Les STI regroupent trois ensembles de technologies, relatives à l'information, à la communication et au positionnement. L'Allemagne est pionnière en Europe sur les systèmes de navigation. Le Japon a essentiellement axé ses efforts dans le secteur touchant aux sociétés de l'information. La France émerge peu à peu, mais nous sommes confrontés à un problème de fond concernant le recueil des données d'informations routières. Dans une moindre mesure pour la région parisienne, en revanche les autres grandes villes avancent plus lentement. L'approche technique s'est développée sans être encore appréhendée d'une façon globale.

Quel est le rôle des collectivités territoriales dans la promotion des ITS ?

Dans la mesure où le ministère des Transports ne semble plus vouloir s'investir dans le développement des ITS, les collectivités territoriales vont être amenées à jouer un rôle central. Au sein d'ITS France, nous les incitons à investir dans ces nouvelles technologies en leur montrant les enjeux d'un tel engagement. Il s'agit de mettre en exergue les nombreux atouts des STI, susceptibles d'améliorer les performances des territoires. La Bretagne a déjà consenti de grands efforts dans le domaine, axés en particulier sur les télécoms. Nous travaillons aussi avec le Grand Toulouse qui centre la promotion des STI plutôt sur les thématiques satellitaires. Le Nord-Pas-de-Calais a quant à lui fixé sa priorité sur le développement des STI dans le cadre du transport de marchandises.


 

Le partenariat public-privé, voie royale pour l'essor des STI ?


 

Après deux congrès organisés à Saint-Brieuc en 2002, puis en 2004, le département des Côtes-d'Armor a inscrit le développement des STI sur sa liste de priorités. Il veut aujourd'hui marquer son engagement en envoyant une délégation au Japon pour assister à un congrès mondial sur le sujet.


"Les transports ne deviendront vraiment intelligents que si un réseau de spécialistes, en prise avec les décideurs politiques et privés, se constitue et que si la communication vers les usagers est suffisamment claire et convaincante pour provoquer une évolution des comportements", notent des responsables du Certu dans un document publié en octobre 2003, intitulé "Des transports intelligents : comment y parvenir ?". Cela, semble-t-il, n'est pas tombé dans l'oreille de sourds au conseil général des Côtes-d'Armor. Initiée en 1999, la recherche sur les STI se met rapidement en quête des partenaires tant dans le secteur privé que public. En mars 2002, les responsables départementaux organisent, dans cette optique, un congrès baptisé "ITS, nouvelles technologies et métiers du futur". Le succès de cette première réunion persuade élus et professionnels de poursuivre leurs efforts. Il met également en lumière la nécessité de structurer les différents acteurs impliqués dans les ITS. La deuxième édition du congrès a eu lieu en juin dernier à Saint-Brieuc. Organisé par le conseil général, avec l'aide du Cnam de Bretagne, il a favorisé de nouveaux échanges d'expériences et d'informations. Ouvert sur les initiatives menées en Europe et dans le monde, il a pris un tour nouveau dans un contexte "où l'on parle beaucoup de décentralisation. Ces questions ont alimenté de nombreux débats", précise Christian Lafon, responsable transport et logistique au Cnam de Bretagne.
Outre la création d'un poste de chargé de mission ITS au sein du conseil général, le département prévoit aussi un déplacement "sans précédent" en octobre prochain, à Nagoya, au Japon, pour un congrès mondial sur les ITS. La délégation du grand Ouest sera composée d'une trentaine de personnes. "Elus, responsables d'entreprises, d'organisations de recherche, entre autres", explique Christian Lafon qui espère voir recueillir d'abondantes informations sur les plus récents usages et application des ITS dans le monde.

Conseil général des Côtes-d'Armor

11 place du Général de Gaulle - BP 2371
22023 Saint-Brieuc Cedex 01
contact@cg22.fr

Laurence Ladier

Chargée de la communication

CNAM de Bretagne

25, Boulevard Guy Mollet - Bp 3115
44311 Nantes Cedex 03

Christian Lafon

Responsable transport et logistique
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