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Les déplacements strictement limités et contrôlés

Emmanuel Macron a annoncé une restriction sévère de tous les déplacements. Le ministre de l'Intérieur a ensuite détaillé les raisons jugées valables pour se déplacer et précisé que chaque personne devra être munie d'une attestation sur l'honneur dès qu'elle sortira de chez elle. L'allocution du chef de l'Etat a aussi confirmé le report du second tour des municipales ainsi que de nouvelles mesures en faveur des entreprises.

"Nous sommes en guerre". Emmanuel Macron l'a dit et redit, six fois, ce lundi soir à 20h lors de sa deuxième allocution télévisée en cinq jours consacrée à la crise sanitaire du coronavirus. Il a pris à ce titre une mesure inédite dans l'histoire récente de la France en annonçant une restriction sévère des déplacements de la population. Il avait, durant toute la journée, multiplié les consultations, en présidant un déjeuner de travail "en format conseil de Défense" avec les principaux acteurs de la gestion de la crise et en recevant les présidents du Sénat et de l'Assemblée.

Les "déplacements seront fortement réduits pour 15 jours au moins" à partir de ce mardi midi pour "limiter au maximum les contacts" et lutter contre l'expansion du virus. Il ne sera ainsi plus possible de "retrouver ses amis dans le parc, dans la rue" et "seuls doivent demeurer les transports absolument nécessaires", "pour se soigner", faire ses courses, "aller au travail quand le travail à distance n'est pas possible" ou "faire un peu d'exercice physique". "Toute infraction à ces règles sera sanctionnée", "il y aura des contrôles", a averti le chef de l'Etat. Lequel n'a en revanche pas utilisé le terme de confinement. Le calibrage de la nouvelle limitation, ainsi que les modalités de son contrôle, restaient à préciser. Ce que d'aucuns ont immédiatement regretté, à l'instar du patron du PS, Olivier Faure, qui aurait voulu que l'on "passe à un confinement à l'italienne". Mais Emmanuel Macron a indiqué que le gouvernement serait amené à préciser "les modalités de ces nouvelles règles" plus tard dans la soirée… ce qui a effectivement été le cas.

C'est le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, qui a pris la parole vers 23 heures, pour lister les déplacements autorisés :

  • Se déplacer de son domicile à son lieu de travail dès lors que le télétravail n’est pas possible
  • Faire ses achats de première nécessité dans les commerces de proximité autorisés
  • Se rendre auprès d’un professionnel de santé
  • Se déplacer pour la garde de ses enfants et soutenir les personnes vulnérables ou autres raisons familiales impérieuses
  • Sortir ses animaux à proximité de votre domicile
  • Faire de l’exercice physique uniquement à titre individuel, autour du domicile et sans aucun rassemblement.

On saura aussi que "chaque personne qui circulera", y compris tout piéton, devra pouvoir justifier son déplacement et détenir un document attestant sur l’honneur le motif de son déplacement", document qui sera téléchargeable sur interieur.gouv.fr puis sur l'ensemble des sites internet publics ou devra "être rédigé sur papier libre". Certaines cartes professionnelles pourront tenir lieu d'attestation.

Le ministre a en outre expliqué qu'un "dispositif de contrôle sera mis en place par les forces de l’ordre", qui "reposera sur des points de contrôle fixes comme mobiles, à la fois sur les axes principaux et secondaires, partout sur le territoire national" et mobilisera "plus de 100.000 policiers et gendarmes". "La consigne générale est simple, c'est restez chez vous", a résumé Christophe Castaner.

L'objectif du gouvernement est que "chacun soit bien conscient que lorsqu'on se déplace à l'extérieur de son domicile, il faut avoir une raison impérative pour le faire", a ensuite expliqué sur France 2 la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. L'attestation sur l'honneur ou le formulaire devront fournir les raisons permettant d'expliquer "pourquoi on est dehors". Et on "regroupe les choses", "on essaie de ne pas sortir une fois pour aller chez le boucher, une fois pour aller chez le maraîcher, une fois pour aller au supermarché", a-t-elle illustré...

Report du second tour des municipales

Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé le report du second tour des élections municipales, une décision qui "a fait l'objet d'un accord unanime". Rappelant que "environ 30.000 communes sur 35.000 ont après ce premier tour un conseil municipal" – une façon d'indiquer que pour toutes ces communes, les victoires dès le premier tour sont considéréés comme acquises -, il n'a cependant pas mentionné de date. On sait toutefois que lors de sa réunion avec les chefs de partis dans l'après-midi, Edouard Philippe avait proposé de reporter le second tour au 21 juin, une idée saluée par l'ensemble de la classe politique.

"Les élections qui ont été conclues à l'issue du premier tour sont acquises", a confirmé plus tard Christophe Castaner. "Nul ne comprendrait en effet que les résultats réguliers d'élections organisées conformément aux lois de la République (...) soient remis en cause", a-t-il ajouté. Pour les quelque 5.000 communes dans lesquelles un second tour est nécessaire, le gouvernement travaille sur "un projet de loi" qui "reporte ce scrutin à une date ultérieure, au plus tard au mois de juin." Le texte prévoit de commander un rapport "dans un délai de six semaines au plus" au conseil scientifique afin de statuer sur la possibilité d'organiser les élections "au plan sanitaire".
Avec l'annulation de la convocation des électeurs pour le second tour initialement prévu ce dimanche, l'échéance de mardi soir 18h que devaient en principe respecter les candidats pour officialiser leur candidature au second tour est elle aussi annulée.

Parmi les autres décisions annoncées au cours de cette allocution de 20 minutes, figure la suspension de "toutes les réformes en cours", à commencer par celle des retraites

Dès mercredi, en conseil des ministres, sera présenté un projet de loi permettant au gouvernement de répondre à l'urgence et, lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnances "dans les domaines relevant strictement de la gestion de crise", a par ailleurs indiqué le président Macron. "Ce projet de loi sera soumis au Parlement dès jeudi", a-t-il ajouté, demandant que "ces textes soient votés le plus rapidement possible".

Entreprises : 300 milliards d'euros de garanties

Parmi d'autres mesures sanitaires, Emmanuel Macron a annoncé qu'un hôpital de campagne du service de santé des armées serait  déployé "dans les jours à venir en Alsace",  que les armées "apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées" et que des masques seraient distribués via les pharmacies dès ce mardi aux soignants des 25 départements les plus touchés et à partir de mercredi dans les autres.

Afin d'aider les professionnels hospitaliers, des taxis et chambres d'hôtel pourront être réquisitionnées pour leur permettre de travailler "dans de bonnes conditions".

Il s'est aussi une nouvelle fois porté au chevet de l'économie, avec un "dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien ou report d'échéances bancaires et de garanties de l'Etat à hauteur de 300 milliards d'euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques".
"Pour les plus petites d'entre elles, et tant que la situation durera, celles qui font face à des difficultés n'auront rien à débourser, ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales", a ajouté le président. "Les factures d'eau, de gaz, d'électricité ainsi que les loyers devront être suspendus" pour ces entreprises, a-t-il précisé. "Aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite", a-t-il assuré, rappelant que "le dispositif de chômage partiel sera massivement élargi".

Deux conseils des ministres se tiendront mardi puis mercredi pour mettre en oeuvre rapidement les mesures d'urgence annoncées, a indiqué plus tard dans la soirée l'Elysée. Le premier se tiendra mardi dans un format particulier avec la présence physique de neuf ministres, ceux qui participent au Conseil de défense, tandis que les autres y participeront par visioconférence par mesure de précaution sanitaire.

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