Doubs

Les fortifications de Vauban partent à la conquête du label Patrimoine mondial de l'Humanité

Tourisme, culture, loisirs

Obtenir le précieux label délivré par l'Unesco : tel est l'objectif de plusieurs villes regroupées au sein d'un réseau de sites majeurs édifiés par Vauban. Du haut de sa citadelle, Besançon pilote le projet qui devrait aboutir, en 2008, à une reconnaissance et une notoriété internationales.

"En créant le réseau des sites majeurs de Vauban, j'ai voulu que notre ville lance une nouvelle aventure : la reconnaissance de Besançon et de sa citadelle au patrimoine mondial de l'Humanité, en association avec d'autres sites majeurs représentatifs du génie de Vauban", déclare Jean-Louis Fousseret, maire de la ville et président de la communauté d'agglomération du Grand Besançon. Le choix de cette candidature ne doit rien au hasard. Dès 2003, Paulette Guinchard-Kunstler, députée du Doubs, et Jean-Louis Fousseret ont lancé une réflexion en vue d'une candidature de la citadelle de Besançon et du secteur sauvegardé de la ville. Mais, après un premier contact avec les services du ministère de la Culture, les promoteurs de ce projet ont rapidement compris que leur candidature avait peu de chance d'aboutir, malgré la qualité indéniable de l'ouvrage de Vauban et de sa fréquentation actuelle (300.000 visiteurs par an). En effet, afin de limiter les demandes des pays industrialisés - déjà très représentés parmi les 812 sites actuellement classés au patrimoine mondial -, l'Unesco a plafonné le nombre de candidatures. Ainsi, la France peut présenter chaque année au plus deux candidatures : l'une au titre du patrimoine culturel et l'autre au titre du patrimoine naturel. D'où l'importance de proposer des candidatures originales en vue de leur inscription, dans un premier temps, sur la liste indicative de l'État français, dans l'attente d'une labellisation éventuelle par l'Unesco.

La création d'un réseau de sites majeurs

Par ailleurs, dans sa stratégie globale, le Comité du Patrimoine mondial de l'Unesco encourage les candidatures de biens en série. Dans ce contexte, Besançon a choisi en 2004, une nouvelle orientation pour sa candidature en proposant plusieurs ouvrages majeurs édifiés par Vauban réunis au sein d'un réseau. Reste encore à déterminer lesquels et à convaincre les communes d'implantation ! La France compte en effet plus de 160 places fortes édifiées par l'infatigable ingénieur militaire de Louis XIV, dont 33 construites ex nihilo par ses soins. Le choix s'est opéré en croisant des critères techniques et historiques, tout en tenant compte de l'authenticité et de la qualité de la préservation des sites. Pour assurer cette sélection, la ville de Besançon a fait appel à Nicolas Faucherre, professeur d'université et spécialiste des fortifications de Vauban. "Nous avons retenus des sites représentatifs des différents systèmes de défense établis par Vauban et de la variété des lieux d'implantation - plaine, montagne, mer, ville, estuaire - tout en présentant une certaine continuité de son oeuvre", explique le professeur. Au final, une liste de huit sites majeurs validée par la ville de Besançon, après accord de l'Association Vauban, est retenue : Blaye (Gironde), Briançon (Hautes-Alpes), Camaret-sur-Mer (Finistère), Mont-Dauphin (Hautes-Alpes), Neuf-Brisach (Haut-Rhin), Saint-Martin-de-Ré (Charente Maritime) et Villefranche-de-Conflent (Pyrénées-Orientales) et, bien sûr, Besançon.

2007 : année du tricentenaire de la mort de Vauban

A la demande du ministère de la Culture, le réseau s'est élargi à la citadelle d'Arras et d'autres villes rejoindront peut-être la liste (lire ci-contre). Pour assurer la promotion de la candidature, les villes sont regroupées au sein de l'association Réseau des sites majeurs de Vauban, présidée par le maire de Besançon, créée le 30 mars 2005. Le calendrier de la candidature tient compte d'une date incontournable. L'année 2007 marquera le tricentenaire de la mort de Vauban. L'association compte mettre à profit cet événement : "L'Etat devrait déposer notre candidature auprès de l'Unesco au plus tard en janvier 2007. Ainsi, les émissaires dépêchés par l'Unesco devraient se rendre sur les différents sites au cours de l'année du tricentenaire", explique Sylvia Chareton, chargée de mission patrimoine au sein du pôle culture et développement de la ville de Besançon. L'hommage national qui sera rendu à cette occasion, ainsi que les diverses initiatives organisées par l'association et les communes sur chacun des sites (expositions, visites...) devraient ainsi renforcer l'attrait de la candidature. Sans attendre cette échéance, l'association s'est fixé un programme chargé dès cette année avec la constitution du dossier de candidature, la création d'un comité de soutien national (décliné à l'échelle départementale) et la mise en ligne d'un site internet prévue pour le mois de novembre 2005.
Si le calendrier est respecté, le verdict de l'Unesco est attendu au cours de l'été 2008.

Pascal Clouet / PCA pour Localtis

"Un atout majeur pour la notoriété et le développement touristique"

Chargée de mission patrimoine au sein du pôle culture et développement de la ville de Besançon, Sylvia Chareton a également pour mission d'animer et de coordonner la candidature de la ville au sein de l'association du réseau des sites majeurs de Vauban.

Le périmètre de l'association est-il définitivement arrêté ?

L'association a été officiellement créée le 30 mars 2005 à l'initiative de la ville de Besançon. A cette date, le réseau comprenait sept autres sites représentés par les maires des communes sur lesquelles ils sont implantés. Depuis, le ministère de la Culture nous a demandé d'élargir la candidature à d'autres sites. Nous avons réuni un comité scientifique et technique, afin de choisir d'autres candidats potentiels. Nous nous sommes tournés tout d'abord vers Lille, qui dispose d'une citadelle édifiée par Vauban en 1667. Mais la ville a décliné l'offre en raison notamment de la présence importante de l'armée au sein de la citadelle et de son futur remplacement par des forces de l'Otan, qui sont incompatibles avec la volonté d'ouverture des sites voulue par l'Unesco et surtout à cause de sa candidature sur une autre liste, celle des villes fortifiées du Nord qui comprend des sites français (Saint-Omer, Gravelines), belges (Ypres, Bruxelles) et néerlandais (Maastricht).

Comment la candidature est-elle perçue par les communes concernées ?

Pour remplacer Lille, le réseau des sites majeurs de Vauban a sollicité la municipalité d'Arras, qui dispose également d'une citadelle édifiée entre 1668 et 1672. La ville est désormais intégrée à la candidature. En fonction des suggestions émises par le ministère de la Culture, il est possible que le réseau comprenne un ou deux autres sites supplémentaires. Quelle que soit la taille de la commune concernée par la candidature, les attentes sont fortes notamment en raison des retombées liées à la possession du label Patrimoine mondial délivré par l'Unesco. Cette reconnaissance internationale pour un patrimoine culturel d'une valeur universelle et exceptionnelle peut en effet constituer un atout majeur pour le développement touristique et assurer une plus grande notoriété pour les communes les plus petites. Toutes ont d'ores et déjà joué le jeu pour donner toute sa chance à la candidature en participant financièrement, selon leurs moyens, au budget de l'association.

Quels sont les éléments à fournir aux experts de l'Unesco ?

Nous devons élaborer un dossier technique comprenant une présentation par site. Celle-ci contient une cartographie précise des lieux, un descriptif très détaillé des biens et un historique du site. Elle regroupe également une série d'informations sur la gestion actuelle du site, les travaux de restauration et de conservation des lieux, ainsi que les animations qui y sont proposées. Ce travail sera réalisé et piloté par l'Agence d'urbanisme de l'agglomération de Besançon (Audab), à partir des éléments transmis par les différents partenaires. La rédaction du dossier technique va débuter au premier semestre 2006. Le dossier sera ensuite transmis au ministère de la Culture en vue de son inscription sur la liste indicative des biens susceptibles de figurer au Patrimoine mondial de l'Humanité. A partir de là, le dossier sera déposé au Centre du patrimoine mondial avant d'être examiné par le Comité du patrimoine mondial.

Patrimoine naturel : Causses et Cévennes dans l'attente du verdict de l'Unesco

L'espace naturel des Causses et des Cévennes sera-t-il le deuxième site français distingué après le Val-de-Loire en 2000 ? Réponse en juillet 2006. Les experts mandatés par l'Unesco viennent d'effectuer une première visite sur place.

Après une première tentative infructueuse en 2002, le site des Causses et des Cévennes sera peut-être le second espace naturel français à bénéficier du prestigieux label, après celui accordé au Val-de-Loire en 2000. En effet, si la France figure parmi les pays les plus représentés sur la liste des biens inscrits au patrimoine mondial de l'Humanité (31 biens sur un total de 812), elle le doit exclusivement à ses monuments et à ses sites. C'est dire l'intérêt de la candidature présentée cette année par la France au titre des paysages culturels vivants et évolutifs. Les promoteurs de ce dossier - coordonné sur place par le préfet de Lozère - pourraient bien voir leurs efforts couronnés de succès. En attendant la décision de l'Unesco, le dossier français a franchi une nouvelle étape avec la création, le 15 septembre 2005, de l'Association de valorisation des espaces des Causses et des Cévennes (Avecc). Celle-ci répond au souhait de l'Unesco de voir les candidats disposer sur place d'une structure chargée d'informer et de sensibiliser les acteurs concernés par le projet. Elle constitue aussi une préfiguration de la future instance de gestion du label Patrimoine mondial, en cas de classement par l'Unesco. L'association reflète également la forte implication des collectivités dans le projet. Présidée par Jean Puech, président du conseil général de l'Aveyron, elle comprend trois collèges. Le premier - celui des membres fondateurs - regroupe les cinq départements formant les Causses et les Cévennes : Ardèche, Aveyron, Gard, Hérault et Lozère. Les conseils régionaux (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes) sont représentés au sein du deuxième collège, celui des membres partenaires de la candidature, aux côtés du Parc national des Cévennes et du parc naturel régional des Grandes Causses. Enfin le collège des membres associés regroupe notamment plusieurs communes du territoire, dont les quatre villes portes (Alès, Ganges, Lodève, Millau et Mende).
Moins d'une semaine après la création de l'association, une nouvelle étape a été franchie avec la visite de deux experts indépendants suisse et britannique, mandatés par l'Unesco pour évaluer la candidature. Après un survol et une visite de plusieurs majeurs clé de ce vaste territoire de 6.400 km2 (vallées du Tarn et de la Jonte, village de La Cavalerie et Saint-Guilhem-le-Désert, caves de Roquefort...), les deux experts remettront leur rapport à l'Unesco au cours de l'hiver. Le verdict de l'organisation internationale est attendu au mois de juillet 2006.

 Aller plus loin sur le web

La rubrique consacrée à la candidature du réseau des sites majeurs de Vauban sur le portail officiel du Grand Besançon.
http://www.besancon.fr/index.php?p=678
 
Le site de l'Association Vauban avec une rubrique dédiée aux manifestations prévues en 2007 à l'occasion du tricentenaire de la mort de Vauban.
http://www.vauban.asso.fr
 
La présentation du projet de classement des Causses et des Cévennes au Patrimoine mondial de l'Humanité sur le site du conseil général de l'Aveyron.
http://www.cg12.fr/actualites.asp?page=1&PK_actualite=472
 
Le site de l'Unesco consacré au Patrimoine mondial.
http://whc.unesco.org/fr/accueil
 
La liste par pays des 812 biens inscrits au Patrimoine mondial de l'Humanité.
http://whc.unesco.org/fr/list/
 
La procédure d'inscription au Patrimoine mondial présentée sur la rubrique consacrée à la Commission française pour l'Unesco (CNF) du site du ministère des Affaires étrangères.
 
Le Conseil international des monuments et des sites (Icomos), chargé d'expertiser les candidatures souhaitant bénéficier d'une inscription au Patrimoine mondial.
http://www.

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