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Les Français fréquentent de plus en plus les transports publics

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Anne Lenormand / Localtis
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Transport mobilité durable

L'édition 2018 de l'Observatoire de la mobilité publiée par l'UTP ce 27 novembre montre une nouvelle hausse de la fréquentation des transports publics, bus en tête. Mais leurs utilisateurs ont une mauvaise perception de leurs coûts et sont de plus en plus favorables à leur gratuité.

Les Français sont de plus en plus nombreux à emprunter les transports publics : 70% d'entre eux les utilisent aujourd'hui régulièrement – au moins une fois par mois -, soit une hausse de deux points par rapport à 2017, selon l'édition 2018 de l'Observatoire de la mobilité publiée ce 27 novembre par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP). Sur cinq ans (2014-2018), le taux de fréquentation a augmenté de 7 points, relève l'enquête réalisée chaque année par l'Ifop* pour l'UTP. "Ce succès s'explique par l'augmentation de l'offre au plan qualitatif - ponctualité, fréquence, propreté…- mais aussi en termes quantitatifs, analyse Thierry Mallet, président de l'UTP et P.-D.G. de Transdev. Aujourd'hui, plus de 73% des Français ont accès à un réseau. Entre 2014 et 2016, suite à la loi Notre, les territoires couverts par les transports publics urbains sont passés de 40.000 à 50.000 km2 soit une augmentation de 25% mais la population desservie, elle, n'a augmenté que de 2%. Cela témoigne de l'étalement urbain et montre les limites du modèle actuel pour la desserte des zones peu denses où la voiture reste la solution quasi unique pour se déplacer." De tous les modes de transports publics, le bus reste de loin le plus usité (73%, +5 points depuis 2015) devant le tramway, lui aussi en progression (48%) et le métro (47%). Le RER (25%) connaît un recul de 5 points depuis 2017 alors qu'à l'inverse les TER gagnent 5 points de fréquentation, avec un taux qui atteint 20%. Pour l'UTP, la prédominance du bus s'explique par le fait qu'il convient à toutes les densités urbaines. La baisse de fréquentation du RER en Ile-de-France peut être liée au développement de nouvelles lignes de tramway permettant de se déplacer de banlieue à banlieue sans repasser par Paris et aux travaux importants dont il a fait l'objet en 2017 et qui ont pu entraîner un report temporaire vers d'autres moyens de déplacement, note l'organisation professionnelle. Pour le TER, l'UTP juge la hausse de la fréquentation significative dans la mesure où le réseau ferré régional a été impacté par les grèves du printemps 2018 provoquées par la réforme ferroviaire. Mais il reste moins utilisé que les autres modes depuis plusieurs années. A cela, deux explications : "il fait (…) l'objet d'une baisse structurelle dans les zones urbaines les moins denses et pour des distances les plus longues, les Français lui préfèrent la voiture", souligne l'UTP.

Pour près de la moitié des voyageurs, le caractère pratique des transports publics, qui permettent d'éviter les embouteillages et les problèmes de stationnement, demeure la première raison de leur utilisation. 25% des voyageurs les utilisent parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, soit parce qu'ils n'ont pas de voiture soit parce qu'ils ne peuvent pas l'utiliser (durée de trajet trop longue, pas de possibilité de la garer). L'enquête montre aussi que l'argument économique progresse (15% contre 13% en 2016 et 2017) alors que pour la première fois l'argument écologique (14%) cesse de progresser et arrive en quatrième position des motivations des utilisateurs de transports publics. En trois ans, le taux de recommandation des transports publics a gagné cinq points. 92% des voyageurs les recommandent aujourd'hui à leurs proches, majoritairement en raison de leur caractère pratique.

Les coûts des transports sont "mal perçus", relève encore l'Observatoire 2018 de l'UTP. Ainsi une majorité (34%) d'utilisateurs pense que l'évolution du coût des déplacements en transports publics est identique à celle du coût des déplacements en voiture tandis que 30% des utilisateurs pensent que le coût des déplacements en transports publics augmente plus que le coût des déplacements en voiture. Or, l'augmentation du prix des transports publics reste selon l'UTP "bien en deçà de celle des autres services publics, mais aussi du niveau de l'inflation", tandis que les dépenses automobiles ont progressé plus que l'inflation l'an dernier. "Aujourd'hui, les utilisateurs payent 15% du coût du transport public, ce qui est extrêmement faible", a souligné Jérôme Benoît, responsable de l'enquête à l'Ifop, rappelant que depuis 2009, l'employeur rembourse 50% des titres de transport. Seules 40% des personnes interrogées en sont conscientes, a-t-il relevé. Une fois la part employeur déduite, 68% des utilisateurs des transports publics dépensent moins de 40 euros par mois. En comparaison, le budget annuel d'une voiture standard étant de 6.063 euros en 2017, l'augmentation des prix des carburants étant supérieure à 10%. 

Alors que le nombre de Français se déclarant favorables à la gratuité des transports publics a progressé de 9 points en un an à 38%, l'UTP a rappelé ce mardi son opposition à l'absence totale de contribution des usagers. Elle voit dans la gratuité une "illusion", "coûteuse pour la collectivité", et souligne que les réseaux gratuits sont moins étoffés et moins empruntés que les payants.  "On ne laisse pas tomber la voiture parce que le transport est devenu gratuit", a estimé Marc Delayer, vice-président de l'UTP. "Si la gratuité ne se traduit pas par une amélioration de l'offre, elle n'aura qu'un effet d'aubaine", souligne Thierry Mallet. Pour lui, l'enjeu est aujourd'hui d'être capable de développer des offres nouvelles qui aillent plus loin en périphérie pour répondre aux besoins des habitants qui souffrent de l'absence d'alternative à la voiture alors que cette dernière coûte de plus en plus cher. "Le mouvement des 'gilets jaunes' témoigne de cette fracture sociale et territoriale qui est largement la résultante d'erreurs d'urbanisme", estime Claude Faucher, délégué général de l'UTP. Pour Thierry Mallet, il faut envisager des solutions souples pour la desserte des zones peu denses telles que le covoiturage, les plates-formes de mobilité, les vélos électriques, les bus mis à disposition avec des chauffeurs volontaires. "On pourrait avoir des lignes régulières flexibles dans leur parcours, plus de transport à la demande, a poursuivi Frédéric Baverez, vice-président de l'UTP. Dans le rural, il faudrait aussi réfléchir à des convergences à trouver avec les transports sanitaires dès lors qu'il y a des financements publics derrière mais cette solution ne figure pas dans le projet de loi d'orientation des mobilités."


* Enquête en ligne réalisée en septembre 2018 auprès de 1.501 personnes âgées de 18 ans et plus vivant dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants

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