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Jean-Noël Escudié / PCA

Les priorités et le calendrier de la stratégie "Ma santé 2022"

Santé, médico-social, vieillissement

Le 19 novembre, Agnès Buzyn a officiellement lancé le déploiement de la stratégie "Ma santé 2022", dénomination grand public de la stratégie de transformation du système de santé présentée par Emmanuel Macron en septembre dernier (voir notre article ci-dessous du 18 septembre 2018). La ministre des Solidarités et de la Santé a fait cette présentation devant les représentants des professionnels de santé, des organisations et des patients. Cette assemblée de près de 120 personnes se réunira deux fois par an pour suivre le déploiement de la stratégie de transformation. Son fonctionnement devrait être facilité par l'accueil plutôt positif réservé à la stratégie Santé, même si la question des moyens à mobiliser reste ouverte (voir notre article ci-dessous du 21 septembre 2018).

Le projet de loi déposé au Parlement au début de 2019

Agnès Buzyn n'a pas apporté d'éléments nouveaux sur le contenu de la stratégie, déjà largement détaillé, mais elle a présenté la liste des dix chantiers retenus sur lesquels vont travailler toutes les parties concernées. Il s'agit en l'occurrence de la structuration territoriale du réseau de proximité, de l'adaptation des formations aux enjeux du système de santé, de la gradation des soins et des GHT (groupements hospitaliers de territoire), du renforcement du management hospitalier et de la reconnaissance de l’engagement professionnel, de la régulation et soins non programmés (autrement dit la question des urgences), de la diversification des modes d’exercice et des parcours professionnels, de la qualité et de la pertinence des soins, du numérique, du financement et de la tarification et, enfin, de l'élaboration du projet de loi.
Sur ce dernier point, le communiqué publié par le ministère après la réunion confirme qu'"un projet de loi dédié à la stratégie 'Ma santé 2022' sera déposé au Parlement début 2019. Il viendra traduire les engagements pris par le président de la République et la ministre pour renouer un lien fort entre les Français et leur système de santé".

Assistants médicaux, hôpitaux de proximité et consultations avancées

Agnès Buzyn a également listé les quatre mesures "les plus prioritaires", qui sont engagées "immédiatement". On y trouve le développement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et la création des premiers assistants médicaux - 4.000 recrutements prévus à terme -, qui doivent soulager les médecins exerçant en groupe des "15% de temps de la consultation qui ne nécessitent pas d'expertise médicale : tenue du dossier, prise de constantes (tension, poids)...", selon l'explication donnée par la ministre de la santé dans une longue interview au Figaro du 19 novembre. 
Figurent aussi au rang des mesures prioritaires le financement de 400 postes de médecins généralistes à exercice partagé ville/hôpital ou salarié en zone sous-dense, ainsi que la définition du modèle des hôpitaux de proximité, qui pourraient être au nombre de 500 à 600. Toujours selon Agnès Buzyn, "l'idée est de recentrer des hôpitaux existants sur des missions indispensables de proximité, comme la médecine polyvalente, la gériatrie, les soins de suites et de réadaptation". Ces établissements "disposeront d'un plateau technique (biologie, radiologie, scanner) et les patients seront pris en charge soit par des médecins hospitaliers, soit par des libéraux". Ces hôpitaux de proximité accueilleront également des consultations spécialisées, "car les gros hôpitaux régionaux devront y envoyer des spécialistes une ou deux fois par semaine pour que les patients accèdent aux spécialités sans avoir à se déplacer".
Enfin, la dernière mesure prioritaire concerne la réforme des études en santé. Sur ce point, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal, la ministre chargée de l’Enseignement supérieur, ont installé le mois dernier le groupe de travail consacré à la suppression du numerus clausus et de la Paces (première année commune aux études de santé). 

"La coercition à l'installation n'est pas une solution"

La ministre des Solidarités et de la Santé a profité de l'occasion pour rappeler les mesures déjà intégrées au projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2019, en cours d'examen au Parlement : lancement des négociations conventionnelles pour créer les fonctions d’assistant médical et soutenir la structuration des CPTS, mise en place de forfaits pour la prise en charge hospitalière du diabète et de l’insuffisance rénale chronique (avec vocation à s'étendre progressivement à d'autres pathologies) et augmentation de 60 à 300 millions d’euros annuels de l'enveloppe destinée à financer la qualité dans les établissements de santé (voir notre article ci-dessous du 26 septembre 2018).
Dans son interview au Figaro, Agnès Buzyn est également revenue sur la question récurrente du choix entre mesures incitatives et mesures coercitives pour lutter contre les déserts médicaux, la seconde approche étant réclamée par un nombre croissant d'élus locaux et nationaux. La ministre de la Santé a été très ferme : "La coercition à l'installation n'est pas une solution, elle serait même injuste et inefficace. On ne peut pas obliger des jeunes médecins - à 70% des femmes de plus de 30 ans qui ont pour la plupart déjà fait leur vie - à s'installer où ils ne veulent pas. Le risque serait qu'elles se détournent de l'exercice médical, alors que déjà 25% des médecins n'exercent pas".

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