Les secrétaires de mairie réclament d'urgence une revalorisation

A l'automne, l'Association des maires de France (AMF) avait mis en lumière les difficultés que les communes rencontrent pour recruter des secrétaires de mairie. Evoquant un métier "dévalorisé", l'AMF avait avancé une liste de propositions pour améliorer les choses. Depuis, un groupe Facebook a vu le jour pour recueillir les doléances des secrétaires de mairie. Les 1.600 contributions recueillies confirment le malaise ressenti par nombre de ces professionnels et la nécessité d'une meilleure reconnaissance de leur travail.

Ce sera probablement l'un des prochains dossiers que le nouveau ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, et son collègue en charge des Collectivités territoriales, Christophe Béchu, trouveront sur leur bureau : la revalorisation des secrétaires de mairie. Le désarroi est grand parmi les quelque 25.000 agents, pour l'essentiel des femmes, qui exercent cette fonction. Ils sont nombreux à faire éclater leur colère et leur envie de changement sur un groupe Facebook, ouvert à tous. Intitulé "Revalorisons le métier de secrétaire de mairie", cet espace de discussion compte 1.200 inscrits à ce jour. Sylvie Gibel, secrétaire de mairie dans le Gers, se dit surprise par une telle affluence. C'est elle qui, en octobre 2021, a créé cet espace d'échanges.

La diffusion ce mois-là par l'Association des maires de France (AMF) de 26 propositions pour "renforcer l'attractivité" du métier de secrétaire de mairie a été comme un déclic pour cette quinquagénaire qui n'était jusque-là pas une adepte des réseaux sociaux. Sensible à la dégradation des conditions de travail de ses collègues, Sylvie Gibel a souhaité apporter sa propre pierre à la réflexion sur les pistes d’amélioration. Il s'agissait pour elle, en créant ce groupe Facebook, de "faire remonter les doléances" des secrétaires de mairie. Les participants y ont ainsi trouvé un questionnaire en ligne les invitant à se présenter et à décrire leurs attentes. Plus de 1.600 réponses ont été formulées à ce jour. Et le compteur continue de tourner. Cette somme exceptionnelle de témoignages sans filtre rend compte du quotidien souvent compliqué des secrétaires de mairie.

Couteaux suisses

Chevilles ouvrières de leur commune, le plus souvent en binôme avec le maire, ils doivent faire preuve d'une grande polyvalence. "On nous demande d'être DGS et agent d'accueil", raconte Evelyne sur le forum. Cela implique pour ces véritables couteaux suisses d'assimiler une foule d'évolutions normatives et techniques touchant à la gestion des collectivités locales. "Il faut être à 100% dans tous les domaines", résume auprès de Localtis Sylvie Gibel. Une gageure pour ces agents qui ne peuvent pas partir facilement en formation. La Gersoise le confie : "Avec la peur d'induire le maire en erreur, nous ressentons une pression en permanence."

La proximité avec les administrés était, jadis, une grande source de motivation. Mais cette dimension s'est affadie. La faute, selon Sylvie Gibel, à "la dématérialisation" et au développement du "réseau des Maisons France services". La décision de l'Etat visant à restreindre l'enregistrement et la délivrance des titres d'identité dans 2.300 communes n'a pas arrangé les choses. Les rencontres avec les agents des services de l'Etat sont également plus rares. "Il faut réinstaurer des temps, en présentiel, qui nous permettent d'échanger avec eux, c'est très important", suggère-t-elle.

Recrutés pour parfois quelques heures seulement par un employeur, la majorité des secrétaires de mairie sont contraints de collectionner les emplois à temps non complet pour arriver à un temps plein. Beaucoup se sentent isolés et doivent faire face à une charge de travail croissante. "Certains de mes collègues sont à la limite du burn out. C'est très palpable à la lecture de leurs propos", s'inquiète Sylvie Gibel.

Métier en tension

Les exigences auxquelles ils sont soumis sont de plus en plus lourdes et leurs conditions de travail sont parfois difficiles. Or, la reconnaissance n'est pas au rendez-vous. S'il arrive, en effet, que des secrétaires de mairie soient employés dans le cadre d'emplois des attachés (catégorie A) ou dans celui des rédacteurs (catégorie B), la grande majorité d'entre eux doivent se contenter du cadre d'emplois des adjoints administratifs (catégorie C), faiblement rémunérés. Dans ces conditions, nombre de communes peinent à trouver des candidats à l’exercice de ces fonctions lorsque celui ou celle qui les occupe est sur le départ.

Lors d’un déplacement fin novembre dans le Loiret, celle qui était alors ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, accompagnée de l'ex-secrétaire d’Etat chargé de la Ruralité, Joël Giraud, avait annoncé la décision de revaloriser les secrétaires de mairie, de développer les formations à leur profit et de changer leur nom pour que ceux-ci deviennent des "secrétaires généraux de mairie". Une appellation censée mieux rendre compte de la multiplicité et de la complexité des tâches exercées.

Les promesses ont été en partie tenues. Sur le volet recrutement et formation, le gouvernement "a mobilisé le directeur général de Pôle emploi" et "pris l'initiative de cordonner un échange entre les différents acteurs concernés (…) afin de soutenir les besoins de recrutement des communes et la montée en compétence des secrétaires de mairie", affirmait en avril le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques dans sa réponse à la question écrite d’un parlementaire.

Préparer la relève

En outre, depuis le mois de mars, les secrétaires de mairie des communes de moins de 2.000 habitants bénéficient mensuellement d’une "bonification" de 30 points d’indice majoré - au lieu de 15 auparavant. Ce coup de pouce auquel les représentants des maires étaient favorables représente 70 euros bruts par mois. Mais l’attribution n’est pas automatique. "Les contractuels n’y ont pas droit et lorsque la commune emploie plusieurs secrétaires de mairie, la nouvelle bonification indiciaire n’est attribuée qu’à un seul", explique Sylvie Gibel.

La fonction n’a pas été rebaptisée, pour l’instant. Mais les secrétaires de mairie n’en ont pas tenu rigueur au gouvernement de Jean Castex. Peu de participants du groupe Facebook se sont exprimés sur le sujet. L’essentiel des attentes porte plutôt sur la rémunération, signe que le geste octroyé en mars ne semble pas suffisant. "Reconnaissance et revalorisation : on trouve ces mots-là dans toutes les réponses au questionnaire et ce, quelle que soit l’origine géographique des personnes", constate Sylvie Gibel. Pour qui la réponse à cette revendication doit certainement passer par le relèvement des grilles indiciaires et la création d’un cadre d’emplois spécifique des secrétaires de mairie.

Le nouveau gouvernement pourra difficilement ignorer les doléances des secrétaires de mairie. Les ministères concernés ont en effet été destinataires de l’ensemble des réponses à l’enquête en ligne réalisée par la Gersoise. De plus, des députés et des sénateurs ont alerté ces derniers temps l’exécutif sur la situation de ces agents et la nécessité de préparer la relève, sachant que de nombreux départs en retraite auront lieu dans les prochaines années.

Secrétaires de mairie et communes rurales : même combat

Certains de ces parlementaires ont d’ailleurs été saisis par des secrétaires de mairie membres du groupe Facebook. Tel est le cas de Jean-René Cazeneuve, député (LRem) du Gers. Le président de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation au sein de l’Assemblée nationale a passé début avril une demi-journée d’immersion aux côtés de Sylvie Gibel, à la mairie de Montpézat, l’une des quatre communes où elle exerce ses fonctions.

La secrétaire de mairie ne compte pas en rester là. Son prochain objectif : créer une association départementale pour fédérer ses collègues et mieux les représenter auprès des pouvoirs publics. Un projet dont elle s’est récemment entretenue avec le préfet du Gers, Xavier Brunetière, et le président de l’Association des maires ruraux de ce département, Cyril Cotonat, maire de Ladevèze-Rivière.

Le métier "passionnant" de secrétaire de mairie, dont "on ne se lasse jamais quand on l’exerce", selon Sylvie Gibel, mérite bien une telle attention. D’autant que du maintien de cette fonction dépend la poursuite du "fonctionnement des communes rurales", ajoute-t-elle. Un argument auquel devraient être sensibles nombre de maires ruraux.

 

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