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Déplacements - Les usagers des transports pour une "densification urbaine intelligente"

Depuis longtemps, la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) dénonce les effets néfastes de l'étalement urbain et milite pour une relocalisation de l'habitat dans les zones urbaines denses. Pour renforcer ses arguments en faveur d'une "densification urbaine intelligente", elle a proposé à l'économiste Jean-Marie Beauvais de réaliser une étude consistant à évaluer l'impact sur les pratiques de déplacements d'un déménagement de la périphérie vers la ville-centre. Pour cette étude, financée par l'Ademe dans le cadre du Predit, 19 ménages, soit 46 personnes de l'aire urbaine de Tours, ont été interrogés sur leur emploi du temps avant leur déménagement, en 2008, et après avoir emménagé en centre-ville, en 2010. Les résultats, présentés ce 8 juin, sont édifiants. Si le nombre de déplacements hebdomadaires est demeuré stable (412 avant déménagement, 411 après), la longueur moyenne des déplacements quotidiens est passée de 9 à 6 kilomètres et le kilométrage annuel effectué en voiture a chuté de 6.000 à 3.700 kilomètres (-38%). La consommation annuelle de carburants est passée de 474 à 298 litres (-37%), les dépenses annuelles de carburant de 591 à 349 euros (-41%), la consommation d'énergie de 502 à 346 kilotonnes équivalent pétrole (31%) et les émissions annuelles de gaz à effet de serre de 1,4 tonne à 0,9 tonne (-35%).

La marche plébiscitée

La baisse de l'utilisation de la voiture a profité aux transports collectifs (+40%), au vélo (+100%) et surtout à la marche (+243%). "Les déplacements pour les études, l'accompagnement et les achats ne dépassent plus, en moyenne, 2 km, si bien qu'ils peuvent, en grande partie, être faits à pied", souligne l'étude. Les motifs de déplacements varient aussi sensiblement en passant du périurbain au centre-ville. Ceux liés à l'accompagnement des enfants à l'école ou pour les activités sportives ou de loisirs chutent ainsi de 65%. "Il y a un vrai sentiment de libération, notamment pour les femmes, car elles avaient l'impression de faire le taxi", a noté Jean-Marie Beauvais.
Dans cette étude, les préoccupations environnementales ou économiques ne sont pas à l'origine des déménagements qui sont plus subis que choisis. Dans 7 cas sur 19, la raison du déménagement est liée à un divorce ou une séparation. S'ajoutent aussi les "loyers trop élevés, des liens sociaux difficiles à tisser en zone périurbaine, des pertes de temps dans les déplacements automobiles quotidiens, le manque d'autonomie des enfants". Toutefois, "le changement de résidence est bien vécu par 14 ménages sur 19" même si Jean-Marie Beauvais a relevé des avis plus nuancés, certains mettant en cause "la vie plus chère" ou "l'absence de jardin". L'économiste concède aussi que "ces 19 ménages sont un tout petit échantillon", et que "cette recherche exploratoire" mériterait d'être réalisée "sur un échantillon plus grand". Mais elle montre selon lui l'intérêt, pour les ménages comme pour la collectivité, d'opérations telles que les opérations programmées de l'habitat qui visent à convaincre les bailleurs de remettre des logements sur le marché en centre-ville afin d'y installer des familles.

Densifier autour des gares et axes de transports collectifs

Pour Jean Sivardière, président de la Fnaut, il est aujourd'hui possible de "densifier sans entasser dans des tours et des barres". Parmi les mesures qu'elle met en avant, sa Fédération plaide pour un transfert de toutes les compétences en matière d'urbanisme (permis de construire compris) des communes aux autorités d'agglomération, ces dernières étant élargies à l'échelle géographique des aires urbaines. La Fnaut est aussi favorable à une taxation plus forte des propriétaires de logements inoccupés en centre-ville, à la réhabiliation des friches urbaines, artisanales, industrielles et militaires et de réaliser "une part importante de logements sociaux" dans ces opérations. Il faut aussi selon elle densifier l'habitat et les activités autour des gares ferroviaires, en particulier périurbaines, et le long des axes de transport collectif urbain en site propre et favoriser le commerce de proximité en taxant par exemple le stationnement sur les grandes surfaces commerciales périphériques. Pour freiner la circulation automobile en ville, la Fnaut préconise de réduire la vitesse maximale autorisée sur les grandes voiries urbaines et d'introduire le péage urbain, en affectant son produit au développement des transports alternatifs à la voiture. Elle est aussi favorable à la pratique de l'autopartage qui permet selon elle de libérer de l'espace en ville, une voiture partagée permettant de remplacer une dizaine de voitures individuelles.
 

 

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