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L'ESS comme levier de développement rural : le pari du projet "Tressons"

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par
Caroline Megglé pour Localtis
dans

Economie sociale et innovation

Cohésion des territoires

Associations

Déjà plus présente que dans les villes, l'économie sociale et solidaire pourrait avoir de beaux jours devant elle dans les territoires ruraux. C'est en tout cas ce que souhaitent l'Avise, le RTES et l'ensemble des partenaires du projet "Tressons", qui a réuni 130 personnes à Nancy le 2 avril dernier.

Porté par l'Avise et le Réseau des collectivités territoriales pour une économie solidaire (RTES), le projet "Tressons" vise à "analyser et renforcer la place de l'économie sociale et solidaire dans nos territoires ruraux", selon les termes d'Anne-Laure Federici, déléguée générale du RTES. La démarche a été officiellement lancée lors d'un séminaire ayant réuni environ 130 personnes le 2 avril à Nancy, dont des partenaires tels que les départements de Meurthe-et-Moselle et d'Ille-et-Vilaine et la région Grand Est.

Soutenu par le Réseau rural national et le fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), le projet fédère des réseaux de l'ESS – des chambres régionales de l'ESS, le réseau des Cuma, coopératives d'utilisation de matériel agricole – et des acteurs du développement rural tels que l'Association nationale des pôles d'équilibre territoriaux et des pays (ANPP) et la Fédération des parcs naturels régionaux de France.

En Meurthe-et-Moselle, des chargés territoriaux de l'économie solidaire

C'est en quelque sorte l'alliance entre deux écosystèmes : celui du développement local et celui de l'ESS. Mise en avant sur le plan national à travers d'autres dispositifs (tels que les pôles territoriaux de développement économique), cette approche globale faisant de l'ESS un levier du développement territorial est déjà pratiquée par des collectivités. En Meurthe-et-Moselle, des "chargés territoriaux de l'économie solidaire" sont "des ensembliers qui favorisent, pour les porteurs de projet, l'interconnaissance, l'accès à l'information et aux dispositifs, la mise en réseau", a précisé Mathieu Klein, président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, en ouverture de la journée. Autrement dit, ce sont les nouveaux agents de développement local.

L'ESS aurait ainsi vocation à être "une économie structurante pour des territoires ruraux qui sont aujourd'hui trop souvent délaissés", a-t-il poursuivi. Pourquoi ? D'abord parce que cette économie apporte des réponses aux besoins des territoires et de leurs habitants et contribue à maintenir ou à recréer du lien social, font valoir l'Avise et le RTES. "De nombreux projets s’y retrouvent, des lieux culturels aux micro-crèches, des circuits alimentaires locaux aux tiers-lieux et projets de tourisme vert", peut-on lire sur le site de l'Avise.

Agriculture durable, aide à domicile, mobilité… des viviers de développement pour l'ESS

Par ailleurs, "des opportunités importantes de développement" sont mises en avant : "l’emploi y est en augmentation (+ 5% en sept ans) et cette tendance pourrait se renforcer si l’ESS continue à se saisir des nouveaux enjeux en termes d’agriculture durable, de circuits courts, de maintien à domicile, de mobilité ou encore d’emploi des femmes".

L'économie sociale et solidaire pèserait déjà plus lourd dans les communes rurales que dans les villes : quelque 14% des emplois salariés seraient concernés, contre 10,5% sur l'ensemble du territoire français (1), selon une étude exploratoire du Conseil national des Cress (CNCress). Comme au niveau national, cette économie sociale et solidaire est d'abord portée par des associations (80% des établissements), dans le domaine de l'action sociale (la moitié des emplois).

Le deuxième secteur est celui de l'enseignement, avec notamment une forte présence de l'enseignement catholique et de la formation professionnelle. L'enseignement représenterait 18% des emplois de l'ESS en moyenne, avec des variations importantes d'une région à l'autre - ce taux s'élèverait par exemple à 40% en Bretagne.

Une "sensibilité coopérative" à valoriser

Le secteur de l'agriculture est caractérisé par une "forte présence d'établissements coopératifs non employeurs" destinés notamment à la mutualisation de matériel ou à la distribution, a expliqué Benjamin Roger, responsable de l'Observatoire national de l'ESS au CnCress. Ainsi, malgré un rôle important, l'ESS ne contribuerait qu'à hauteur de 2,5% aux effectifs du secteur agricole.

Les territoires ruraux ont été historiquement marqués par une "sensibilité coopérative plus forte" qu'ailleurs, les premières coopératives ayant été des coopératives laitières puis des banques destinées à faciliter l'accès au crédit des agriculteurs, a rappelé Benjamin Roger. Le projet "Tressons" vise en quelque sorte à renouer avec cet héritage, en valorisant les formes d'entraide existantes – avec en particulier les Cuma et les associations de remplacement – et en s'en inspirant pour susciter de nouvelles dynamiques de coopération.

À l'issue d'une enquête qualitative ayant recueilli quelque 190 réponses, l'Avise et le RTES ont mis en avant quelques axes de travail pour la suite : valoriser les apports de l'ESS en milieu rural et viser à une meilleure prise en compte dans les dispositifs nationaux, outiller les acteurs de l'accompagnement dont les collectivités, orienter les porteurs de projets vers les "bonnes ressources" et les acteurs de l'accompagnement et du financement et, globalement, "permettre le développement de synergies et de collaborations".

 

(1) Dans cette étude, 15.960 communes sont dites "rurales", soit environ 45% des communes françaises, où habiterait 10% de la population française.

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