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Lorraine : quand le TGV redessine les quartiers

Avec l'arrivée du TGV Est européen, les villes lorraines se refont une beauté. Du simple lifting à la réorganisation d'un quartier entier de ville, l'éventail des chantiers est vaste.
L. Bertau / URBA IMAGES

En 2002, l'ouverture du hall Saint-Léon à la gare de Nancy a constitué la première étape d'un chantier d'envergure pour réhabiliter et redynamiser le quartier. Le secteur de la gare Est, avec Meurthe-Canal, le lieu regroupant le plus d'enjeux et d'opportunités, fait l'objet depuis une dizaine d'années de réflexions dans le cadre d'un projet urbain auquel est associé l'ensemble des partenaires concernés. Il s'agit d'une véritable opération de redéfinition du coeur de ville avec l'intégration de 30 hectares disponibles. La prochaine étape consistera à aménager la place de la République, qui constitue un pôle intermodal. "Il ne s'agit pas de travailler en pointillés sur plusieurs chantiers en même temps, mais d'achever un projet avant de commencer le suivant", explique Gérard Rongeot, directeur général de l'Agence de développement et d'urbanisme de l'aire nancéienne (Aduan). Sur la place, un bâtiment de 4 ou 5 étages, en cohérence avec la volumétrie des immeubles voisins, sera construit dans le prolongement de la gare. Les étages abriteront 3.000 m2 de bureaux. "Le bâtiment sera achevé peu avant l'arrivée du TGV pour ne pas être uniquement accaparé par les entreprises locales et permettre l'implantation d'entreprises extérieures", indique-t-il. Le rez-de-chaussée, lui, sera consacré aux services commerciaux de la SNCF et prolongera la galerie commerciale actuelle. "Avec les entrées Thiers, Saint-Léon et République, la gare sera plus fonctionnelle", estime Gérard Rongeot.

Anticiper l'après 2007

Autre projet à l'étude à Nancy : la création d'un nouveau centre de congrès plus moderne et fonctionnel que l'actuel. Deux sites sont susceptibles d'accueillir cet équipement, qui sera cofinancé par la région dans le cadre du réseau de villes du Sillon lorrain : le tri postal, qui jouxte la place de la République, et la friche de la Sernam, un peu plus au sud. "Cela dépendra notamment de l'aptitude de la Poste à libérer l'emprise dans les délais. Or, le choix du site conditionne l'architecture du bâtiment", précise le directeur de l'Aduan. Le dernier chantier annoncé concerne la place Thiers, situé devant la gare historique. Dès cette année, elle sera nettoyée de toutes les baraques commerçantes qui en ont pris possession, dans le cadre des travaux liés à la célébration du 250e anniversaire de la place Stanislas. En raison de ces festivités, le chantier de réaménagement de l'esplanade ne pourra commencer qu'en 2006 et ne sera vraisemblablement pas achevé en 2007, année de l'arrivée du TGV, mais aussi échéance électorale. Parallèlement à ces réflexions, l'Aduan achève un bilan foncier sur le secteur et va commander une consultation actualisée d'urbanisme pour définir le potentiel constructible de l'ensemble du site. "L'objectif est de pérenniser l'effet TGV en ne limitant pas notre offre au seul bâtiment République", poursuit Gérard Rongeot. Une dynamique en entraînant une autre, à l'image de la gare, le quartier avoisinant semble destiné à être en mouvement perpétuel.

Metz crée un nouveau quartier

Construite au début du siècle dernier, la gare de Metz constitue un monument de l'architecture allemande. Dès les années 1990, la municipalité anticipe l'arrivée du TGV en réaménageant la place du Général-de-Gaulle, située devant l'édifice. Un parking de trois niveaux et un tunnel à double sens passant sous la place sont créés pour libérer l'espace au profit des piétons. L'agencement de l'esplanade de 2,7 ha redonne leur majesté aux façades des immeubles voisins. Désormais, l'agglomération veut promouvoir l'arrière de la gare. Fin 1999, un souterrain piéton ouvrant la gare et les quais sur les quartiers du Sablon et de l'Amphithéâtre est inauguré. Sur le site de 20 ha qu'occupait l'ancienne gare de marchandises, le palais des Sports sera rejoint par l'antenne régionale du centre Pompidou, en 2007, puis par un centre de congrès, des bureaux, des logements... créant une synergie entre cette ancienne friche et le coeur de ville. La SNCF a aussi retenu la gare messine pour tester, dès cette année, un nouvel espace de vente de billets, situé dans la galerie reliant les halls de départ et d'arrivée. Libérés par la billetterie, les 800 m2 du hall de départ accueilleront, fin 2006, plusieurs commerces. "Si ces aménagements ne sont pas directement liés à l'arrivée du TGV, le calendrier de leur réalisation y est fortement conditionné", reconnaît Bernard Veinnant, chef de gare, qui indique que le bâtiment n'avait pas subi de travaux d'envergure depuis la fin des années 1970.

Audrey Reinhardt / Innovapresse Nancy pour Localtis

"Nous travaillons en concertation pour que nos projets s'inscrivent en cohérence avec les programmes des collectivités"

Henri Simon est responsable de l'agence des gares en Lorraine.

Comment se déroulent les concertations entre la SNCF et les collectivités au sujet des aménagements urbains autour des gares ?

A l'exception de Remiremont et de Metz où l'aménagement du quartier de l'Amphithéâtre n'implique pas la SNCF, l'arrivée du TGV engendre des projets communs entre la SNCF et les collectivités. Nous avons rencontré toutes les municipalités et intercommunalités concernées de manière à ce que nos projets s'inscrivent en cohérence avec les programmes urbains établis par les collectivités. La plupart d'entre eux concerne le développement de l'intermodalité et l'augmentation de l'offre de stationnement. Selon nos études, les besoins vont croître de 30 % en 2007. Chaque partenaire exprime ses enjeux et ses contraintes avant que des bureaux d'études ne définissent des scénarios.

De nouvelles gares vont-elles être construites ?

Oui, trois gares TGV seront bâties le long du tracé, dont deux en Lorraine. Elles se situeront à Issoncourt, en Meuse, et sur la commune de Louvigny (Moselle) à quelques kilomètres de l'aéroport régional. Pour la gare Meuse, les collectivités ont demandé la présentation d'une variante bois. Mais aucun projet n'a encore été validé. Les chantiers de construction des bâtiments voyageurs et des parkings, dont la SNCF sera propriétaire, devraient démarrer en 2005. RFF et la SNCF investissent près de 25 millions d'euros dans ces installations. Les perspectives de développement des zones voisines sont du ressort des collectivités. Cela n'exclut pas la possibilité pour la SNCF d'y déployer ses services.

Les travaux liés à l'arrivée du TGV Est se situent-ils également à l'intérieur des gares ?

Les neuf gares d'accueil du TGV bénéficient de travaux de réaménagement et de rénovation pour améliorer la visibilité des services en gare et l'accès aux quais. Chaque station déclinera, selon son importance, le concept d'espace de vente testé à Metz. L'accueil des clients et l'orientation vers le moyen de vente le plus approprié (guichet, automates, internet) y seront privilégiés. L'ensemble de ces travaux coûte 28 millions d'euros, financés en totalité par la SNCF. Les collectivités participent pour leur part financièrement aux travaux liés au confort des voyageurs, notamment la modernisation des moyens d'information sonores et visuels. L'ensemble de ces travaux doit être achevé fin 2006.

Les gares au coeur du dispositif intermodal

Neuf gares de Lorraine (Metz, Nancy, Thionville, Forbach, Bar-le-Duc, Lunéville, Saint-Dié, Epinal et Remiremont), escales du futur TGV Est européen, vont bénéficier d'une modernisation.

La municipalité de Forbach a entamé la réflexion en commandant une étude de circulation autour de la gare, préalable à l'élaboration d'un projet urbanistique sur l'ensemble de la zone. La ZAC Gare devrait accueillir de nouveaux bâtiments et accroître l'offre de stationnement, tout en répondant aux contraintes du bâti existant et aux exigences des riverains. A Bar-le-Duc (Meuse), l'arrivée du TGV génère un vaste projet de renouvellement urbain, dont la problématique principale est la réalisation d'un pôle d'échanges multimodaux. Le 12 décembre dernier, la SNCF, la région Lorraine, le conseil général des Vosges et la ville d'Epinal ont signé une convention de financement d'une étude multimodale, à laquelle participeront également RFF les différents acteurs de transport locaux. Cette étude doit repenser l'organisation des déplacements au sein de l'agglomération pour rendre la gare plus accessible et favoriser l'interconnexion entre les modes de transport. Ses conclusions devraient être connues courant juin.

Le double enjeu thionvillois du transport transfrontalier et du TGV

Souhaitant ouvrir la ville sur la Moselle, à qui la gare tourne le dos, la municipalité thionvilloise s'est lancée, dès 2002, dans des études de réaménagement du secteur de la gare.

Sur un secteur qui joue à la fois le rôle d'entrée de ville et de pénétrante routière, le projet majeur concerne la réorganisation des accès à la gare et le réaménagement des espaces alentour pour redorer le blason de la ville. De par sa proximité avec le Luxembourg, la gare de Thionville voit passer quotidiennement un nombre élevé d'usagers et recense quelque 12.000 véhicules garés quotidiennement de manière anarchique aux abords de la gare. L'arrivée du TGV ne devrait rien améliorer. Aussi, la nouvelle communauté d'agglomération Portes de France - Thionville, qui a pris la compétence en matière de stationnement, doit-elle envisager une augmentation de l'offre de places sur ce secteur.
Autre priorité : le réaménagement des anciens abattoirs situés à l'arrière de la gare, avec notamment la mise en valeur de l'un des trois ponts-écluses de France et du bras mort de la Moselle qui entoure cet espace insulaire. Le dernier chantier consistera en la rénovation du quartier artisan du Couronné. Des études réalisées par l'établissement public foncier de Lorraine et le bureau d'études Aménagement recherche pôle d'échange ont défini les contraintes du site et analysé les possibilités d'amélioration de son accessibilité.

Un travail de concertation

En 1999, la Fédération nationale des agences d'urbanisme (FNAU) et la SNCF ont signé un accord de partenariat qui vise à resserrer leurs liens "dans la perspective de valoriser le chemin de fer comme élément structurant du développement durable de la ville".

"Ce rapprochement doit permettre aux agences d'urbanisme de se familiariser avec la logique et les évolutions de la SNCF et au monde ferroviaire, d'appréhender les problématiques et les méthodes liées aux questions d'aménagement. Cet accord a donné lieu à la publication commune d'une plaquette d'information et à l'organisation de journées d'échanges qui se sont notamment tenues à Saint-Etienne (1999), Nantes (2000), Bordeaux (2001) ou Nancy (2002).

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