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Lutte contre l'artificialisation des sols : quand les grandes villes passent aux travaux pratiques

L'Observatoire des villes vertes vient de publier les résultats d'une enquête sur la manière dont les grandes villes prennent en compte l’enjeu d’artificialisation des sols. Les 18 collectivités qui y ont répondu affichent leur volontarisme sur le sujet et privilégient pour le moment des actions concrètes et visibles pour préserver la biodiversité ou lutter contre les îlots de chaleur.

Alors que le gouvernement a présenté la lutte contre l'artificialisation des sols comme l'une des mesures phares du projet de loi Climat et Résilience (lire notre article), l'Observatoire des villes vertes vient de publier les résultats d'une enquête sur la manière dont les grandes villes se positionnent sur cet enjeu. Sur les 18 collectivités urbaines interrogées à l'automne 2020*, 16 ont déclaré s'emparer du sujet et cette dynamique se structure à l’échelle politique et locale, relève l'Observatoire : "après une première impulsion des services espaces nature en ville et urbanisme, les édiles ont anticipé la volonté du gouvernement et apportent leur contribution pour contrer les conséquences liées à l’artificialisation des sols". C'est par exemple le cas à Amiens où la ville envisage de créer un observatoire dédié pour évaluer le développement urbain et les taux d’artificialisation des sols.

Pluralité d'acteurs

Autre constat de l'enquête : les collectivités interrogées n’avancent plus seules et intègrent désormais une pluralité d'acteurs (habitants, bailleurs sociaux et promoteurs immobiliers) dans leurs réflexions et projets de renaturation urbaine. La ville de Nancy propose ainsi à ses habitants un financement des travaux de leurs jardins à hauteur de 70% si les espaces verts sont visibles depuis l’espace public. Pour des travaux similaires, la ville de Grenoble propose jusqu’à 8.000 euros de subvention. 
Du fait de la pandémie, un grand nombre de chantiers publics sont à l'arrêt et "les budgets des communes fortement impactées par la crise sanitaire ne semblent pas prioriser ces chantiers pourtant indispensables", notent les auteurs de l'enquête. "La volonté des villes pour ralentir l’artificialisation des espaces semble résister à l’atonie voulue par la crise, comme en attestent les projets tangibles initiés par ces dernières en ce début d’année 2021", estime cependant Laurent Bizot, président de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) et co-président de l’Observatoire des villes vertes. Selon lui, "l’argument de l’attractivité des villes va sûrement jouer pour beaucoup, et ce d’autant plus en anticipation des prochains confinements, pour éviter un exode trop important d’habitants fuyant les grandes places urbaines pour plus de vert".

Trois objectifs affichés par les villes

Pour l'heure, les villes interrogées mettent en avant trois objectifs pour justifier la lutte contre l'artificialisation des sols : favoriser la biodiversité en ville, améliorer le cadre de vie des administrés et, enfin, lutter contre les îlots de chaleur. Ces bénéfices recherchés sont talonnés par l’amélioration de la qualité de l’air et l’attractivité de la ville. L’essor économique du cœur de ville et la préservation des zones périurbaines agricoles sont par contre parmi les raisons invoquées en dernier.
Pour atteindre concrètement ces ambitions, Marseille a établi un zonage des tissus urbains à dominante pavillonnaire et y impose un pourcentage d'espaces verts compris entre 40 et 70%, dont deux tiers de pleine terre selon la configuration et les enjeux (paysagers, d'accès, etc.), indique l'étude. Dans le même souci d’amélioration du cadre de vie, vertueuse pour la protection de la biodiversité, plusieurs villes interrogées incitent à des opérations de fleurissement des rues aux abords des habitations comme Perpignan avec sa campagne intitulée "Fleurs des villes". "L’urgence de protéger la biodiversité et de sanctuariser des îlots de fraîcheur en ville a bien été saisie par les municipalités, se félicite Pascal Goubier, président d’Hortis, organisation qui regroupe les responsables d'espaces nature en ville, et co-président de l’Observatoire. Pour autant, les sujets de l’attractivité et de l’essor économique devraient devenir les prochains piliers des politiques de végétalisation, en associant les citoyens et les acteurs privés dans cette démarche."

La désimperméabilisation, solution préférée des collectivités

Concrètement, une majorité de villes ont décidé de réduire la part de sols artificialisés en investissant dans des travaux de désimperméabilisation – (solution préférée de 15 collectivités sur 18 ayant répondu à l'enquête). 12 villes s'engagent ou se sont déjà engagées dans la revitalisation de friches urbaines – c'est le cas du projet Reims Grand centre qui vise à requalifier un secteur d’anciennes friches d’activité de 7 hectares (soit l’équivalent de 10 terrains de foot) en plein cœur de ville, en y intégrant un important volet végétal (150 arbres, 18.350 arbustes et plantes vivaces, 3.000 m² de prairies, une forêt urbaine sur 1.600 m²) avec une végétalisation des noues (sortes de fossés peu profonds et larges pour recueillir provisoirement les eaux de ruissellement) et des parcelles d’infiltration.
Par ailleurs, presque la moitié des villes répondantes (8 sur 18) envisagent ou ont déjà débuté le verdissement des cours d’école. C’est le cas de Paris qui a lancé l’initiative des cours Oasis. Ce projet vise à la fois à assurer une meilleure gestion de l’eau de pluie, en plus d’aménagements plus ludiques pour les enfants. Pensées comme des îlots de fraîcheur au cœur des quartiers, ces cours ont également été conçues pour accueillir un public plus large en dehors des temps éducatifs et devenir notamment des "refuges" pour les personnes vulnérables durant les vagues de chaleur. Des projets semblables sont en cours dans d’autres villes telles que Nancy (43 cours d’école concernées) et Montpellier, ou encore Nice et Poitiers prochainement.
De manière générale les villes veulent éviter d’artificialiser encore plus, et intègrent pour cela quasi systématiquement des concepteurs paysagistes dans les projets de maîtrise d’œuvre (14 collectivités sur 18) et des mesures coercitives dans les plans locaux d'urbanisme (PLU/ PLUi) dans 10 cas sur 18, relève encore l'étude. 

*Enquête réalisée du 15 octobre au 7 décembre 2020 via un questionnaire envoyé par mail au panel de villes de l’Observatoire
 

 

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