Lutte contre les incendies : Emmanuel Macron promet plus d'avions et une évolution de leur positionnement

Emmanuel Macron a promis ce 20 juillet l'achat d'avions supplémentaires pour lutter contre les incendies, à l'occasion d'un déplacement en Gironde. Il a rendu hommage aux pompiers qui font enfin ralentir les deux gigantesques incendies faisant rage depuis plus d'une semaine.

"Merci à vous, merci infiniment !" À La Teste-de-Buch, au bord du bassin d'Arcachon, où il est arrivé dans l'après-midi, Emmanuel Macron a longuement rendu hommage aux sapeurs-pompiers, aux personnels de la sécurité civile, aux forces de l'ordre, aux élus et à l'ensemble des personnes mobilisées contre le feu qui ravage la forêt située aux abords de la dune du Pilat. Il a ensuite rejoint Langon, au poste de commandement du feu de Landiras, à 40 km au sud de Bordeaux.

Profitant de cette visite, de nombreux élus ont plaidé pour des moyens aériens affectés à la région Nouvelle-Aquitaine, comme c'est le cas en Corse. "Il faut envisager une flotte plus conséquente, et une répartition territoriale adaptée", ont réclamé Jean-Luc Gleyze et Xavier Fortinon, respectivement présidents PS des départements de Gironde et des Landes, dans une lettre ouverte au chef de l'État. Pointant les limites du modèle de financement des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), dont les ressources relèvent essentiellement des départements, des établissements publics de coopération intercommunale et des communes, les élus ont aussi appelé à "élaborer une stratégie de lutte contre les incendies à trois échelles. Interdépartementale, d’une part, en partenariat avec l’État, les collectivités et les acteurs impliqués, afin d’établir une stratégie de décentralisation des moyens aériens sensible aux réalités des massifs forestiers locaux, qui passe notamment par la mutualisation des moyens des Sdis. Nationale, d’autre part, avec le renforcement de la flotte aérienne de la Sécurité civile. Européenne, enfin, particulièrement par l’augmentation de la dotation allouée au mécanisme européen de protection civile (MEPC) qui permet l’entraide entre États membres de l’Union européenne (...)."

Vers une augmentation de la flotte aérienne à l'échelle européenne

La France va devoir "acheter plus" d'avions de lutte contre les incendies, a convenu Emmanuel Macron à La Teste-de-Buch. Les 22 avions dont est dotée la protection civile étaient "suffisants ces dernières années. (...) Est-ce qu'il faut en avoir davantage ? La réponse est oui", a-t-il jugé, soulignant que cette flotte augmentée serait européenne et appelant à "redéployer une stratégie industrielle" pour construire ces appareils.

Le président de la République s'est aussi dit ouvert à une évolution du positionnement de ces appareils, répondant là encore aux deux élus régionaux qui estiment qu'un "dispositif avancé dans le sud-ouest permettrait de protéger le massif forestier de résineux le plus important d'Europe, et même d’intervenir par-delà les Pyrénées".

En outre, un décret adopté en conseil des ministres ce mercredi et publié au Journal officiel ce 21 juillet offre au ministère de l’Intérieur la possibilité de réquisitionner des sociétés de location d’hélicoptères en capacité de participer à la lutte contre les feux de forêts. "Il permettra la réquisition de deux hélicoptères lourds bombardiers d'eau, d’une capacité de largage de 4.000 litres à chaque rotation, qui rejoindront la flotte de la Sécurité civile et les deux autres appareils loués pour la saison des feux de forêt, prépositionnés en Corse et dans le Sud de la France", indique le communiqué du conseil des ministres.

"Pour la deuxième journée consécutive, les deux feux" qui brûlent en Gironde depuis le 12 juillet, "ne présentent plus de fronts de flammes constitués et n'ont pas progressé", selon un dernier bilan de la préfecture mercredi soir. Concernant la situation des personnes évacuées, "l'ensemble des conditions de sécurité pour envisager (leur) retour n'est pas encore rempli. Le dispositif sera réévalué de manière quotidienne, et la réintégration des populations sera effectuée secteur par secteur en fonction de la situation", a-t-elle précisé dans un communiqué.

Au total, près de 20.800 hectares de forêt ont été ravagés : 7.000 hectares à La Teste-de-Buch et 13.800 hectares sur le secteur de Landiras, représentant à lui seul un périmètre de 66 km. "Nous avons traité de nombreuses reprises de feu dans les zones brûlées mais aucune d'ampleur. Les travaux préventifs se sont poursuivis toute la journée", a fait savoir de son côté aux journalistes le lieutenant-colonel Arnaud Mendousse du Sdis 33. "Nous ne considérons cependant pas encore les feux comme fixés car nous estimons qu'ils pourraient encore repartir à la faveur d'une aggravation des conditions météorologiques", a souligné ce porte-parole des pompiers de Gironde. Environ 2.000 sapeurs-pompiers, de toute la France, et d'importants moyens aériens (6 Canadair et 2 Dash) sont mobilisés en Gironde.

"Un grand chantier national pour pouvoir replanter la forêt"

Face au désastre, Emmanuel Macron a encore annoncé à La Teste-de-Buch "un grand chantier national pour pouvoir replanter cette forêt". Devant deux cartes détaillées des feux présentées au président, le chef de corps des pompiers de Gironde, Marc Vermeulen, a expliqué comment avec l'arrivée de la canicule, "les deux feux ont littéralement explosé", évoquant notamment "des pins de 20 ans qui ont explosé de l'intérieur". Du "jamais vu", selon lui, sans compter que depuis neuf jours, les sapeurs-pompiers doivent également se charger de maîtriser "20 à 25 départs de feu" quotidiens. Le chef de l'État a enfin promis aux propriétaires des campings détruits par le feu que l'État les aiderait à les reconstruire.

La Gironde n'est pas le seul département frappé par des incendies, qui se multiplient en France depuis ces derniers jours. Dans les monts d'Arrée, en Bretagne, deux incendies ont détruit 1.725 hectares de landes et bois, selon le dernier bilan de la préfecture du Finistère communiqué mercredi soir.

  • Les réseaux télécoms lourdement affectés par les incendies

Les incendies de forêt en Gironde ont aussi de lourds impacts sur les réseaux télécoms. Dans un communiqué en date du 20 juillet, l’opérateur Orange a indiqué que près de Landiras et La Teste-de-Buch, les destructions concernaient potentiellement "environ 1.000 poteaux et plus de 40 km de câble". Une cinquantaine d’antennes 4G ont été placées "sous vigilance renforcée" et deux antennes mobiles touchées par les incendies ont été remises en service.

Un bilan "provisoire", l’inventaire exhaustif des dégâts nécessitant de pouvoir accéder au terrain en toute sécurité. Les riverains sont invités à signaler à l’opérateur tous les dommages visibles (poteaux, câbles, armoires endommagés, penchés, décrochés ou arrachés), les clients privés d’internet fixe pouvant bénéficier gracieusement d’une connexion 4G. L’opérateur souligne que "la reconstruction des réseaux fixes" est "un travail minutieux et complexe nécessitant de la part de nos équipes techniques des interventions ligne par ligne".

Cet épisode dramatique vient illustrer très concrètement la problématique de la résilience des réseaux télécoms. Une récente étude de la Banque des Territoires a notamment souligné l’urgence à financer l’enterrement des nouveaux réseaux FTTH. Pour minimiser les coûts et déployer la fibre le plus rapidement possible, la pose en aérien est aujourd’hui privilégiée dans les zones rurales. Les incendies de ces derniers jours pourraient amener à changer la donne.

Lucas Boncourt pour Localtis

 

 

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