Lyon expérimente pour rafraîchir la ville lors des canicules (69)

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Luc Blanchard
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Environnement

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Rhône

Afin de s'adapter aux épisodes caniculaires, la métropole et la ville de Lyon ont engagé, dès 2010, une réflexion pour lutter contre les îlots de chaleur urbains. Dernière expérimentation en date, la requalification de la place de Francfort, attenante à la gare de Lyon Part-Dieu, offre d’intéressantes perspectives.

Depuis plusieurs années, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) alerte l'opinion sur les dérèglements climatiques et l'élévation inexorable des températures. Les villes, très minérales, sont particulièrement sensibles à ces bouleversements. Des écarts de plusieurs degrés sont mesurables entre les cœurs de ville et les campagnes voisines. Pour combattre les effets délétères du réchauffement, la métropole de Lyon agit sur la conception et la gestion des espaces publics.

Privilégier les sols clairs et les arbres qui font de l’ombre

En 2010, la communauté urbaine du Grand Lyon publie un référentiel qui identifie les moyens à mettre en œuvre pour réduire les îlots de chaleur urbains. Dans l'espace public, qui représente 50% de la surface occupée, trois actions sont préconisées. En premier lieu, il importe d'utiliser des revêtements clairs de façon à réfléchir les rayons du soleil. Ensuite, il faut végétaliser, car des écarts de 1°C sur la température de l’air, et 10° sur le confort thermique sont mesurables entre les zones boisées urbaines et le reste de la ville (mesures réalisées en 2016 par la métropole). Enfin, il est indispensable de permettre à l'eau de pluie de s'infiltrer dans le sol.

Expérimentation en vraie grandeur

Pour mettre en œuvre ces préconisations, une première opération d'aménagement est menée sur la rue Garibaldi, en limite ouest du quartier de la Part-Dieu. Il s'agit de requalifier une autoroute urbaine, conçue dans les années 1960 pour faciliter le trafic automobile en centre-ville. Le nombre de voies de circulation est réduit, des aménagements paysagers et un système d'infiltration et de stockage des eaux de pluie sont mis en place. Un bassin souterrain de 600 m², installé dans l’ancien tunnel routier, récupère ainsi les eaux de pluie. La métropole installe également des capteurs pour mesurer les températures, le taux d’humidité du sol et l’évapo-transpiration des arbres. Un modèle informatique est développé pour comprendre le phénomène de rafraîchissement et des tests d’arrosage sont menés lors des canicules, à partir des eaux pluviales stockées sous la rue.

Nouvelle étape à la Part-Dieu

En 2017, dans le cadre du programme Écocité, auquel participe le groupe Caisse des Dépôts, Lyon Part‐Dieu est choisi comme site démonstrateur de la stratégie d’adaptation de la Métropole de Lyon aux effets du changement climatique. Le réaménagement de la place de Francfort qui jouxte la gare de Lyon Part-Dieu est au cœur de ce programme. Cette vaste place de 8.500 m2, qui faisait office de parking à ciel ouvert, est en effet le théâtre d'une nouvelle expérimentation. La société publique locale (SPL) Lyon Part-Dieu, en charge de l'aménagement, met en place, du printemps à l'automne 2017, une "table d'expérimentation" permettant de tester les propriétés de douze revêtements de sol.

20° de différence entre l'asphalte et le granit

L'objectif est de comparer leurs propriétés sur plusieurs saisons de façon à déterminer les meilleures performances thermiques en hiver et en été. Si les mesures effectuées l'hiver ne sont pas significatives, celles effectuées l'été montrent des différences de 20° entre l'asphalte traditionnel et le granit. Comme l'explique le chef de projet Espaces Publics à la SPL Lyon Part-Dieu, Lionel Martin : "Le granit clair permet notamment une diminution d’heures 'chaudes' de l’ordre de 24% l’été, c'est considérable."

Les usagers sont consultés

Les associations d’habitants du quartier, usagers et commission d’accessibilité sont consultés sur le dispositif expérimental du futur sol de la Part-Dieu : signalétique, accessibilité, présence du végétal... et les usagers donnent leur avis sur les revêtements proposés. Cela conduit la SPL à adapter son projet en augmentant la présence des arbres, mais aussi en reconsidérant les finitions du revêtement en granit. Initialement, pour décourager les skateurs, la pose de dalles de granit brut avait été envisagée, mais les seniors et les personnes à mobilité réduite le trouvait peu "marchable". Il a donc été convenu d'améliorer la finition.

Des arbres plantés serrés pour davantage de fraîcheur

Au-delà du choix d'un revêtement de sol thermiquement adapté, la SPL innove en matière de végétalisation de la place. 93 arbres d'espèces différentes (gingko biloba, gleditsia, pin et poirier de chine) sont plantés de façon très resserrée, à 5 mètres les uns des autres, de façon à obtenir rapidement une frondaison capable de rafraîchir la place. Enfin, les joints entre les dalles de granit sont poreux, permettant ainsi à l'eau de pluie de s'infiltrer sous la place jusqu’à une fosse terre-pierres de 3.000 m2 qui constitue une sorte de réservoir. Les racines des arbres y puisent toute l'eau dont ils ont besoin, le surplus alimentant la nappe phréatique quatre mètres plus bas. C'est donc tout un écosystème qui est élaboré pour rafraîchir la ville. Un dispositif aussi innovant que reproductible...

SPL Lyon Part-Dieu

Nombre d'habitants :

513275
192, rue Garibaldi
69427 Lyon Cedex 03

Michel Le Faou

Adjoint au maire et vice-président à la métropole en charge de l'urbanisme et de l'aménagement

Lionel Martin

Chef de projet Espaces publics
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