Marché d'intérêt national de Grenoble : de la régie à la Sem

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Isère

Le marché d'intérêt national (MIN) de l'agglomération grenobloise vient de prendre le statut de Sem, suivant l'exemple de la plupart des autres MIN en France. Baptisée Sominalp, pour Société du MIN des Alpes, l'ancienne régie ambitionne de devenir une plate-forme logistique pour l'agglomération.

Le MIN de l'agglomération grenobloise est le plus petit marché d'intérêt national de France. "Nous sommes dans une vallée enclavée", déclare Monique Dallet, présidente du MIN, pour expliquer cette taille. Il y a quelques années, la solution de délocaliser le MIN avait même été envisagée, pour finalement être abandonnée, après un audit. Il n'en reste pas moins que pour ses 40 ans, en 2003, le MIN a dû se lancer dans une grande opération de réhabilitation et de mise aux normes, très coûteuse, qu'une exploitation en régie municipale ne permet plus d'assumer. Sur la question du financement des travaux et des futurs projets, la ville a tranché. "Pour rester ici, il fallait faire des travaux et par conséquent chercher des financeurs en plus de la ville", résume Michel Gillet, directeur du MIN. Ainsi, la décision de prendre le statut de Sem s'est-elle imposée, comme ce fut le cas pour la presque totalité des dix-neuf MIN français (seul celui de Cavaillon est encore en régie). Ce statut permet l'arrivée de nouveaux actionnaires et donc de nouvelles ressources. Aujourd'hui, le capital de la Sem est réparti comme suit : 75% pour le public (ville, communauté d'agglomération et conseil général), 15% pour les professionnels du MIN, 10% pour Rungis. Le statut de Sem ouvre aussi à la structure la possibilité de réaliser des emprunts.

L'ambition du MIN : devenir une plate-forme logistique

"Avec ce nouveau statut, le MIN se prend en main pour répondre à un enjeu du développement durable, ce qui suppose qu'il devienne une réelle plate-forme logistique à l'échelle de l'agglomération", explique Michel Gillet. Outre la réhabilitation de l'outil lui-même (rénovation de la toiture, mise en conformité avec les normes des chambres froides), c'est aussi l'apport de services, comme l'ensachage sur place, qui fera la différence. Qui dit plate-forme de logistique, dit création d'un pôle de logistique. A moyen terme, il s'agira de créer des synergies avec d'autres sociétés spécialistes de la logistique, par exemple avec Coliposte, le leader français de livraison rapide de colis aux entreprises, présent sur le site du MIN. Allant de pair avec le déploiement d'une plate-forme, l'aspect environnemental. Soucieux d'être un acteur semi-public irréprochable, le MIN expérimente depuis quelques mois, en partenariat avec l'Ademe, EDF, la région, la ville et l'Europe, l'usage de camions électriques pour des livraisons propres.
La réussite de cette plate-forme logistique est aussi très liée à la bonne santé des commerces de proximité. Un travail de rénovation, de couverture et de semi-couverture des marchés, sur toute l'agglomération, est développé en partenariat avec la communauté d'agglomération grenobloise. "Des aides sur les plans techniques et pour le financement de l'étude seront les bienvenues dans le cadre du Fisac", précise le directeur du MIN.

Plusieurs relais de croissance...

Comme toute entreprise, la Sominalp réfléchit à augmenter le flux des échanges et, a fortiori, à renforcer la capacité et la diversité de son offre en produits frais, bio, équitables et "ethniques". "Notre objectif est de permettre aux opérateurs existants d'améliorer leur chiffre d'affaires et de faire venir de nouveaux opérateurs", intervient Monique Dallet. En réflexion avec le MIN de Rungis, la Sominalp compte attirer des grossistes parisiens sur le marché grenoblois. La même réflexion est menée avec Lyon. Le MIN doit aussi participer au confortement de l'activité maraîchère et fruitière de l'agglomération grenobloise. La valorisation de l'agriculture périurbaine pourrait s'avérer l'un des principaux relais de croissance pour la Sominalp. Preuve en est la ligne de produits "Terres d'ici" lancée par l'Association pour le développement de l'agriculture de l'Y grenoblois (Adayg) et le MIN, qui a la cote auprès des consommateurs.
L'installation de la cuisine centrale de Grenoble derrière le MIN a inspiré au nouveau comité d'administration de la Sem un débouché pour les produits Terres d'ici. Avec l'Adayg, une politique d'achat des produits est à l'étude, en concertation avec un ensemble de cantines de collectivités (la ville de Grenoble, Vercors Restauration, les restaurants d'entreprise...). A la présidente de la Sominalp, élue à la ville, de conclure : "La vente de produits directement du producteur au consommateur est aujourd'hui un gage de qualité appréciable."


Séverine Cattiaux / Innovapresse Grenoble pour Localtis


 


"La ville ne peut améliorer seule la compétitivité du MIN"


 

Monique Dallet est présidente du marché d'intérêt national de l'agglomération grenobloise.

Que change le statut du MIN en Sem dans son fonctionnement ?

La Sem se substitue à la régie, mais la régie doit finir sa vie. Le nouveau conseil d'administration siège déjà. Il est composé de onze administrateurs pour le capital public, et quatre administrateurs et quatre censeurs (personnes présentes mais sans droit de vote) pour le capital privé. Un nombre qui évoluera en fonction des apporteurs de capitaux. L'ouverture à de nouveaux partenaires, davantage en accord avec l'activité économique et territoriale du MIN, en plus d'apporter de l'argent frais, permettra de nous donner les moyens de rénover l'outil pour les opérateurs et commerçants, de mieux rentabiliser le MIN, donc améliorer sa compétitivité. Ce que la ville de Grenoble ne peut faire seule.

Mais le MIN n'est plus une place de la vente comme autrefois ?

La vente sur le carreau reste importante, mais elle tend à baisser, car les commerçants se font de plus en plus livrer. Dans la projet de réhabilitation, le MIN doit prendre en compte cette dimension. Il doit devenir une véritable plate-forme logistique de livraison en ville.

Et cela dans le respect de l'environnement ?

Oui, d'où l'expérimentation en cours de livraisons par camions électriques. En nous maintenant dans Grenoble, nous nous engageons à soutenir les commerces et les marchés de proximité, ce qui devrait aussi réduire les nuisances de circulation pour un approvisionnement périphérique. Enfin, assurer le développement du MIN, c'est aussi assurer des débouchés pour l'agriculture périurbaine conventionnelle, biologique, avec un souci permanent de garantir la qualité des produits pour le consommateur.


 

Les MIN : des acteurs de développement économique


Les marchés d'intérêt national et marchés de gros forment un réseau national de plates-formes d'approvisionnement des commerces indépendants. Ils sont des partenaires actifs de la restauration hors domicile (RHD) et de la grande distribution. Véritables appuis à l'initiative locale, les marchés de gros sont des vecteurs de créations d'emplois et de valeur ajoutée.

Garants de la pluralité des circuits de distribution, seuls les marchés de gros peuvent assurer aux professionnels un approvisionnement équilibré. Quantité, qualité, choix : la segmentation stratégique de l'offre permet à chacun de disposer des produits dont il a besoin. Vrais acteurs de la vie sociale, les marchés de gros favorisent à la fois le maintien des secteurs de production traditionnels et celui des commerces de proximité.
La poursuite et l'accentuation du développement des marchés de gros sont nécessaires, compte tenu d'un environnement de plus en plus concurrentiel. Face à cet enjeu, cinq axes : la diversification des marchés, la qualité des produits et la sécurité alimentaire, le positionnement des marchés de gros par rapport à leur environnement (plans de déplacements urbains à mettre en place avec les collectivités), le respect de l'environnement, et enfin l'amélioration de l'accueil des clients.

Marché d'intérêt national de Grenoble (MIN)

117-127 rue des Alliers
38030 Grenoble Cedex 2
min.grenoble@wanadoo.fr

Monique Dallet

Présidente

Michel Gillet

Directeur
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