Metz choisit ses arbres avec Sesame (57)

Depuis 2019, Metz choisit les espèces d'arbres qu'elle plante, grâce l'outil Sesame, créé en partenariat avec le Cerema et avec le soutien financier de l’Eurométropole de Metz. Combinant analyse des services rendus et contraintes à éviter, l'outil permet de choisir entre 85 espèces d'arbres et d'arbustes adaptées au contexte urbain et aux effets du changement climatique.

Micocoulier de Provence, Arbre de Judée ou Ginkgo biloba ne sont pas des espèces endémiques de la région Grand Est. L'outil Sesame (Services EcoSystémiques rendus par les Arbres, Modulés selon l’Essence) propose pourtant de les planter à Metz, dans des projets d'aménagement sensibles aux effets du changement climatique. « En 2015, la ville de Metz s’interrogeait sur les espèces à planter pour tenir compte du changement climatique, des contraintes et des services qui peuvent être rendus par la végétation, indique Samia Smaallah, chargée de projets développement durable et solidaire. C'est pour cela que nous avons sollicité en 2016 le Cerema, établissement public national, pour développer avec lui l'outil Sesame. »

En ville, dans un environnement très bitumé où les bâtiments renvoient la chaleur, les arbres plantés vivent dans un cadre contraint. On attend d'eux qu'ils ne produisent pas de pollens allergisants, que leurs racines ne viennent pas perturber l'environnement bâti, que leurs branches ne soient pas piquantes, que leurs fruits ne « salissent » pas l'espace public, mais ils sont aussi plus sensibles aux maladies (suie de l’érable, chalarose du frêne, etc.). Ils rendent pourtant de nombreux services, désormais indispensables pour adapter une ville au changement climatique : lutte contre les îlots de chaleur, filtration des polluants de l'air, accueil de la biodiversité, amélioration du cadre de vie des habitants. Selon les espèces, ils sont aussi plus ou moins adaptés aux évolutions climatiques et ont besoin pour certains de consommer de grandes quantités d’eau.

85 espèces, 4 services rendus et 9 contraintes intégrées

La ville de Metz a sollicité le Cerema sur la base d'une liste de 85 espèces d'arbres, arbustes et plantes grimpantes, établie en collaboration avec ses jardiniers. « Après un premier travail bibliographique, le Cerema a rencontré notre pôle parcs, jardins et espaces naturels pour compléter leur travail avec l’expérience de terrain des agents », souligne la chargée de projets. La première phase de l’étude s'est centrée sur 4 services rendus : l'amélioration de la qualité de l'air, grâce à la captation des polluants particulaires et gazeux, la lutte contre les îlots de chaleur, le support de biodiversité avec l’accueil des pollinisateurs, la nidification, l’apport de nourriture aux oiseaux, etc., et enfin, l'amélioration du cadre de vie. « Pour chaque projet de plantation, nous chiffrons ainsi le niveau d’adaptation au changement climatique souhaité. Nous pondérons chaque service rendu en fonction du contexte et nous prenons en compte les contraintes à éviter du type pollens allergisants ou fruits toxiques. En fonction de ces critères, Sesame propose une liste non hiérarchisée de 10 espèces à privilégier ». Finalisé fin 2019, l'outil se présente sous forme d'un tableur libre de droit, téléchargeable sur le site internet de la Ville de Metz.

Plus d'espèces exotiques, moins d'alignements mono espèces, plus d'arbustes

Depuis fin 2019, Metz utilise Sesame pour chaque projet de plantation. « Actuellement, nous travaillons avec l'agence d’urbanisme d’agglomérations de Moselle, l’Aguram, sur une étude pour renforcer notre trame verte. Pour chaque futur site de plantation identifié, Sesame est utilisé pour choisir les espèces à planter, en fonction des enjeux identifiés » note Isabelle Viallat, conseillère municipale déléguée au bien-être animal et à la biodiversité. Après 2 ans d'utilisation de l'outil, « on constate que l'on plante plus d'espèces exotiques qu'avant, afin de s’adapter au changement climatique. Autre évolution : la fin des alignements mono espèces, qui permet de réduire la diffusion des maladies. Enfin, nous mettons en place une diversification plus forte des strates végétales, avec plus d'arbustes, ce qui est favorable à la biodiversité », poursuit la conseillère municipale déléguée. Ces évolutions ne vont pas toujours dans le sens des partenaires de la ville : « Il n'est pas simple d'intégrer du végétal dans les secteurs protégés soumis à l'avis d'un architecte des Bâtiments de France. De même, nos recommandations peuvent parfois entrer en contradiction avec des structures comme l'Agence de l'Eau, qui finance certaines plantations sur la base d'un label végétal local ». De son côté, le service biodiversité de l’Eurométropole de Metz, partenaire du projet Sesame, accompagne également les communes de la Métropole avec l'outil Sesame. Étonnamment, le plus difficile reste encore de convaincre certains habitants que la plantation de nouveaux arbres près de chez eux va leur apporter plus de bénéfices que de contraintes !

Un espace test

Fin 2020, Metz a planté un espace végétal test. Situés à un carrefour très fréquenté et proche de logements, les 4 000 m2 accueillent 100 arbres et arbustes de 14 espèces différentes. « Nous avons sélectionné ces essences en fonction de 2 services rendus : la qualité de l'air et le support de biodiversité, souligne la chargée de projets. Nous allons suivre dans le temps long cet espace pour renseigner l'impact réel de ce filtre végétal ». Après un état zéro avant plantation, le site fait l'objet de campagnes de mesure bisannuelle, au mois de septembre : taux de dioxyde d'azote et de particules fines PM10 en amont et en aval de l'espace test, analyses foliaires pour la présence de métaux lourds et d’hydrocarbures aromatique polycycliques (HAP). De même, un suivi de la biodiversité est réalisé, afin de mesurer l’évolution de la faune et de la flore. Ce suivi bisannuel est cofinancé de 2020 à 2022 par ATMO Grand Est et la fondation UEM (voir encadré). D'autres partenaires seront sollicités ultérieurement, pour permettre la poursuite de ce projet.

Après une première étape (Sesame 1 en 2017-2019), la ville de Metz a sollicité le Cerema pour élargir le périmètre de l'outil. Avec 250 espèces, plus de services étudiés (dont le maintien de la structure du sol et l'apport de nourriture à l'homme) et d’autres contraintes (caractère épineux), Sesame 2 livrera ses conclusions fin 2022. Cette nouvelle étape va aussi diffuser la méthode sur d'autres territoires français et impliquer de nouveaux partenaires, dont la Caisse des dépôts - Banque des Territoires, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) Grand Est, la Direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature (DGALN) ou encore la Métropole du Grand Nancy (voir encadré). Paris, Libourne ou Angoulême travaillent ainsi à des adaptations locales de Sesame avec le Cerema. Fin 2022, l’application Sesame sera disponible dans une version plus ergonomique pour sélectionner les espèces à planter.

Chiffres clés

  • 100 000 arbres et arbustes : objectif de plantation à Metz d'ici 2030 (plan climat ville de Metz)
  • 85 espèces étudiées dans Sesame 1, 250 espèces dans Sesame 2 ;
  • 40 000 € TTC : le coût de Sesame 1 (2017-2019), pris en charge à 50 % par le Cerema, 25 % par la Ville de Metz et 25 % par Metz Métropole ;
  • 165 000 € TTC : le coût de Sesame 2 (2020-2022), avec financement Cerema (35 000 €), Caisse des dépôts (30 000 €), DGALN (40 000 €), de la DREAL Grand Est (21 523 €), de la ville de Metz (20 000 €), de Eurométropole de Metz (10 000 €) et de la Métropole du Grand Nancy (9 000 €).
  • 70 000 € : coût de réalisation de l'espace test, financé à 50 % par le fonds de dotation Air d'ATMO Grand Est et 30 % par la fondation UEM, solde à charge de la ville de Metz.

Commune de Metz

Nombre d'habitants :

116581
1, place d'Armes - J. F. Blondel
57036 Metz

Isabelle Viallat

Conseillère municipale, en charge du bien-être et de la biodiversité

Samia Smaallah

Chargée de projets développement durable et solidaire

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