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Modèle économique, professionnalisation… les grands chantiers de France Tiers-Lieux

Bras armés de la reconquête des territoires et de la lutte contre les fractures numériques, les tiers-lieux font désormais partie intégrante des outils d'aménagement du territoire. Leur pérennité est cependant conditionnée par l'invention d'un modèle économique. Un sujet au cœur des missions de la jeune association France Tiers-Lieux.

À Ambérieu-en-Bugey, le "Lab 01" fait partie des 80 premières "fabriques de territoire" labellisées par le gouvernement (notre article) le 3 février 2020. "Nous ne voulions pas d'un simple espace de coworking mais d'un lieu permettant aux acteurs du territoire de se retrouver. Et pour que la collectivité garde la main sur ce projet, nous avons mis en place une délégation de service public", explique Daniel Fabre, maire d'Ambérieu-en-Bugey et vice-président de la communauté de communes de la Plaine de l'Ain, venu présenter son initiative aux Interconnectés. De fait, le Lab 01, qui arbore le label de fabrique "numérique", réunit en une même enceinte un espace de coworking, un fablab et un living lab pour "inventer et tester de nouveaux usages". Le lieu peut surtout compter sur plus d'une quarantaine de partenaires, allant de la TPE aux institutionnels locaux (mairie, CCI, réseau entreprendre…), en plus des soutiens nationaux (BPI France, Grande école du numérique).

Priorité aux territoires les plus fragiles

Une équation gagnante que l'association France Tiers-lieux aspire à reproduire partout sur le territoire. L'association, créée en novembre 2019, se présente comme le bras armé du conseil national des tiers-lieux, structure de concertation réunissant une soixantaine d'acteurs des "fab lab", "living lab et autres "maker space". Sa mission ? Mettre en œuvre les recommandations du rapport de Patrick Levy-Waitz "Faire ensemble pour mieux vivre ensemble" (lire notre article du 20 septembre 2018) en contribuant à mettre en réseau les espaces et à structurer cette nouvelle "filière". "Nous fédérons aujourd'hui 1.800 à 2.000 tiers lieux à l'échelle nationale. Notre premier objectif est de créer des hubs régionaux ou départementaux, fédérant des grappes de tiers-lieux locaux", explique Yolaine Groult, déléguée générale de la jeune association France Tiers-Lieux. Un rôle de tête de réseau au cœur de l'appel à projets "Fabrique de territoire", qui promet de labelliser 300 lieux d'ici 2021, dont 30 spécialisées sur le numérique. Il n'est cependant pas question d'accorder ce label à n'importe quelle structure. "L'objectif est de labelliser 150 lieux dans des quartiers politique de la ville et 150 en milieu rural" rappelle la déléguée générale.

Assurer la pérennité des tiers-lieux

Un label qui ouvre la voie à des aides de l'État sur le volet immobilier et dans la phase d'amorçage du projet (voir encadré). Le principal enjeu des tiers-lieux est cependant d'exister dans la durée. "Si les espaces de coworking ont su trouver un modèle économique dans les métropoles, celui-ci reste à trouver pour les tiers-lieux situés en zone rurale ou en QPV" souligne Yolaine Proult. L'association, qui anime plusieurs groupes de travail du conseil national des tiers-lieux, travaille sur plusieurs fronts. Tout d'abord la création de "communs" bénéficiant à toutes les structures, comme des foires aux questions juridiques ou des bibliothèques de logiciels libres pour les aider à gérer un espace de travail partagé. Il y a ensuite la formation des animateurs et facilitateurs, l'association planchant sur un référentiel métier et un parcours de formation en lien avec Pôle emploi. Il y a enfin la question des partenariats locaux et nationaux, source de financements mais aussi d'un enrichissement de l'offre de services. "Le tiers lieu peut être une opportunité pour remettre du service public en milieu rural, avec des synergies à créer avec les maisons France service", fait valoir Yolaine Proult. Des synergies auxquelles les territoires ruraux et périurbains ne peuvent que souscrire mais qui passent par une pérennité des financements.

Les aides de l'État

L'État subventionne les tiers-lieux à hauteur de 45 millions d'euros sur trois ans via le programme "Nouveaux lieux, nouveaux liens". Les aides (embauche de salariés, acquisition de matériel, accompagnement de projet...) peuvent aller de 75 à 150.000 euros par espace. Un bonus supplémentaire de 100.000 euros est accordé aux 32 fabriques numériques. Deux autres fonds complètent ce programme : 50 millions apportés par Action Logement pour financer l'investissement pour la création de coworking ou l'aménagement de locaux et 50 millions du fonds d'investissement Amundi/Anru à destination exclusive des quartiers prioritaires de la ville. Par ailleurs, la Banque des Territoires peut intervenir en investissement (en fonds propres et quasi fonds propres) et par un accompagnement en ingénierie dans des projets de tiers-lieux portés par les collectivités.

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