Orientation : un rapport de l'Éducation nationale jette le trouble sur le rôle des régions

Un rapport de l'inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche sur l'orientation reconnaît le caractère souvent illisible de l'information aux élèves, en raison notamment de l'enchevêtrement de nombreux acteurs. Mais ses préconisations ne disent pas un mot sur l'évolution du rôle des régions, cheffes de file des politiques territoriales en la matière.

La loi donne aux conseils régionaux un rôle central dans la politique d'orientation des élèves. Pourtant, on cherchera en vain une trace de leur présence parmi les vingt-quatre préconisations du rapport thématique annuel de l'inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche (IGESR) publié le 22 octobre 2021 et intitulé "L’orientation : de la quatrième au master".

À l'origine de ce rapport, il y a ce constat : "L'observation des parcours de formation révèle la persistance d’un décalage entre l’énoncé d’un principe – l’orientation est le résultat d’un projet personnel que l’élève, ou l’étudiant, mène en fonction de ses aspirations et de ses capacités – et la réalité que vivent, chaque année, nombre d’entre eux."

Faible visibilité

À plusieurs reprises, le rapport souligne que la France se distingue "par la multiplicité des structures et des acteurs qui interviennent dans le champ de l’information et de l’orientation". Et conclut qu'"il en résulte une faible visibilité des politiques publiques en la matière".

À propos de "la coordination des nombreux acteurs censés intervenir auprès des élèves et des étudiants", on lit que "c’est de l’action du plus grand nombre, en particulier les enseignants, appuyée par celle des professionnels de l’orientation, les psychologues de l'Éducation nationale, action par ailleurs convergente avec celle des parents, que l’on peut attendre des avancées significatives en matière d’accompagnement et d’aide à l’orientation". Quelle que soit la pertinence du propos, on constate que les régions sont bien absentes du viseur de l'Éducation nationale. Alors que leur rôle est consacré par la loi.

Aujourd'hui, l’État définit au niveau national la politique d’orientation des élèves et des étudiants et prend les décisions d’orientation et d’affectation. Quant aux régions, elles sont chargées depuis 2015 d'organiser le service public régional de l’orientation par la mise en réseau des acteurs et par la coordination de leurs actions. En 2018, elles ont vu leur compétence en matière d’information sur les métiers et les formations renforcée avec le transfert des délégations régionales de l'Onisep (Dronisep). Pour les rapporteurs, "alors que la nouvelle étape du processus de décentralisation aurait pu être l’occasion d’une simplification des responsabilités respectives des différents acteurs de l’orientation, la loi a complexifié encore le dispositif existant".

Une convergence sans coordination ?

Mais ce dispositif complexe, les rapporteurs ne le remettent pas frontalement en cause. En oubliant les politiques des conseils régionaux dans leurs préconisations, ils prennent le risque d'enclencher une évolution chez une parties des acteurs – ceux dépendant de l'État – sans coordination avec les régions. Ils conviennent d'ailleurs qu'"il ne s’agit pas d’uniformiser le travail effectué dans ce domaine par les opérateurs concernés", tout en reconnaissant qu'il faut à tout le moins "faire converger leur expertise". Or il n'y a aucune trace des moyens de parvenir à cette convergence dans leurs propositions.

Celles-ci naviguent entre poncifs – "identifier les bonnes pratiques en matière d’accompagnement et d’aide à l’orientation au lycée", "généraliser les dispositifs d’accompagnement en première année dans l’enseignement supérieur" – et aveux aussi implicites que déroutants – "intégrer des modules de formation à l’orientation dans le cadre de la formation initiale et continue" – qui révèlent une grave carence dans la formation des enseignants.

Si une des idées préconisées consiste à "mieux coordonner les opérateurs publics en charge de la production et de la diffusion de l’information", à l'heure des propositions concrètes, le rapport ne vise qu'à renforcer le positionnement des acteurs qui interviennent pour le compte de l'État. Comment ? En rationalisant et en harmonisant les outils éditoriaux proposés aux usagers et aux acteurs de l’orientation par l’Onisep et le Centre d'information et de documentation jeunesse (CIDJ). Et si dans l'esprit de l'IGESR les régions étaient destinées à devenir de simples distributeurs de prospectus ?…

 

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