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Pacte vert européen : deux stratégies pour la biodiversité et l'alimentation

La Commission européenne a dévoilé le 20 mai deux stratégies sur la biodiversité et l’alimentation dans le cadre de son pacte vert.

Placer près d’un tiers des écosystèmes terrestres et marins sous protection. Réduire de moitié l’usage des pesticides dans l’alimentation. Tels sont les principaux objectifs des deux premières stratégies – l’une sur la biodiversité, l’autre sur l’alimentation – produites par la Commission européenne dans le cadre de son pacte vert dévoilé le 11 décembre 2019 (pacte qui ambitionne de faire de l’Europe "le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050"). Si la pandémie a quelque peu retardé leur présentation, elle n’a en rien entamé leur utilité, assure Bruxelles. Au contraire. "La crise du coronavirus a montré à quel point nous sommes tous vulnérables et combien il est important de rétablir l'équilibre entre l'activité humaine et la nature", a en effet déclaré le vice-président exécutif chargé du pacte vert pour l'Europe, Frans Timmermans, lors de la présentation de ces stratégies, le 20 mai. Ces deux feuilles de route "se renforcent mutuellement et tissent les liens entre nature, agriculteurs, entreprises et consommateurs", souligne encore la Commission.

Protéger 30% des terres et des mers européennes

La première stratégie baptisée Biodiversité 2030 introduit pour la première fois des objectifs contraignants dans ce domaine au niveau européen, en demandant de placer au moins 30% des terres et des mers européennes en zones protégées. Soit une progression de 4% pour les écosystèmes terrestres et de 19% pour ce qui est des mers. La Commission propose en outre qu’un tiers de ces espaces soient "strictement protégés", soit 10% du territoire européen. Elle envisage aussi des plans de "restauration". 25.000 km de rivières pourraient ainsi être remis en état…

La Commission annonce pour l’an prochain une stratégie dédiée spécifiquement forêt. Elle promet la plantation de 3 milliards d’arbres d’ici dix ans et d’interdire l’importation de tout produit ayant contribué à la déforestation.

Cette stratégie Biodiversité se veut "un élément central du plan de relance de l'UE", "dans la mesure où elle est essentielle pour prévenir l'apparition de futures épidémies". Les actions prévues profiteront aux "communautés locales". Elle bénéficiera de 20 milliards d’euros par an, incluant des financements européens, nationaux ou privés.

De la ferme à la table

La deuxième stratégie s’intitule De la ferme à la table. Là encore, la pandémie a souligné "l’importance d’un système alimentaire solide et résilient", estime la Commission. Et là encore sont prévus des objectifs contraignants. La Commission souhaite "réduire l’utilisation et le risque globaux des pesticides chimiques de 50% et l’utilisation des pesticides plus dangereux de 50% d’ici à 2030".

Autres objectifs : réduire d'au moins 20% les engrais et de 50% les ventes d'antimicrobiens utilisés pour les élevages et l'aquaculture. Bruxelles souhaite par ailleurs porter à 25% la part des terres agricoles en agriculture biologique. Soit plus de trois fois la part actuelle qui, selon Eurostat, se situe en moyenne à 7,5% dans l’Union européenne. Seule l’Autriche parvient aujourd’hui à ce résultat, avec 24,1%, suivie de l’Estonie (20,6%) et de la Suède (20,1%). Avec 7%, la France se situe dans la moyenne. "Il est clair que la transition doit être soutenue par une PAC axée sur le pacte vert", promeut la Commission. Insuffisant pour les organisations environnementales (regroupées en France au sein du collectif Pour une autre PAC) qui aspirent depuis longtemps un renversement de la logique du premier pilier de la PAC reposant encore essentiellement sur les surfaces agricoles. Elles, réclament de conditionner les subventions au respect de l’environnement. La signature d’un accord de libre-échange avec le Mexique en plein confinement a également douché les espoirs d’un véritable changement de paradigme. "Une trop grande part des aides directes ne vont pas aux fermiers ou aux gens qui travaillent la terre, mais aux grands propriétaires terriens, il y a vraiment là un problème que nous devons résoudre", a pourtant reconnu Frans Timmermans, vendredi, lors d'une visioconférence organisée par deux organisations écologistes, Fridays For Future et Youth For Climate. Et de renvoyer la balle aux gouvernements, trop souvent "très réticents parce qu'ils ont peur que ce soit trop lourd pour leurs paysans".

Les deux stratégies devront à présent se traduire dans différentes législations. Ce mercredi, la Commission doit présenter son plan de relance et ses propositions actualisées de cadre financier pluriannuel pour 2021-2027. L’occasion de voir une première traduction de ces engagements ?

 

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