Anne Lenormand

Parcs naturels régionaux : des quinquas pleins de ressources

Environnement

Energie

Cohésion des territoires

Porteurs de l'ensemble des politiques relatives à la biodiversité et au développement durable, les parcs naturels régionaux ont célébré ce 12 octobre à Paris leur 50e anniversaire. A cette occasion, une étude sur la valeur spécifique de leur action a été présentée. Une déclaration conjointe a aussi été signée par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, François Bonneau, président délégué de Régions de France et Michaël Weber, président de la Fédération des parcs naturels régionaux de France pour renouveler l'appui de l'Etat et des régions à la politique des parcs.

Nés d'une "vision utopiste", "les parcs naturels régionaux se sont imposés comme des outils essentiels dans la protection du patrimoine naturel et culturel et sont amenés aujourd'hui plus encore (...) à jouer un rôle clé" dans la transition écologique et solidaire, a déclaré ce 12 octobre Nicolas Hulot à l'occasion de leur 50e anniversaire, en présence de représentants de la région Ile-de-France, de la Fédération des parcs naturels régionaux de France (FPNRF) et de Régions de France. "50 ans, c'est largement l'âge de raison et l'action des parcs naturels régionaux a fait la démonstration de son utilité en montrant que l'on peut concilier énormément d'enjeux économiques, sociaux et environnementaux sur un territoire", a souligné le ministre de la Transition écologique. Nicolas Hulot a aussi vanté la capacité de mobilisation des acteurs – élus, entreprises, associations, citoyens …- "au plus près du terrain" et appelé à leur "mobilisation" contre l'érosion de la biodiversité, "deuxième grande plaie de notre siècle" après le changement climatique.

51 parcs sur 14% du territoire

Sur ce plan, les 51 parcs naturels régionaux, qui englobent 4.300 communes sur 14% du territoire, ont fait la démonstration de leur rôle de pionniers, a-t-il souligné. Ils sont aujourd'hui les premiers opérateurs de sites Natura 2000. Ils ont également été à l'origine des atlas de la biodiversité communale – 16 parcs ont d'ailleurs répondu au dernier appel à projets du ministère sur ce sujet -, du concours Prairies fleuries. Les premières initiatives en matière d'agroécologie et d'agroforesterie sont nées dans les parcs. Plus d'une trentaine d'entre eux ont aussi structuré des filières énergétiques locales, a rappelé le ministre.
Dans les mois à venir, le réseau des parcs doit s'enrichir de quatre nouveaux territoires : Sainte-Baume (Paca), Baie de Somme-Picardie maritime (Hauts-de-France), Aubrac (Auvergne Rhône-Alpes et Occitanie) et Médoc (Nouvelle-Aquitaine). "Des territoires à dominante rurale dont les paysages, les milieux naturels et le patrimoine culturel sont de qualité exceptionnelle mais dont l'équilibre reste fragile", selon leur Fédération.

Des territoires fragiles socialement

Celle-ci a dévoilé le 12 octobre les résultats d'une étude sur la valeur spécifique de l'action des parcs, fruit d'un travail d'enquête mené par une équipe de chercheurs coordonnée par Romain Lajarge, professeur à l'université de Grenoble-Alpes. Cette étude s'attache d'abord à faire ressortir les quatre grandes caractéristiques des parcs. Sur le plan spatial, ils représentent la diversité de l'espace français : les campagnes, elles-mêmes très variées, mais aussi les villes, plus d'un quart de la population des parcs vivant dans des communes urbaines, des petites villes aux métropoles. Sur le plan social, note aussi l'étude, "les parcs sont des territoires fragiles non seulement par la richesse patrimoniale mais aussi parce qu'ils représentent un panel assez représentatif des difficultés que rencontrent les campagnes françaises depuis plus de 50 ans". Ils sont ainsi "caractéristiques des espaces périphériques, avec des difficultés économiques et sociales marquées" comme l'atteste la structure de l'emploi : l'agriculture (2,5%), l'artisanat (7,4%) et la proportion d'ouvriers (23%) dépassent ainsi largement la moyenne nationale (respectivement 1,5%, 6,3% et 20,4%).

Ingénierie de très haut niveau

Sur le plan culturel, "les parcs revendiquent de réinventer la vitalité de leurs territoires en développant une culture de nature pour tous", relève aussi l'étude. Au niveau institutionnel, leur force est d'être "hors cadre", a souligné Romain Lajarge en présentant l'étude le 12 octobre. "Ils ont peu de pouvoirs réglementaires propres mais une forte capacité à faire, autrement dit à convaincre plutôt qu'à contraindre". Ils contribuent ainsi à minimiser les conflits d'usage de l'espace. Autre atout : "ils disposent d'une ingénierie de très haut niveau, instigatrice d'innovation, dans des zones où on en manque", souligne Romain Lajarge.

Un rôle utile d'ensembliers

La deuxième partie de l'étude fait ressortir les spécificités des parcs, à commencer par leurs valeurs. Ils portent ainsi une attention particulière aux "biens communs", au long terme tout en anticipant les mutations et en se donnant la possibilité d'avoir un temps d'avance. Ils savent en outre travailler avec de nombreux partenaires, créer des interdépendances, produire de la réflexion, stimuler l'inventivité et jouer un rôle d'ensembliers sans velléité d'hégémonie, en s'appuyant notamment sur l'intercommunalité. Leur méthode de travail, qui privilégie les maîtrises d'ouvrage partagées et les coportages de projet leur permet de gérer la complexité, de travailler en décalage, de s'adapter aux situations pour inventer des solutions aux problèmes qui leur sont posés.

Artificialisation des sols et étalement urbain limités

Quant aux résultats obtenus, présentés dans la troisième partie de l'étude, ils sont "significatifs". "Les principaux effets directs sont le maintien de la qualité (patrimoniale, environnementale, paysagère, de vie, d'habiter, relationnelle…), du soutien au développement (ingénierie de projet, foisonnement d'initiatives, inventivité dans les méthodes de travail, originalité des solutions…) et de l'éducation des publics (éducation à l'environnement, au développement durable, au territoire…)", détaille l'étude.
Mais l'action des parcs contribue aussi à amplifier d'autres effets. Ils parviennent ainsi à contenir l'artificialisation des sols – "dans les parcs, l'extension des surfaces bâties (logements, équipements, routes…), calculée par le taux d'artificialisation parvient à être contenue dans des proportions environ deux fois moindre que la moyenne nationale (+0,57% / +1,06) entre 1990 et 2012", indique l'étude, précisant que l'écart est encore plus grand avec les pourtours immédiats des parcs (+0,57 / +1,27). En outre, les prix des parcelles de terrains à bâtir dans les parcs sont légèrement supérieurs lorsqu'ils se trouvent sous l'influence d'agglomérations (+7%) mais le sont nettement plus dans les campagnes plus éloignées (+18%), ce constat s'accompagnant d'une baisse du nombre de transactions. "A ce titre aussi, on pourra dire que les parcs sont des ralentisseurs d'étalements urbains", estiment les chercheurs. Ils constatent que la forme de la maison individuelle neuve sur une parcelle urbanisable est moins présente dans les parcs que dans leurs pourtours. Les parcs participent davantage à la requalification urbaine sur des parcelles déjà bâties, notent-ils. 

Force d'innovations

Autres résultats probants des parcs, selon les chercheurs : leur capacité à intervenir sur à peu près toutes les activités relevant de l'occupation de l'espace avec des politiques adaptées (en agriculture, et en sylviculture) ou des programmes liés à leurs spécificités territoriales (en montagne, avec leurs cours d'eau, lacs et marais, le long de leurs littoraux ou dans des régions plus urbaines et densément habitées). Ils sont aussi capables d'amplifier des tendances de fond sur leurs territoires (reconquête de certaines campagnes, modèles de développement économique à base de circuits courts, structure de l'emploi…). Ils ont également une forte capacité de mise à l'épreuve et d'expérimentation, en soutenant et en mettant en valeur les innovations des autres. Comme ils l'avaient fait pour la gestion des déchets, la transition énergétique offre l'un des meilleurs exemples de leur capacité d'entraînement : sur 51 lauréats de l'appel à projets territoires à énergie positive pour la croissance verte, 40 étaient des parcs.

Partenariat renouvelé avec l'Etat et les régions
A l'occasion du demi-siècle des parcs, l'Etat, Régions de France et la Fédération des parcs naturels régionaux de France ont signé le 12 octobre une déclaration conjointe pour renouveler leurs engagements et leur soutien à la politique des parcs. L'Etat exerce ainsi sa compétence de classement des parcs par décret et de garant de leur politique nationale. Il veille au respect des orientations et au caractère prescriptif des chartes et "assure une visibilité budgétaire" sur le financement de la politique des parcs, selon les termes de la déclaration. "A l'initiative de la création et du renouvellement des parcs, les régions assument cette responsabilité en tant que collectivité territoriale chef de file de l'aménagement du territoire et elles assument une part majeure du financement des parcs [50% à l'heure actuelle contre 17% pour les départements, 10% pour le bloc communal et 10% pour l'Etat, ndlr], rappelle notamment le document. "Animatrices et coordinatrices des politiques contractuelles, elles sont le cadre d'harmonisation et d'échange entre les parcs, les agglomérations et les territoires de projet", poursuit-il.
La présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a aussi annoncé lors du 50e anniversaire des parcs que sa région "prendrait à sa charge dès 2018 la part de financement assumée aujourd'hui par les départements de grande couronne pour assurer la pérennité" des quatre parcs naturels régionaux franciliens. Au total, sur les trois prochaines années, "près de 40 millions d'euros" seront engagés, selon la Région. A.L.

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