Haute-Vienne

Pays de Monts et Barrages (87) : réconcilier économie et paysage dans un projet de territoire

Concilier économie, développement rural et aménagement de l'espace tout en obtenant l'adhésion des populations. C'est le défi relevé par ce pays de la Haute-Vienne. Un objectif ambitieux servi par une méthode réussie de gestion participative et la mise au point d'un guide pratique et novateur.

"Ce que je vois le matin en ouvrant mes volets ? Je vois que j'ai beaucoup de boulot !" Aujourd'hui encore, cette réponse fait sourire Yves Michelin, professeur à l'Enita (Ecole nationale d'ingénieurs des travaux agricoles) de Clermont-Ferrand, un des co-auteurs du guide "Le paysage dans un projet de territoire". "Ce guide s'adresse aux aménageurs, aux agents de développement des collectivités, aux conseillers agricoles ou aux naturalistes. Il est le fruit d'une démarche dont l'objectif était de construire, à partir d'un cas concret, une méthode de gestion concertée de l'espace rural, transférable à d'autres territoires. D'une certaine manière, ce guide ouvre une nouvelle voie pour croiser du technique et du non technique." Pour concilier à l'échelle d'un pays rural - en l'occurrence le pays de Monts et Barrages, Haute-Vienne - la gestion du paysage et le développement d'activités économiques aptes à faire vivre ce territoire, il fallait s'entendre au préalable sur la notion souvent mal définie de paysage rural, puis tester des méthodes d'observation et d'analyse, expérimenter des techniques d'animation et de concertation, mobiliser de nouveaux outils et évaluer leur efficacité. Un programme ambitieux mené pendant trois ans par la chambre d'agriculture de la Haute-Vienne, l'Enita et le Crenam (Centre de recherche en environnement et aménagement), grâce au programme interrégional Massif central "Gestion des territoires sensibles en montagne humide".

Un agriculteur ne parle jamais de paysage

"Le projet est né en 1998, alors que l'on découvrait que l'agriculteur n'avait pas seulement un rôle de production mais aussi d'entretien de l'espace, explique Josette Breuil, directrice adjointe de la chambre d'agriculture. Mais un agriculteur ne parle jamais de paysage..." Yves Michelin poursuit : "Nous avons abordé le dossier non par le paysage mais en s'intéressant aux pratiques des agriculteurs. Ensuite, nous avons évalué les impacts, positifs ou négatifs, de ces pratiques. D'où une prise de conscience de l'agriculteur qui comprend, d'une part, qu'il ne s'agit pas d'entretenir le paysage uniquement pour le touriste mais pour lui-même et ses voisins. Et d'autre part que cela valorise son métier et sa production. Autrement dit, en s'occupant de ce qui n'est pas productif, on améliore la productivité, le produit et son image."

Des photos d'identité du paysage

Au terme du travail de recueil d'informations auprès des agriculteurs, l'ensemble des acteurs a été associé. "Au sein de cette plate-forme, explique Josette Breuil, étaient réunis les "producteurs" qui agissent sur le paysage (c'est-à-dire les agriculteurs et les forestiers), les prescripteurs qui peuvent infléchir par leurs décisions l'évolution des paysages (les élus, représentants d'administration) et les utilisateurs (habitants, associations...) qui représentent la demande sociale. Cette plate-forme multi-acteurs constituait l'outil de négociation auquel nous avons combiné deux autres outils : une description objective du territoire que nous avons découpé en secteurs présentant une unité paysagère ; et un outil d'analyse des perceptions." Celui-ci a consisté en la prise de photos par des habitants représentatifs sur cinq thèmes : le paysage identitaire, le paysage intime, le paysage dégradé, le paysage lieu de conflit, le paysage à valoriser. Au cours d'expositions, ces photos ont été présentées à la population, puis aux touristes, le public étant invité à exprimer ses choix quant à la similitude de ses perceptions.


Olivier Jacquinot / Innovapresse Limoges pour Localtis


 

"Concilier développement économique et préoccupations environnementales"


 

Yves Michelin, professeur à l'Ecole nationale d'ingénieurs des travaux agricoles (Enita) de Clermont-Ferrand, est co-auteur du guide "Le paysage dans un projet de territoire".

Quelle définition donneriez-vous du guide "Le paysage dans un projet de territoire" ?

Cet ouvrage propose une base de réflexion, une démarche méthodologique et des outils pratiques pour tous groupes souhaitant développer des démarches participatives pour concilier développement économique et préoccupations environnementales. Autrement dit, apprendre à articuler l'économie avec les autres dimensions d'un territoire.

Ces "démarches participatives" ne sont-elles pas une autre façon d'aborder les rapports sociaux ?

Absolument ! En aidant les gens à définir leurs paysages - au pluriel ! - ils comprennent comment on en est arrivé là, jusqu'où ça peut aller et où on ne veut pas que cela aille. Quand on ne prend pas le temps de faire émerger ces consciences locales, on est dans le rapport de force. On peut arriver à un résultat, mais celui-ci ne s'intéresse pas aux gens.

Le guide - sa démarche - intéresse donc bien au-delà des préoccupations agri-environnementales ?

Et au-delà de la France. Le guide va être traduit pour circuler auprès de confrères enseignants. Dans toute l'Europe, des sociétés locales sont déstabilisées par une ouverture économique brutale et un attachement profond à leur territoire qui a du mal à s'exprimer. Tant que cet attachement n'est pas conscientisé et exprimé, il est surtout source de malaise. Dès lors que l'émotion instinctive devient une émotion consciente, c'est un levier époustouflant de dynamisme.
 


 

La démarche participative a déjà fait ses preuves


 

Dans le pays de Monts et Barrages, la démarche participative sur le thème "Le paysage dans un projet de territoire" n'a pas constitué une première.

"Nous avions déjà eu une telle approche sur l'eau", explique Dominique Traineau, animateur au syndicat Monts et Barrages. Il est vrai que l'eau est omniprésente sur les 32 communes qui constituent ce pays de 856 km2, peuplé de 21.415 habitants et traversé par trois rivières qui se jettent dans la Vienne. "Mais nous avons acquis des méthodes, des techniques d'animation très utiles. Par exemple l'enquête photographique suivie des expositions, qui constituent une autre enquête, auprès des habitants ainsi que des touristes. Ou le système cartographique avec ses unités paysagères qui permettent d'établir des diagrammes. Nous allons utiliser l'ensemble de ces outils pour élaborer notre charte architecturale et paysagère. D'abord, avec toutes les composantes de la population, définir l'identité architecturale et paysagère du pays. Puis élaborer, toujours ensemble, les préconisations." Avec la quasi-certitude que celles-ci ne soient pas vécues comme des contraintes absurdes et sans fondement.
 

 

Pas une méthode pour une méthode


"Au sein de la plate-forme, chaque groupe a pu exprimer ses avis sur le paysage, sa gestion et son évolution, explique Josette Breuil, directrice adjointe de la chambre d'agriculture. Le fait de réunir des gens de divers horizons, avec des attentes différentes, et de les laisser s'exprimer, permet à chacun de découvrir les contraintes des autres. Le dialogue qui s'instaure permet d'aboutir à une solution négociée. Il ne s'agissait pas d'une méthode pour une méthode mais pour aboutir à un plan d'action, essentiellement agri-environnemental. Nous avons ainsi pu établir un contrat type de CTE (contrat territorial d'exploitation) puis de CAD (Contrat d'agriculture durable) territorialisés." Avec un certain succès puisque, sur les 850 CTE ou CAD conclus en Haute-Vienne, une centaine l'ont été dans le pays de Monts et Barrages. Succès également pour le guide dont le tirage initial a vite été épuisé. "Nous pensions intéresser les chambres d'agriculture, justifie Josette Breuil. Mais les parcs naturels régionaux, les écoles qui traitent de paysage, des élus - parfois de très petites communes - nous le réclament. Alors nous faisons un nouveau tirage."
 

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Nombre d'habitants : 21400
Nombre de communes : 32

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