Pendant la crise sanitaire, des gains de productivité concentrés en Île-de-France

La France a "plutôt bien géré la crise Covid" en 2020-2021 en matière d'emploi, de PIB et de santé financière des entreprises. C'est ce que nous apprend le troisième rapport du Conseil national de la productivité (CNP) publié le 16 mai 2022. Mais les gains de productivité, tout comme les avancées en matière de télétravail, se concentrent surtout en Île-de-France.

"En comparaison des autres pays, la France a plutôt bien géré la crise en 2020-2021 du point de vue de l’emploi, du PIB, de la mortalité et de la santé financière des entreprises." Le troisième rapport du Conseil national de productivité (CNP) "Productivité et compétitivité : analyses conjoncturelles et structurelles post-Covid", hébergé à France Stratégie, publié le 16 mai 2022, analyse le niveau et l’évolution de la productivité et de la compétitivité de l’économie de la France en comparaison avec les autres États membres de la zone euro. Et les résultats établis sont donc plutôt positifs : la reprise a été comparativement plus forte en France que dans les autres pays européens du groupe. La France est un des premiers pays à rattraper son niveau de PIB d’avant-crise à l’été 2021. Autre point positif : la situation de l’emploi s’est améliorée en France par rapport à la situation de pré-crise, en matière de taux de chômage (7,4% fin 2021 contre 8,1% fin 2019) et d’emploi total (il est supérieur de 1,1 point dès le troisième trimestre 2021). "La France se caractérise notamment par une baisse très faible du taux d’emploi, même pendant la première vague", détaille le rapport. Elle apparaît dans la moyenne en termes d’impact sanitaire et de conséquences sur la dette. Le pouvoir d’achat des ménages s’est quant à lui rétabli, du fait de la reprise de l’emploi notamment. Il a dépassé le niveau d’avant-crise au troisième trimestre 2021, "une situation plus favorable que celle observée en moyenne dans les autres pays européens", signale le document. Et la baisse du pouvoir d’achat avait été moins forte durant la crise (-1,3%). Au total, en prenant en compte la hausse des prix de la consommation, "le pouvoir d’achat des ménages par unité de consommation a progressé nettement en 2021 de 2,3% après avoir marqué le pas en 2020 (0,4%)", insiste France Stratégie.

Des gains de productivité concentrés en Île-de-France

Reste que les gains de productivité enregistrés sont principalement concentrés dans une seule région en France : l’Île-de-France (c'est aussi une des régions à avoir été les plus impactées par la baisse d'activité, notamment du fait du tourisme international et du tourisme d'affaires). La région est la seule à afficher un taux de croissance de la productivité par tête supérieur à 1% par an, contre six régions en Suède, cinq en Allemagne et en Espagne, et deux au Royaume-Uni. "Hors Île-de-France, les régions françaises restent toutefois plus homogènes en termes de productivité et de croissance que celles des autres pays européens", tempère le rapport. Ces gains de productivité sont principalement tirés par les activités scientifiques, techniques et administratives, puis le commerce, les transports, l’hébergement et restauration, la construction et les produits informatiques, ces secteurs regroupant une part importante de l’emploi (presque la moitié en France). "Les secteurs qui portent la croissance de la productivité nationale sont aussi ceux qui expliquent en grande partie les divergences de productivité entre territoires", indique le rapport, ces secteurs se concentrant dans la région-capitale au détriment des autres régions, où l’impact de la désindustrialisation sur la productivité est à l’inverse plus importante. "En France, le secteur des activités immobilières semble avoir contribué à la dynamique de productivité dans toutes les régions, souligne le document, en revanche, la croissance de l’emploi dans les activités scientifiques et techniques, au niveau de productivité élevé, a été beaucoup plus prononcée et donc porteuse de gains de productivité en Île-de-France". Et la région-capitale a aussi été celle qui a le plus tiré parti de la croissance des secteurs du commerce, transports, hébergement et restauration.

Du télétravail surtout en Île-de-France

Les trois régions françaises dont la croissance de la productivité est la plus faible sont la Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Est et le Centre-Val de Loire. Elles combinent une baisse plus marquée de l’industrie que sur le reste du territoire et une contribution plus faible des secteurs liés aux activités scientifiques, techniques et administratives, commerce, transports, hébergement et restauration. "La contribution du secteur information et communication y a aussi été plus faible que dans les autres régions", détaille France Stratégie. Parmi celles, en dehors de l’Île-de-France, qui s’en sortent bien : les Hauts-de-France, qui affichent une croissance de la productivité légèrement sous 1%, la Corse, les Pays de la Loire et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Pour le CNP le recours au télétravail a permis de limiter la baisse de productivité. C’est encore la région Île-de-France qui en a le plus tiré profit. En moyenne chaque semaine en 2021, 56% des salariés habitant à Paris ont télétravaillé, contre 36% de ceux habitant dans le reste de l’Île-de-France et 10% seulement des salariés habitant dans les DOM et dans les communes très peu denses de France métropolitaine, hors Ile-de-France. "Ces résultats sont notamment représentatifs des différences de qualification des emplois entre les territoires : parmi les salariés résidant à Paris, plus de 60% sont cadres, environ six fois plus que dans les DOM et dans les communes très peu denses de France métropolitaine hors Île-de-France", signale le document.
Le télétravail fait partie de sources de gains de productivité. Le CNP estime que la proportion de télétravailleurs pourrait passer à 25% d'ici vingt ans (contre 5% avant la crise) et qu'il générerait entre 5 et 9% de productivité. 
Le CNP aborde aussi la question de la fiscalité et plaide pour une poursuite de la baisse des impôts de production entamée avec le plan de relance. Une baisse de 5 milliards d'euros augmenterait "de 2,3% la probabilité qu'une entreprise localise un centre de production en France". Une baisse au niveau de l'Allemagne "augmenterait cette probabilité d’environ 25%".

 

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