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Plan de relance : les acteurs de la transition écologique soufflent le chaud et le froid

Les mesures de verdissement du plan de relance, qui mobilisent 30 milliards d'euros, ont été diversement appréciées par les acteurs de la transition écologique. Si le Haut Conseil pour le climat a relevé une "inflexion bienvenue vers la transition bas carbone" et le think tank I4CE y voit "un bon début", les ONG environnementales les jugent encore loin de la transformation nécessaire à leurs yeux.

Malgré les 30 milliards d'euros prévus pour l'écologie, le plan de relance présenté ce 3 septembre par Jean Castex a suscité des réactions très mitigées de la part des acteurs de la transition écologique.
Le Haut Conseil pour le climat a salué dans un tweet "une inflexion bienvenue vers la transition bas carbone" et le fait qu'il reprenne certains éléments recommandés dans ses rapports. "L'évaluation de son impact carbone est un progrès notable, a-t-il noté. L'enjeu réside désormais dans la mise en œuvre et le suivi".

"Un bon début"

Le think tank I4CE (Institute for Climate Economics) y voit "un bon début" : "les montants alloués à la rénovation énergétique des bâtiments, à la mobilité ou à la production d’énergie correspondent, dans les grandes lignes, aux besoins de financements publics additionnels identifiés par I4CE avant l’été", estiment deux de ses chercheurs, Louise Kessler et Quentin Perrier . "Un bon début (…), mais un début seulement, tempèrent-ils toutefois : l’argent mobilisé devra permettre un vrai changement d’échelle en préparant les filières bas-carbone de demain, en particulier celle de la rénovation énergétique ; il devra être pérennisé, voire augmenté après 2022 ; et le gouvernement devra compléter son plan de relance par des mesures de soutien aux acteurs de la transition bas-carbone afin de préserver leurs capacités d’investissement."

"Quelques pas en avant, mais plusieurs pas en arrière"

Du côté des associations environnementales, le scepticisme l'emporte largement. "Ce plan de relance révèle encore une fois l’ambiguïté du gouvernement en matière de transition écologique : quelques pas en avant, mais plusieurs pas en arrière. Malheureusement, cette politique du 'en même temps' ne permettra pas à la France de respecter ses objectifs climatiques", a déclaré Meike Fink, responsable transition climatique juste au Réseau Action Climat. "La balle est dans le camp des parlementaires pour augmenter l’ambition et la cohérence du plan de relance et rendre le budget global de la France pour 2021 plus vert et juste."
"Le plan de relance est une opportunité historique d’investir enfin massivement pour la transition écologique et sociale, a estimé pour sa part Jean-Baptiste Lebrun, directeur du Cler – Réseau pour la transition énergétique. Les annonces du gouvernement contiennent quelques pas dans la bonne direction mais cela reste encore insuffisant, sur les montants, la durée et dans les modalités précises de mises en œuvre. Pour le transformer en nouvel élan, il faudra en même temps s’ajuster en faisant des investissements réellement efficaces, et surtout se préparer à accélérer et amplifier les pas suivants. Les énergies renouvelables sont par exemple les grandes absentes de ce plan, alors même que nous sommes très en retard sur nos objectifs et que le gouvernement consacre plusieurs milliards sur d’autres filières pour lesquelles il n’y a ni stratégie, ni objectifs de développement démocratiquement débattus et décidés."
"En l’état, les potentielles avancées entraînées par les investissements ‘verts’ du plan de relance risquent d’être rapidement annulées par toutes les aides supplémentaires prévues dans les secteurs polluants, sans aucune contrepartie.", a regretté Cécile Marchand, chargée de campagne climat et acteurs publics aux Amis de la Terre France. "Baisser aveuglement les impôts de production, c’est donner les mêmes marges de manœuvre à une entreprise solidaire et un gros pollueur, sans se poser la question de quelle réindustrialisation nous souhaitons (…), a pointé Quentin Parrinello, responsable de plaidoyer chez Oxfam France. Cette baisse dont le coût pour les finances publiques inquiète jusqu'à la Banque de France risque d'être payé par les plus vulnérables, premières victimes de la crise. Il faut conditionner la relance à des objectifs sociaux, environnementaux, climatiques et fiscaux."
"Le plan de relance, bien que contenant des avancées attendues depuis trop longtemps, notamment en faveur du rail, est également porteur d’erreurs majeures : absence d’étude d’impact environnementale, entêtement nucléaire, fuite en avant techno-numérique sans prise en compte du principe sanitaire de précaution et des effets rebond énergétiques et matériels, pour n'en citer que quelques-unes, a regretté Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement. Par ailleurs, ce plan n’est pas non plus à la hauteur du côté du financement des moyens humains nécessaire à la transition énergétique et écologique de notre économie : nous avons besoin d'ingénierie dans les territoires, mais aussi d'éducateurs, d'inspecteurs, d'enquêteurs et d'une justice spécialisée. Peut-on se payer le luxe d'un autre coronavirus avant d'agir en ce sens ?"

"Plan de relance à l'envers"

"Le gouvernement nous propose un plan de relance à l’envers plutôt qu’un plan de relance vert, fustige Clément Sénéchal, chargé de campagne politiques climatiques à Greenpeace France. Offrir des milliards aux industries polluantes - via des baisses d’impôts ou des aides à la relocalisation - sans la moindre conditionnalité environnementale revient en effet à renflouer un modèle productif incompatible avec les limites planétaires. De même, investir dans de fausses solutions au nom du 'verdissement', comme l’hydrogène non-renouvelable, le nucléaire, l’agriculture de précision, la 5G, l’avion vert, les voitures thermiques neuves ou les SUV électriques, relève de l’anachronisme."
"Le gouvernement va à rebours de l’histoire en finançant tout et son contraire : l’agroécologie, l’agriculture bio, et 'en même temps' des pratiques qui viennent accroître la pression sur les terres, nuisent à l’emploi agricole et à la souveraineté alimentaire (biocarburants, soutien à l’agriculture de précision, produits biosourcés), juge pour sa part Manon Castagné, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat au CCFD-Terre Solidaire. Par ce refus d’orienter clairement ses investissements, ce plan nuit à la nécessaire transition agroécologique."
Pour Amandine Lebreton, directrice du plaidoyer de la fondation Nicolas-Hulot (FNH), "si les 30 milliards d’euros dédiés à la transition écologique et les soutiens à quelques secteurs d’avenir comme le rail et la rénovation énergétique des bâtiments sont un signal encourageant", l'association regrette que le gouvernement "ne donne pas toutes les garanties pour accélérer enfin la transition écologique et sociale." "Plusieurs conditions auraient permis d’assurer une cohérence politique du plan, illustre-t-elle : sanctuariser 20 milliards d’euros d’investissements publics par an jusqu’en 2030 pour la transition écologique, instaurer des contreparties aux soutiens publics et notamment aux impôts de production, pas un euro pour les projets néfastes pour la biodiversité et le climat, un suivi de la mise en œuvre par le Haut Conseil pour le Climat… Il n’en est rien".

Réactions plus positives du côté des usagers des transports

Côté mobilités, le plan de relance suscite des réactions plus positives. Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), note des efforts "notables" de la part du gouvernement sur le "vélo quotidien", "avec un quadruplement du budget annuel par rapport au plan vélo de 2018". "Vu l'engouement exceptionnel des Françaises et des Français, qui considèrent à juste titre le vélo comme un geste barrière, nous espérons que les collectivités locales saisiront la perche tendue, que ce soit en continuant dans leur lancée post-confinement (pérennisation des aménagements "de transition"), ou en s'y mettant grâce au plan de relance, a-t-il déclaré. Nous espérons que le gouvernement incitera celles qui ne l’ont pas encore fait à s’y mettre, notamment en zones moins dense, et confirmera sa promesse d’aider à massifier le stationnement sécurisé, notamment en gare."
La Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) s'est félicitée, par la voix de son président, Bruno Gazeau, de "l’effort réel pour les transports publics avec une enveloppe conséquente pour les vélos, RER métropolitains, extensions, tramway, bus, métro et intermodalité". "Les crédits de régénération du ferroviaire sont conformes aux programmes de SNCF Réseau, confirmés pour les CPER lignes régionales, a-t-il détaillé. Des ouvertures réelles sont faites pour le fret et des engagements pris pour les trains de nuit, l’accessibilité en gare et les passages à niveaux. D’autres chantiers sont en cours et suivis avec attention, pour la recapitalisation des entreprises de transport, la réduction de leur endettement et les compensations Covid". "Mais cet effort, pour important qu’il soit, doit encore s’inscrire dans la durée de la décennie pour mettre à niveau les infrastructures actuelles, réaliser celles d’un aménagement réclamé du territoire et trouver son financement dans l’adoption d’une fiscalité plus écologique," a-t-il prévenu.

 

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