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Population - Politique de la ville : les QPV se font vieux

Dans sa lettre "En bref", le Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) publie les résultats d'une étude intitulée "Vieillissement de la population : un processus qui touche aussi les quartiers prioritaires de la politique de la ville" (QPV). Ces territoires qui se sont longtemps caractérisés par la jeunesse de leur population sont aujourd'hui touchés à leur tour par le vieillissement. Or, comme le souligne le CGET, "cette évolution n'est pas sans conséquence sur la politique de la ville, historiquement tournée vers la jeunesse".

Les plus de 60 ans sont aujourd'hui aussi nombreux que les 15-24 ans

Globalement, la population des QPV reste nettement plus jeune que la moyenne nationale, puisque quatre habitants sur dix ont moins de 25 ans, contre trois sur dix pour l'ensemble de la France (QPV compris). Mais elle vieillit et la part des plus de 60 ans progresse : 11,9% en 1990, 14,1% en 1999, 15,5% en 2010 (contre 23% en moyenne nationale). Les QPV comptent désormais près de 500.000 habitants de 60 à 74 ans et 263.000 de 75 ans et plus. Conséquence : avec 757.000 personnes en 2010, les plus de 60 ans sont aujourd'hui aussi nombreux que les jeunes de 15 à 24 ans, alors qu'ils n'en représentaient que les deux tiers en 1990.
Cette population âgée des QPV présente aussi certaines caractéristiques propres. Ainsi, alors que les femmes dans ces quartiers sont plus nombreuses que les hommes dans la tranche d'âge 15-59 ans (notamment du fait des familles monoparentales), la proportion s'inverse entre 60 et 74 ans - sans doute en raison de déménagements une fois ces femmes arrivées à l'âge de la retraite ou après le départ des enfants du foyer -, puis s'inverse à nouveau à partir de 75 ans (du fait de la plus grande longévité des femmes). Ces écarts pourraient toutefois se réduire car, dans les QPV, la part des personnes âgées progresse beaucoup plus vite parmi les hommes que parmi les femmes. Passée de 7,4% à 10,1% entre 1990 et 2010, la part des hommes rattrape quasiment celle des femmes (10,2%).
Autre spécificité du vieillissement dans les QPV : les personnes étrangères sont surreprésentées parmi les seniors : elles constituent en effet 25,4% de la tranche d'âge 60-74 ans, contre 18,8% tous âges confondus.

Un vieillissement qui pèse sur la rotation du parc HLM

Ce vieillissement de la population des QPV a plusieurs conséquences. Il entraîne tout d'abord une augmentation de la part des ménages isolés : 36,7% des ménages des QPV contre 34% pour la moyenne nationale. Le CGET insiste sur les conséquences sociales de cette situation, sous la forme d'un isolement des femmes âgées (56% des ménages concernés), d'autant plus prégnant qu'il se cumule avec une grande précarité. Dans le parc social des QPV, 80% des ménages âgés de plus de 65 ans appartiennent à la moitié la plus modeste de la population et 47% appartiennent même au premier quart des personnes les plus pauvres.
Autre conséquence, qui pèse sur les bailleurs sociaux : le vieillissement réduit la mobilité résidentielle, ce qui pèse sur la rotation du parc. D'où la tentation, à laquelle n'échappe pas le gouvernement actuel, de pousser ces personnes à libérer leur logement pour une surface plus réduite. Un raisonnement rationnel en termes de politique du logement, mais qui risque de se payer par un taux accru de dépendance, un changement d'environnement, surtout s'il est plus ou moins contraint, se révélant souvent très déstabilisateur pour une personne âgée.

Les personnes âgées fortement sous-représentées dans les actions de la politique de la ville

Tous ces chiffres sur les QPV sont des moyennes nationales. Mais l'étude du CGET affine aussi son approche territoriale en analysant la situation particulière de certains quartiers. Ainsi, "dans une centaine de ces quartiers, plus d'un habitant sur quatre a plus de 60 ans, proportion identique à certains bourgs ruraux que l'on sait vieillissants". Au total, ce sont même 194 quartiers, soit 15% des QPV, qui se distinguent par une représentation des 75 ans et plus supérieure à la moyenne nationale. Ces quartiers fortement vieillissants sont géographiquement très concentrés. Un tiers d'entre eux se situent en effet dans les Hauts-de-France et en Occitanie.
Face à cette évolution démographique, la politique de la ville n'est pas restée les bras croisés, même si elle peine encore à développer des réponses globales. Le CGET en veut notamment pour preuve la prise en compte du vieillissement dans la plupart des contrats de ville 2015-2020. Mais cette prise en compte se traduit encore très peu en termes de programmation. Sur les 29.220 actions financées en 2016 dans le cadre des contrats de ville, seules 2% concernent exclusivement des personnes âgées (même si 20,5% des actions financées "touchent au moins une personne de plus de 65 ans"). Ces dernières se retrouvent ainsi sous-représentées aussi bien en termes de publics touchés que de budgets mobilisés.

 

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