Pour limiter les flux aux heures de pointe, Rennes Métropole joue sur le temps (35)

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Claire Lelong
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Environnement

Energie

Ille-et-Vilaine

Rennes était confronté à l'engorgement des rames de métro aux heures de pointe du matin. Plutôt que d’acheter des rames supplémentaires, Rennes Métropole a préféré convaincre la principale université d'expérimenter des horaires décalés de début de cours. Pic de pointe atténué, fréquentation moyenne augmentée, confort et sécurité des voyageurs améliorés… Un succès que Rennes Métropole tente de dupliquer.

En 2009, sept ans après son inauguration, le métro rennais est victime de son succès. Un phénomène de pic de fréquentation apparaît entre 7h40 et 8h du matin avec un service moins performant et une image de marque qui s'en ressent. "Plusieurs millions d'euros auraient été nécessaires pour l'acquisition de rames de métro supplémentaire permettant d'augmenter la cadence, sans que ce ne soit une solution durable, l'augmentation des infrastructures ne faisant qu'encourager les usages", explique la responsable du "bureau des temps" à Rennes Métropole, Catherine Dameron. La collectivité décide donc de privilégier une solution temporelle, organisée en quatre étapes : un diagnostic chiffré de la situation, une concertation avec les différents générateurs de temps, une expérimentation, suivie d’une évaluation.

Dresser un diagnostic précis

"Changer de paradigme en passant d'une analyse des flux à une analyse des temps, c'est le principe d'une démarche temporelle, précise la responsable du bureau des temps. Et en jouant sur les comportements, on crée de nouvelles habitudes de mobilités, qui ont un impact durable." Pour cela, Rennes Métropole a travaillé avec le service de transports urbains de Rennes Métropole et Kéolis, délégataire et opérateur du métro rennais, pour mieux comprendre comment se décomposait la fréquentation horaire du métro, notamment sur le tronçon allant du centre-ville à la station Villejean-Université, particulièrement concerné. L'analyse s'est opérée en entonnoir : point de vue annuel, puis pendant et hors vacances universitaires, puis à la semaine et enfin en décomposant les heures de la journée. Cette analyse s'est opérée à la fois à partir des données "billétiques" de compostage et de comptages de terrain.

Convaincre les générateurs de temps de jouer collectif...

En parallèle de ce diagnostic, la collectivité a mis autour de la table les principaux "générateurs de temps", clients du service de transport public sur le tronçon de métro congestionné : le CHU, les deux universités, deux lycées et une école d'infirmières. "L'objectif était de leur faire prendre conscience qu'ensemble ils formaient un système et de les convaincre qu'ils avaient chacun intérêt à jouer collectif, pour le confort de leurs propres usagers car il en allait également de leur attractivité."

... et déterminer celui dont l’action aura le plus d’effet

Rapidement, l'analyse cible l'université de Rennes 2, qui dispose de bataillons importants d'étudiants, entrant en cours à heure fixe. Car de leur côté, les salariés du CHU embauchaient à horaires variables et l'arrivée des patients était échelonnée. Quant aux autres utilisateurs, ils étaient plus marginaux. "À un moment, il y a eu un véritable déclic des responsables de l'université, qui nous a permis d'avancer et de lancer une expérimentation", souligne la chargée de mission. Le bureau des temps a également concerté le Crous, les mutuelles étudiantes et les élus étudiants.

Mener une expérimentation et l'évaluer

En 2012, après deux ans de travail commun, l'université de Rennes 2 décide d’expérimenter le décalage partiel des cours : au lieu d'une entrée unique à 8h15, les étudiants de licence 1 et 2 (environ 8.000 étudiants) rentreront à 8h30, ceux de licence 3 et master (6.000 étudiants) conservant l'horaire de 8h15. L'université signe également une charte qui l'engage à informer les partenaires de tout changement d'horaire qu'elle pourrait décider ultérieurement. Pour mesurer l'impact de l'expérimentation, le délégataire de transport compare les chiffres de fréquentation horaires avant (diagnostic) et après expérimentation.

Confort amélioré pour les usagers

Avec des résultats probants : 5% de fréquentation en moins aux heures d'hyper-pointe alors que la fréquentation globale augmentait, 17% de baisse de la charge des rames, disparition de la saturation de l'escalier de sortie du métro vers l'université et confort retrouvé. "Nous n'avons pas été les premiers à expérimenter ce type d'approche : Montpellier et Poitiers l'ont tenté avant nous. Mais ce qui nous a donné beaucoup de crédit, c'est cet effort d'évaluation de l'action", note la chargée de mission. En 2013, l'expérimentation a été reconduite et définitivement adoptée par Rennes 2.

Pas simple de dupliquer

Forte de ce succès, Rennes Métropole poursuit ses travaux temporels en matière de déplacements et travaille actuellement sur une zone d'activités. "L'expérimentation menée en 2012 n'est pas si simple à dupliquer, note quand même la chargée de mission. Lorsque les générateurs de temps ont des horaires libres comme beaucoup d'entreprises et que les salariés se déplacent principalement en voiture, le diagnostic est moins évident et il faut chercher d'autres marges de manœuvre temporelles."

Les bureaux des temps
Une vingtaine de collectivités travaillent les questions temporelles en France, pour partie regroupées au sein de l'association Tempo territorial. L'association a pour objet de sensibiliser les collectivités territoriales aux enjeux temporels et à la pertinence d’intégrer dans leurs actions cette nouvelle politique publique transversale, gage d’égalité entre les citoyens et de bien vivre ensemble. Elle favorise aussi l’échange, le partage, l’apprentissage, la mutualisation et la coopération entre acteurs des démarches temporelles territoriales. En partenariat avec Territoires Conseils, elle organise début 2019 un séminaire à ce propos.

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Katja Krüger

Adjointe déléguée aux temps de la ville

Catherine Dameron

Responsable du Bureau des temps
temps@rennesmetropole.fr
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