Presqu’île de Gâvre, Lorient : combattre en douceur l’érosion côtière (56)

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par
Victor Rainaldi
dans

Environnement

Morbihan

L’érosion côtière et la montée des eaux due aux changements climatiques menacent l’intégrité de la presqu’île de Gâvre dans l’agglomération de Lorient. Des travaux de protection douce engagés en 2012 et optimisés par une série de perfectionnements en cours de réalisation vont stabiliser et sans doute améliorer la situation.

À l’entrée de la rade de Lorient, la presqu’île de Gâvre (700 habitants) est un lieu exceptionnel labellisé Grand Site de France en 2018. La commune du même nom était autrefois un village de pêcheur. Reliée au continent par une route construite sur le tombolo (cordon littoral sablonneux) dans les années 1940, elle base son activité économique, essentiellement touristique, sur son port de plaisance et ses 17 km de plage.

Une emprise foncière de l’armée

"Ce petit coin de paradis a été préservé de la spéculation foncière et de la promotion immobilière grâce à l’emprise foncière du ministère des Armées", révèle la vice-présidente en charge de l’environnement de Lorient agglomération, Armelle Nicolas. "Mais la presqu’île n’en est pas moins sujette depuis toujours à l’érosion côtière."

La tempête de 2008 : un tournant

Sous l’effet de la hausse du niveau de la mer et de l’érosion, le trait de côte reculait bon an mal an de quelques dizaines de centimètres. Mais la tempête de 2001, puis celle de 2008 qui provoqua une submersion marine et d’importants dégâts, poussent les autorités locales à renforcer la protection du littoral et des constructions dont certaines sont situées sous le niveau de la mer.

Disparition progressive du sable

Les études commanditées par la communauté d’agglomération constatent une disparition progressive du sable avec un risque de mise en danger des biens et des personnes si rien n’est fait pour prémunir le littoral de la houle.

Travaux utiles mais imparfaits

"Ces études qui proposaient plusieurs scénarios de travaux nous ont aussitôt conduit à faire des choix", explique la vice-présidente à l’environnement. "Nous avons retenu la solution qui recommandait notamment la pose de deux épis de bois et l’apport de sable pour compenser les pertes." Ces travaux ont lieu en 2012 et font l’objet d’un suivi scientifique.

Phénomènes hydrosédimentaires complexes

S’ils permettent à la presqu’île de résister aux tempêtes de 2014, ils rompent la continuité du cordon littoral qui se sépare en deux plages distinctes en raison de mouvements du sable différents. En 2015, Lorient agglomération passe une convention avec l’université de Bretagne Sud et son laboratoire Géosciences pour conduire des études plus poussées.

De nouveaux travaux optimisent les protections existantes

Ces études analysent à nouveau les mouvements du sable face aux différents aléas et observent un suivi topographique régulier de la plage. Leurs conclusions aboutissent à élaborer un plan de protection qui corrige et optimise les aménagements préexistants pour mieux amortir la puissance de la houle et rétablir la continuité de la plage.

Épis et dunes

Ces travaux aujourd’hui en cours consistent à réduire les épis installés en 2012 et à en implanter trois autres pour maintenir le sable tout en permettant le passage des baigneurs entre des rondins en bois. En complément, des alignements de casiers et de ganivelles vont être installés en haut de la plage pour consolider la dune qui sera aussi rehaussée à l’extrémité de la digue.

La communauté d’agglomération en première ligne

Ces travaux sont portés par Lorient agglomération dans le cadre de la compétence Gemapi et du programme d’actions de prévention des inondations (Papi) qui lui préexistait. Leur coût s’élève à 300.000 euros financés par la communauté. Précisons que les différents documents d’urbanismes et la loi Littoral ont limité, à de très rares exceptions près, les possibilités de construction sur la presqu’île.

Paysage préservé

Ces travaux risquent-ils de dénaturer le paysage classé Grand Site de France en 2018 ? Non, selon la vice-présidente en charge de l’environnement : "Ils devraient au contraire l’améliorer et le protéger. Par exemple, en canalisant la circulation des touristes, nous limiterons leurs empiétements ce qui permettra à la végétation dunaire de repousser et assurera une meilleure tenue du sable. Par ailleurs, la solution des épis de bois se fond mieux dans le paysage que celle des enrochements qui génèrent en outre un renforcement de l’érosion côtière en amont et en aval."

Démarche participative et coopérative

L’ensemble de la démarche de protection du littoral comporte une dimension participative. Les études comme les projets de travaux ont été présentés aux élus de Gâvre, et des réunions publiques ont permis d’informer et de solliciter l’opinion des habitants. Ceux-ci vont s’impliquer dans le suivi des travaux en relation avec les services de l’Agglo et de l’Université de Bretagne Sud. Ils formeront une sorte d’observatoire au quotidien en prenant des photos et en procédant à leurs propres observations.

Consolider la route construite sur le tombolo

Par ailleurs, la route (RD 158), construite sur le tombolo, doit être rénovée et consolidée par le département en coopération avec Lorient agglomération. L’étude préalable est actuellement en cours.

Préserver un site exceptionnel

Malgré leur pertinence ces travaux ne peuvent être considérés comme une solution définitive, précise cependant la vice-présidente : "Les effets de l’érosion et des changements climatiques auront nécessairement des conséquences difficiles à prévoir à moyen et long terme." Mais en attendant, les solutions adoptées devraient préserver ce site exceptionnel.

 

Lorient Agglomération

Nombre d'habitants :

207000

Nombre de communes :

25
CS 20001
56314 Lorient Cedex

Armelle Nicolas

Vice-présidente de Lorient agglomération chargée de la prévention des risques et de la protection des espaces naturels
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