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Prévention des inondations : des Papi dans la fleur de l'âge

Dans la vie d'un territoire exposé à ce risque, l'élaboration d'un programme d'actions de prévention contre les inondations (Papi) représente une étape importante à franchir. Quelques jours après les fortes crues ayant frappé le Gard, puis les Alpes-Maritimes, le ministère de la Transition écologique a organisé le 13 octobre à Paris une journée nationale de prévention des inondations. L'occasion de faire le point sur ces Papi et de livrer quelques conseils aux collectivités qui les portent.

Si deux mots devaient définir les programmes d'actions de prévention contre les inondations (Papi), il faudrait choisir équilibre et réalisme. "Equilibre dans la planification des travaux prescrits, cohérence à l’échelle du bassin versant et avec d’autres contrats ou projets de prévention existants, et prise en compte des enjeux agricoles et environnementaux", a détaillé Daniel Marcovitch, co-président de la commission mixte inondation (CMI), en ouverture de la journée nationale de prévention des inondations organisée le 13 octobre à Paris par le ministère de la Transition écologique. Et réalisme car avant d’être examiné et labellisé par cette même commission, qui comprend un collège représentant les collectivités, une analyse coût-bénéfice fondée sur les dommages évités est demandée depuis près de dix ans, ce qui aide à évaluer la pertinence d’une politique de prévention des inondations. "La capacité du porteur de projet à faire face à ses engagements dans le temps est d'ailleurs un critère surveillé de près", ajoute l’ancien président de l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs. 

Capitaliser malgré les différences

En effet, le coût de tels programmes peut vite enfler. Le Papi de Nîmes (Gard), venu renforcer un programme antérieur et dont la seconde génération (Papi II) remonte à 2015, dépasse les cent millions d’euros. C’est plus du double pour le programme francilien (Papi de la Seine et de la Marne franciliennes, 2013-2019), porté par l’EPTB cité plus haut et qui devrait être prochainement relayé par une seconde version. En France, parmi les 171 Papi déployés et qui couvrent plus de 12.000 communes, la diversité règne, aucun ne ressemble vraiment à un autre. "Mais nous partageons des problématiques et dans l’élaboration comme la réalisation d'un Papi, il n’est pas contre-productif, au contraire, de s’inspirer des autres", suggère Denis Thuriot, maire de Nevers (Nièvre).

Une idée pas tombée à l'eau... du côté du ministère : dans les prochains mois, ce dernier prévoit de lancer une plateforme pour capitaliser tous les Papi labellisés et ainsi aider les collectivités à y puiser l'inspiration. Pour en revenir à Nevers, la préparation du Papi (2017-2022, 23 millions d’euros) y a pris appui sur une étude du risque inondation. De portée globale et confiée dix ans plus tôt à un urbaniste - et non à un ingénieur hydraulique - elle a contribué à élargir l’horizon. L’agglo en est la structure porteuse mais le département, une commune voisine (Saint-Eloi) et bien sûr l’Etat sont dans la boucle, "car on ne part pas seul dans une telle aventure", insiste ce maire qui copréside par ailleurs depuis peu la CMI. 

Autre constat pointé durant la journée, la nécessité de communiquer au maximum envers la population pour améliorer la connaissance et la conscience du risque. Nevers a par exemple mis en place un portail dédié et consacre 300.000 euros à cet effort d’acculturation des habitants. Et la communauté d'agglomération Cannes Lérins, frappée fin 2015 par une meurtrière crue éclair, plus de 500.000 euros dans son nouveau programme 2021-2026 (animation scolaire, ambassadeurs et maison du risque, campagne annuelle de sensibilisation et enquêtes de perception), précédé d’un Papi d’intention.

Nécessité du portage politique

Le maintien de l'implication des élus dans le portage de la démarche est aussi essentiel. "Sans portage politique, point de salut", résume-t-on à Cannes. Les relations de l’agglo avec les services déconcentrés de l’Etat et l’implication de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) y sont pour beaucoup dans la réussite des programmes. Alors qu’en moyenne, l'élaboration d’un Papi prend de six à huit ans, l'exemple cannois montre que cette durée peut être réduite à quatre. Un bon élève aux yeux du ministère, lequel espère accélérer la gestation des Papi en nommant pour chacun d’eux un référent unique chargé d’accompagner les collectivités tout au long de la procédure. Une fois élaborés, l’examen par la CMI pourrait être réservé aux programmes de plus de 20 millions d’euros, là où le seuil est pour l’heure fixé à 3 millions d'euros. Les plus petits, soit les trois-quarts des Papi, seraient validés à l’échelle non nationale mais du bassin versant.

Sortir des postures

Enfin, il reste à déplorer, comme l'a souligné Evence Richard, le nouveau préfet du Var, "un réel défaut d'anticipation dans certaines démarches et une tendance à conduire les opérations les unes après les autres, ce qui au final ralentit les choses". Le Var est un département couvert par six Papi et deux programmes interdépartementaux. Pour mettre tout le monde autour de la table – plus de 150 communes varoises sont couvertes par des Papi - une conférence départementale tiendra sa troisième réunion dans les semaines à venir. "C'est un bon outil pour partager des expériences entre des collectivités qui portent un Papi, mais pas forcément au même stade. Elle rassemble les services de l'Etat, ce qui pousse à coordonner leurs réponses. Et comme les élus se sentent dans l'obligation de préparer une telle réunion, on sort des logiques d'incantation et on y tranche plus efficacement sur du concret", conclut le préfet.

 

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