Rennes : les archives en lecture virtuelle

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Tourisme, culture, loisirs

Ille-et-Vilaine

Préserver ses archives, c'est aussi respecter et alimenter la mémoire collective. Une tâche prise au sérieux à la municipalité de Rennes. Depuis plus d'un an, la base de données du service d'archives de la ville est consultable, gratuitement, sur un site conçu avant tout comme un outil de travail.

"C'est la mémoire qui fait notre identité", écrivait Voltaire. Un principe qui s'applique tant au plan individuel qu'à l'échelle sociale. Et, pour préserver l'authenticité d'une mémoire collective, il est essentiel de disposer de services publics chargés d'archiver les données du passé. Longtemps dévolue à l'Etat, cette compétence a fait l'objet d'une décentralisation en 1983. Principal changement : l'essentiel des anciennes attributions de l'Etat a été transféré aux départements désormais contraints "d'accueillir les archives des services extérieurs de l'Etat établis dans le département, ainsi que les autres archives publiques que les communes sont tenues ou choisissent de déposer", précise le texte daté du 22 juillet 1983.
Pour les services régionaux ou communaux, la réforme aura peu de conséquences car, étant propriétaires de leurs archives, ils étaient déjà autorisés à les conserver eux-mêmes, sauf cas exceptionnels notifiés dans la législation. Pour les services d'archives, à tous les échelons territoriaux, le défi majeur visera plutôt à s'adapter à l'évolution rapide des technologies. L'heure de gloire du microfilm fut de courte durée. Aujourd'hui l'ère est plutôt celle de la numérisation. Il convient donc d'aboutir à une substitution progressive du papier par l'administration électronique et "d'éviter, aux générations qui nous succéderont, une véritable amnésie électronique", soulignait, en juin dernier le ministre de la Culture.

Rennes, une ville pionnière

Le service des archives de la municipalité de Rennes ne s'est pas contenté de "conserver, trier, classer, inventorier et communiquer les archives publiques et privées", comme prévu par la loi. Depuis sa création en 1968, il a toujours cherché à innover au nom d'un accès plus démocratique aux documents historiques. Dans les années 70, les archives les plus consultées sont d'abord stockées sur microfilms. Un procédé vite délaissé en faveur du CD-Rom. "Notre politique de numérisation a commencé en 1997", se souvient Catherine Laurent, conservatrice en chef des archives municipales. A cette époque, les plans et les microfilms sont numérisés et consultables dans la salle de lecture prévue à cet effet. Cet effort, loin de les contenter, donnera lieu à de nouvelles initiatives et, fin 2001, les membres du service d'archives décident, en accord avec la mairie, d'étendre encore le cadre de diffusion et de faciliter l'accès, pour le plus grand nombre, à la base de données. En 2002, le site internet est créé non pas "comme une vitrine, précise Catherine Laurent, mais comme un véritable outil de travail pour les chercheurs et les particuliers". En mai 2003, la consultation en ligne des documents numérisés devient opérationnelle. Et en septembre, l'innovation franchit un nouveau pas : la consultation d'un document permet d'en étudier le contenu mais aussi de visualiser le document, en photo, de telle manière que l'internaute a le sentiment d'avoir le fichier original en face de lui.

Un boom de la consultation

La navigation du site n'exige aucune connaissance pointue des procédésinformatiques. Un "clic" sur "Recherche de documents" donne accès aux différents types de dossiers proposés. Une icône permet de savoir rapidement si une photo y est associée. "Nous sommes le seul service municipal à proposer une consultation en ligne", souligne fièrement la conservatrice en chef. Plus répandu à l'échelle départementale, le système est généralement payant. A Rennes, ce service est offert gratuitement afin de favoriser une démocratisation de l'offre culturelle.
Depuis son lancement, l'initiative a connu un succès notable. Près de 350 connections sont enregistrés chaque jour et plus de 10% des internautes restent sur le site une demi-heure ou plus. La salle de lecture, équipée de deux lecteurs-reproducteurs de microfilms et de sept ordinateurs, est elle aussi très fréquentée. Outre les chercheurs et les étudiants, les demandes des particuliers n'ont cessé d'augmenter. Elles concernent en majorité des recherches généalogiques. "Les importants mouvements migratoires au cours du siècle dernier peuvent expliquer ce phénomène, note Catherine Laurent. Beaucoup de gens sont aujourd'hui à la recherche de leurs racines." Depuis le mois de mars, le fonds des archives municipales de Rennes s'est encore enrichi de nouvelles pièces, au profit des chercheurs et des internautes. 1.000 références ont été ajoutées et le site héberge 3.520 documents numérisés supplémentaires.

Verbe pour Localtis

"Les archivistes français se sont complètement adaptés à l'évolution des technologies"

Henri Zuber est le président de l'Association des archivistes français.

Quelles sont les principales missions de l'association que vous présidez ?
Nous devons servir de relais à la politique centrale de l'Etat, à la fois auprès des collectivités territoriales - qui sont aujourd'hui en mesure de mettre en oeuvre de véritables moyens en faveur des archives -, mais aussi auprès des entreprises qui représentent des gisements fabuleux en termes de constitution d'archives. Nous essayons également d'engager un dialogue avec les pays voisins desquels nous avons certainement beaucoup à apprendre. Dernièrement, nous avons tenu un colloque transfrontalier avec nos collègues belges. Des actions ont aussi été menées en partenariat avec les Suisses et nous gardons des contacts privilégiés avec les Catalans, pour ne citer que quelques exemples. Cet aspect devrait encore être développé dans les prochaines années.

Que pensez-vous du projet de modification de la loi de 1979 ?

Depuis dix ans, le gouvernement prévoit de modifier cette loi. L'objectif vise notamment à obliger les administrations à ne pas se réfugier derrière le secret permanent et à garantir un accès plus large encore aux archives nationales. La loi de 1979 garantissait déjà une ouverture assez grande. Le texte modifié devrait accentuer cet aspect : tous les dossiers seront accessibles, sauf cas exceptionnels prévus par la loi visant par exemple à protéger les secrets d'Etat. Les délais d'accès aux archives eux ont aussi seront revus à la baisse. Ainsi, au lieu d'attendre 30 ans pour consulter certains documents, le délai sera porté à 25 ans. La proposition est intéressante. Nous la soutenons car elle va dans le sens d'une plus grande ouverture.

Les archivistes français se sont-ils correctement adaptés à l'ère de la numérisation ?

Ils se sont complètement adaptés à l'évolution des technologies ! Sur plusieurs sites d'archives départementales, les documents sont aujourd'hui directement accessibles en ligne. Je pense notamment à la Sarthe ou à la Savoie qui peuvent, à cet égard, être cités comme départements modèles. Au cours de ces dix dernières années, des progrès considérables ont été accomplis. La formation continue est un élément déterminant dans cette adaptation car le métier a changé. Notre association propose une cinquantaine de formations par an, il en va de même, par exemple, à la Direction des archives de France. En outre, les formations actuelles ont bien intégré les éléments de la numérisation. Les jeunes sont donc bien préparés. Pour les plus âgés, la formation continue est indispensable. 

Une politique nationale en faveur des archives

L'absence d'une politique nationale en matière d'archives a valu au gouvernement les foudres des associations regroupant les professionnels du secteur. La création d'un nouveau Centre des archives nationales et le projet de modification d'une loi datant de 1979 devraient changer la donne.

"Les coupes budgétaires sont sévères, la situation aux Archives nationales, pour les archivistes comme pour les lecteurs, catastrophique. Nul ne sait combien de temps il faudra pour sortir de cette crise profonde due à des décennies de désintérêt", alertait, dans un communiqué daté de mars 2003, l'association baptisée "Une cité unie pour les archives nationales". Un appel qui a finalement été entendu par le gouvernement. Au printemps dernier, le président de la République donnait son accord pour la construction d'un nouveau Centre des archives nationales afin de remédier à la saturation des locaux actuels. Le lieu a également été arrêté : le futur bâtiment sera construit en Seine-Saint-Denis, sur la commune de Pierrefitte. Le 29 octobre, le jury du concours d'architecture opérait une présélection. Sur 96 équipes, 5 ont été retenues. Elles devront proposer un projet d'ici à 2005. Le choix final est prévu au printemps prochain, pour une livraison du bâtiment en 2009.
Ce nouveau centre permettra de collecter les archives de l'Etat pour les 30 années à venir. Il devra en outre conserver et communiquer au plus grand nombre les archives centrales de l'Etat depuis 1790, celles antérieures à cette date restant au centre historique des archives nationales à Paris. Pour un coût de 119 millions d'euros, le bâtiment disposera d'une capacité de stockage de 320 km linéaires.
Un projet de loi modifiant celle du 3 janvier 1979 relative aux archives est également à l'étude. Il portera notamment sur les dispositions concernant l'accès aux archives, jugé aujourd'hui trop limité par les professionnels du secteur. Pour Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, les archives nationales devront, à l'avenir, "être largement ouvertes avec l'adoption du principe de la communication immédiate".

Aller plus loin sur le web :
 
Le site du service des archives de Rennes donne accès à leur base de données et à d'autres informations relatives au service et ses activités.
http://www.archives.rennes.fr
 
Direction des archives de France
http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/

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