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Education - Rentrée scolaire 2013 : les régions gonflées à bloc

L'ARF a profité de la rentrée scolaire pour faire le point sur les changements qui attendent les régions en matière d'éducation et de formation professionnelle. Grandes gagnantes de l'ouverture du monde de l'enseignement aux collectivités locales voulue par les récentes lois Peillon et Fioraso, très confiantes dans les nouvelles compétences promises par le deuxième projet de loi sur la décentralisation, les régions seraient à la fois renforcées et volontaires.

"C'est maintenant qu'il faut investir dans l'éducation et la formation. Ça c'est le rôle de l'Etat, c'est l'Education nationale. Mais en même temps, si nous n'avons pas l'appui des collectivités territoriales, si nous n'avons pas l'engagement des collectivités territoriales, alors une grande partie de ce que nous voulons faire ne pourra pas réussir", déclarait Jean-Marc Ayrault le jour de prérentrée scolaire, lundi 2 septembre, au lycée professionnel Henri-Gaudier-Brzeska, à Saint-Jean-de-Braye (Loiret). "C'est vrai en particulier pour la formation professionnelle où les régions sont le partenaire évidemment premier", ajoutait-il.
Message reçu, et relayé, à l'Association des régions des France (ARF) qui tenait deux jours plus tard une conférence de presse sur le thème "Les régions et l'an I de la refondation de l'école". François Bonneau, président de la région Centre et de la commission Education de l'ARF, a démontré avec enthousiasme combien "en matière d'éducation et de formation professionnelle, la région occupe une place particulière et croissante".

Compétence renforcée en formation professionnelle

C'est vrai, donc, pour la formation professionnelle. Avec la loi de refondation de l'école, les régions arrêteront désormais la carte des formations professionnelles initiales, qu’elles soient en lycée professionnel (et agricole) ou en apprentissage, après un dialogue avec les autorités académiques. "Un travailler ensemble intelligent [sic]", croit François Bonneau.
Cela permettra de "traiter de manière globale l’offre des formations professionnelles, en fonction des besoins des jeunes et des territoires et au regard des moyens disponibles", se félicite l'ARF. Et cela dans une vision ni "localiste" ni "adéquationiste", promet François Bonneau, choqué à l'idée que l'on puisse accuser un président de région de définir les formations uniquement en fonction des débouchés à court terme auprès de ses entreprises locales.
Concrètement, le document pourrait comprendre un volet prospectif global, avec des objectifs chiffrés à 3 ou 5 ans (+10% de places dans telle ou telle formation…), et une actualisation annuelle qui posera les engagements de la région et du rectorat.
L'ARF assure que les régions et les recteurs sont déjà au travail - certaines depuis fin 2012 - et que les premières cartes sortiront pour l'année scolaire 2014-2015.
L'association d'élus s'attend également à ce que le deuxième projet de loi sur la décentralisation ou le projet de loi sur la formation professionnelle gravent dans le marbre "des compétences renforcées [pour la région] en matière de pilotage de l’apprentissage en particulier et de la formation professionnelle en général, allant dans le sens du service public régional de la formation tout au long de la vie". 

Mise en place annoncée du service public régional d’orientation

L’ARF réclamait que la région devienne le chef de file des politiques d’accueil, d’information, d’orientation et d’accompagnement sur son territoire, dans le cadre d’un service public régional d’orientation (l’éducation à l’orientation en collège et en lycée restant de la compétence de l’Education nationale, tandis que l’orientation et l’aide à l’insertion professionnelle des étudiants continuent à relever de l’enseignement supérieur...)
Car pour elle, "le principal problème en matière d’information des jeunes et des adultes vient du nombre important d’acteurs". Et de lister "plus de 8.000 points d’information sur l’orientation sur le territoire national : CIO, missions locales, Pôle emploi, réseau Information jeunesse, Apec, Fongecif, Agefiph-Cap emploi, maisons de l’emploi, cités des métiers, services et opérateurs des collectivités, établissements d’enseignement et organismes de formation, chambres consulaires, associations…).
Ce ne serait pas si grave s'il n'y avait pas, en plus, "l'absence d’un pilotage organisant la coordination et donc la cohérence des services, des dispositifs et des interventions au profit des jeunes". "C'est le brouillard, c'est le bazar ; le jeune, le citoyen ne s'y retrouvent pas", tempête François Bonneau.
Mais tout cela, c'est bientôt du passé, puisque le deuxième projet de loi sur la décentralisation prévoit que les régions coordonneront presque tout (en fait, tout ce qui n'est pas du ressort de l'Education nationale).
Sans attendre la loi, une expérimentation est prévue cette année scolaire dans huit régions, dans le cadre du pacte de compétitivité et du plan d’action pour la jeunesse. Il s'agit des régions Aquitaine, Bretagne, Centre, Limousin, Pays-de-la-Loire, Rhône-Alpes, Auvergne et Poitou-Charentes.
Le deuxième projet de loi sur la décentralisation prévoit également que les régions seront à terme chargées de la coordination des acteurs chargés des "décrocheurs", via le pilotage des "plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs".

Numérique éducatif : "Le problème, ce sont les usages, pas les machines"

En matière de développement du numérique éducatif, "le problème, ce sont les usages, pas les machines", assure François Bonneau, citant l'Insee (en 2013, le nombre moyen d’élèves par ordinateur est de 2,6 en lycée d'enseignement général et technologique et de 2 en lycée professionnel) et les divers investissements financés par les régions dans les vidéoprojecteurs et les tableaux numériques interactifs, les clés USB, les laboratoires de langues ainsi que le déploiement des ENT (environnements numériques de travail).
Mais si 72% des lycées publics disposent de ces portails web qui mettent en ligne des ressources et services numériques, administratifs ou pédagogiques, en direction des élèves, des parents et des personnels, "les usages restent bien en deça", déplore l'ARF. La "faute" à "une réelle coopération entre les différents acteurs (ministères, collectivités, opérateurs publics, privés, associatifs...), à une répartition claire des responsabilités et d’un effort suffisant en matière de formation et d’accompagnement des personnels". Tout pourrait donc changer avec les promesses de la loi pour la refondation de l'école, notamment en termes de formation et d’assistance pédagogique des enseignants.
L'ARF est beaucoup moins enthousiaste sur l'article de la loi qui met à la charge des régions la maintenance des matériels et des logiciels des lycées (article 23) et demande toujours une compensation financière de l'Etat. Le débat serait toujours "ouvert", assure François Bonneau. Autre voie de financement envisagée : les régions pourraient proposer et organiser la mutualisation de personnels entre plusieurs lycées, dans le cadre des futures conférences territoriales de l'action publique envisagées par le projet de loi de modernisation de l'action publique territoriale.

Vers des "internats de la réussite"

A la rentrée 2012, plus de la moitié des lycées d'enseignement général et technologique (LEGT) et des lycées professionnels (LP) avaient un internat. Un sujet non négligeable pour l'ARF, qui travaille aujourd'hui avec le gouvernement au concept des futurs "internats de la réussite". Ces internats d'un type nouveau, en rupture avec celui d'"internat d'excellence" lancé en 2008, s'inscriront dans le cadre du nouveau programme des investissements d'avenir annoncé par le Premier ministre le 9 juillet dernier.
Les régions, qui assurent depuis 2005 les missions de restauration et d’hébergement des élèves en internat (entretien et fonctionnement des locaux), entendent être associées aux projets académiques et aux politiques de recrutement des établissements "afin d’oeuvrer en matière de mixité sociale, de réussite scolaire et d’accès à une offre de formation diversifiée".
Enfin, avec la loi de refondation de l’école, la région peut signer le contrat d’objectifs jusque-là conclu uniquement entre le lycée et l’autorité académique. Le document transcrira de manière très concrète les responsabilités de la collectivité : mise en application des objectifs de la carte des formations, développement du numérique éducatif, restauration scolaire (approvisionnement, pédagogie de l'alimentation…), internat, ouverture à l'international, ouverture de l'établissement sur son environnement…
Une convention-cadre devrait se formaliser dans le cadre d'une phase d'expérimentation. Les premières seraient signées pour l'année scolaire 2014-2015.

 

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