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Rester solidaire à l'heure du confinement : communes, associations et citoyens s'organisent

Alors que des règles de confinement strict sont désormais en vigueur pour une période indéterminée, les acteurs de la solidarité, dont les communes et les associations, déploient depuis lundi de nouveaux modes d'action et adaptent leurs pratiques habituelles. Maintien du lien avec les personnes isolées et fragiles, maraudes, aide alimentaire, soutien scolaire… autant de domaines où il s'agit de maintenir la continuité du service, tout en garantissant la protection des salariés associatifs, bénévoles, agents publics et celle des personnes fragiles. Collectivités et associations pourront également compter sur les solidarités de voisinage et autres mobilisations citoyennes qui ont commencé à se mettre en place ces derniers jours. 

Comment respecter les mesures de confinement sans abandonner les personnes les plus isolées et vulnérables ? C'est la question à laquelle sont désormais confrontés les acteurs de la solidarité, associations, collectivités, et en premier lieu les communes et leurs centres communaux et intercommunaux d'action sociale (CCAS et CIAS).

Une réunion téléphonique sur la "mobilisation des associations et des bénévoles dans le cadre de la crise Covid-19" a eu lieu le 17 mars entre quatre membres du gouvernement – Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, et les secrétaires d'État Gabriel Attal et Christelle Dubos – et "les grands acteurs associatifs de la solidarité, de la lutte contre l’exclusion et de l’aide d’urgence". À l'ordre du jour : comment "inventer", à l'invitation du président de la République, "de nouvelles solidarités" dans le contexte inédit de crise sanitaire que nous abordons. Avec comme objectif affiché de "coordonner les actions entre grandes associations et la mobilisation des Français qui souhaitent s’engager".

Si le gouvernement n'a pas souhaité communiquer à l'issue de ces échanges, c'est probablement parce que cette coordination est encore loin d'être effective, tant les événements se sont accélérés ces derniers jours. "À la vitesse à laquelle tout cela évolue, on est obligé de s'adapter quasiment au jour le jour", a témoigné Benoît Calmels, directeur général de l'Union nationale des CCAS et CIAS (Unccas), interrogé par Localtis. De son point de vue, la réactivité des communes et de leurs CCAS, "qui trouvent eux-mêmes des solutions sur le terrain", ne fait pas de doute. La plupart des CCAS demeurent ouverts physiquement, avec un filtrage téléphonique leur permettant de n'accueillir que les personnes devant impérativement se rendre sur place – pour venir chercher un "bon de secours" ou un "bon de couches" par exemple – et cela dans le respect des mesures de protection. Les CCAS dont les locaux sont fermés restent joignables par téléphone.

Téléphoner aux personnes vulnérables comme en plan Canicule

Pour maintenir le lien avec les personnes les plus fragiles – personnes âgées, handicapées, sans domicile fixe -, beaucoup de CCAS ont d'ores et déjà adopté une pratique en vigueur en cas de plan Canicule : téléphoner très régulièrement à une liste de personnes identifiées. L'occasion de prendre des nouvelles, d'apporter une information fiable et mise à jour, de répondre aux questions et, surtout, de "rassurer", selon Benoît Calmels. Certains CCAS ont également pris l'initiative d'élargir le portage de repas ou de proposer un service de courses à domicile. "Normalement on n'a pas le droit de récupérer de l'argent, donc il faut que ce soit bien géré, mais on est dans une situation où il faut de la souplesse et la plupart du temps les préfets sont souples", ajoute le directeur de l'Unccas.

La ville de Paris faisait savoir ce 18 mars qu'elle lançait un recensement des "personnes fragiles et isolées", avec une attention particulière pour celles "dont les aidants rencontrent des difficultés pour être à leurs côtés". Les gardiens des logements sociaux et des immeubles privés seront pour cela mis à contribution et les informations devront remonter au centre d'appel 3975 de la capitale.

Du côté des communes rurales aussi, les maires se mobilisent, avec des orientations suggérées par l'Association des maires ruraux de France : "Communiquer mon numéro de portable aux administrés, l'adresse mail mairie et mon mail perso ; imprimer des attestations de déplacement et les mettre à disposition en mairie ; ravitailler les personnes vulnérables en nourriture".

Des plateformes pour organiser l'entraide de proximité

Par ailleurs, un peu partout, des solidarités de voisinage se mettent en place spontanément ou avec les encouragements et le soutien d'associations telles que Voisins solidaires, les Petits Frères des pauvres – qui appelle notamment à diffuser son numéro d'écoute et de soutien téléphonique pour les personnes de plus de 50 ans souffrant de solitude et d'isolement - ou encore Monalisa (Mobilisation nationale contre l'isolement des aînés). Voisins solidaires a rapidement diffusé un kit "Coronavirus : et si on s’organisait entre voisins ?", invitant les habitants d'un immeuble ou d'un même quartier à davantage communiquer entre eux, à rester attentifs aux plus fragiles et à rendre des services.

À côté des affichages spontanés en bas d'immeuble et autres annonces postées sur les réseaux sociaux, des plateformes visant à coordonner les bonnes volontés citoyennes sont également en cours de déploiement. Rapidement médiatisée, la plateforme d'initiative citoyenne enpremiereligne.fr aurait mobilisé près de 30.000 volontaires en quelques jours. Sur sa plateforme de mobilisation citoyenne, la ville de Bordeaux a ouvert un module "Entraide Covid-19" permettant aux habitants de proposer différentes aides en se géolocalisant – garde d'enfants, courses (alimentation, pharmacie…), garder le lien avec les personnes isolées… Les associations en recherche de bénévoles peuvent ensuite contacter ces personnes ou publier des demandes spécifiques.

En s'inspirant de celle de Bordeaux, la ville de Grenoble devrait prochainement lancer sa propre plateforme "Grenoble voisins voisines". Elle indique par ailleurs s'investir dans d'autres démarches de solidarité : distribution de repas, renforcement de l'accès aux douches municipales, initiatives en direction des femmes battues, lancement d'un "festival en ligne" avec partage d'archives cinématographiques et culturelles…  

Continuité de l'aide alimentaire : des solutions possibles avec les communes

Pour les nouveaux entrants des solidarités de proximité comme pour les acteurs historiques, il s'agit cependant d'adapter scrupuleusement les pratiques au nouveau cadre de protection qui s'impose à tous. Cela impose par exemple aux structures accueillant des jeunes en service civique de se passer temporairement de la présence de leurs volontaires, dès lors que le cadre de protection n'est pas assuré, comme le précise l'Agence du service civique dans un communiqué du 16 mars.

Du côté de l'Afev, réseau d'entraide et de soutien scolaire, les étudiants bénévoles sont appelés à "suspendre leur accompagnement individuel en présentiel" mais à maintenir le lien avec le jeune accompagné par téléphone, messageries et autres outils numériques.

Mais c'est pour ceux qui viennent en aide aux plus démunis que la recherche d'équilibre entre protection sanitaire et continuité des missions s'avère la plus délicate. "Nous continuons d’assurer nos maraudes chaque soir, en effectif très restreint et respectueux de toutes les mesures de protection et d’hygiène", illustre par exemple le Secours populaire de Paris dans un communiqué du 18 mars. Quant à l'aide alimentaire, elle est désormais assurée "sous la forme de colis d’urgence remis sur rendez-vous échelonnés pour limiter les regroupements", par "de petites équipes de salariés volontaires et de bénévoles". Et d'autres solutions, telles que le portage à domicile, sont étudiées.

Auprès de l'Unccas, trois cas d'impossibilité de poursuivre l'aide alimentaire sont jusque-là remontés. Dans un des cas, le lieu ne permettait pas la mise en place des mesures de protection et la mairie a pu fournir une salle municipale plus adaptée. Dans une autre situation, c'est le CCAS qui a pris le relais d'une association ne souhaitant pas poursuivre. "Nous incitons nos adhérents à être attentifs à cette question-là, à se rapprocher des associations concernées pour recenser d'éventuels problèmes et proposer des solutions", ajoute Benoît Calmels. L'important étant pour lui de laisser les communes s'organiser comme elles le souhaitent, "sans circulaire complexe et techniquement inapplicable". Même si, de son point de vue, "une fois que ce sera fini, il serait bien de prévoir un plan de continuité de la réponse sociale, avec des procédures claires". Pour préparer davantage les acteurs sociaux à faire face à des crises de telle ampleur, et limiter l'impact sur les populations les plus précaires.

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