À Rieulay, un espace naturel et de loisirs aménagé sur l’ancien terril des Argales (59)

Soixante ans d'exploitation minière avaient créé le plus grand terril du Nord au cœur de Rieulay. La commune, épaulée par l'établissement public foncier Nord-Pas de Calais et le département du Nord, a transformé ces 140 hectares en vaste espace naturel.

Sur le terril des Argales à Rieulay (1.348 habitants, département du Nord), le crapaud calamite et le lézard des murailles - espèces protégées - ont pris leurs aises, le petit gravelot se reproduit, tout comme le triton alpestre, protégé lui aussi. Des milliers d’oiseaux y font étape lors de leurs migrations. Le terril abrite aussi une mosaïque de végétations allant des "champs de cailloux" aux roselières, en passant par des espaces boisés. Mais sur le terril, on croise aussi vététistes, randonneurs équestres et personnes à mobilité réduite, qui profitent de circuits aménagés. Nageurs et pêcheurs ont accès à un étang. Des usages multiples qui sont le fruit d'un projet d'aménagement exemplaire débuté il y a 30 ans.

  • Initiative communale de reprise en main de son territoire

À la fermeture des mines voisines en 1970, Rieulay fait face à une montagne de "déchets miniers” stockés à seulement 50 mètres de la mairie. Ce terril s’étend sur 140 hectares. Ré-exploité à partir de 1975 (voir encadré), il connaît de profonds remaniements de terrain, qui remettent à jour la nappe phréatique. C'est là que Daniel Mio, élu maire en 1977, essaie de reprendre main sur le territoire municipal, après des années passées à subir les choix des entreprises minières. Souhaitant créer un espace de loisirs et de découverte de la nature en bordure du centre-bourg, il obtient, à l'essai, que le terril soit creusé pour y réaliser un étang de pêche. Cette première remise en état installe un nouveau paysage. Dix ans plus tard, à l'heure de la cession de Charbonnages de France et de ses filiales, la commune de Rieulay acquiert les 10 hectares les plus proches du bourg. Le reste devient propriété du nouvel établissement public foncier (EPF) du Nord-Pas-de-Calais, créé pour requalifier les grands sites industriels et miniers désormais à l'arrêt. La poursuite de la ré-exploitation du terril va alors se faire dans le cadre d'un plan guide concerté entre la commune de Rieulay, le département du Nord et l'EPF, "bras armé" des collectivités en tant que porteur foncier et aménageur.

  • D’un côté les loisirs, de l’autre la nature protégée

"Pour le programme de réaménagement, nous sommes partis des intentions des futurs repreneurs fonciers, souligne Guillaume Lemoine, ingénieur écologue à l'EPF. La commune souhaitait développer l'offre de loisirs et touristique, en lien avec les associations locales. Le département voulait préserver le site au titre des espaces naturels sensibles. Nous avons articulé au mieux ces attentes." Une gradation d’espaces a ainsi été agencée, du plus anthropique au plus naturel, afin de permettre de "maximiser la biodiversité du site," souligne l'écologue. En témoigne l'étang de 30 hectares, "scindé" en deux : d'un côté l'espace ornithologique en continuité d'une roselière, de l'autre, les usages humains (baignade, voile et pêche) qui prolongent une plage de sable. Acté au plan local, ce programme a ensuite été validé par la "commission des terrils" garante de la cohérence de la reconversion des 2.000 hectares de terrils du Nord-Pas-de-Calais qu’anime l’EPF, où est présent en autres, à côté des collectivités et du CPIE "La Chaîne des terrils",  la mission Bassin minier, agence de développement et dépositaire depuis 2012 du label Unesco Bassin minier, au titre de "paysage culturel évolutif vivant". En 2007, la renaturation complète du site s'est achevée par la cession foncière aux collectivités : un tiers du terril est désormais communal, deux tiers appartiennent au département du Nord. 

  • Espace naturel de qualité, 200.000 visiteurs à l'année

Plus de dix ans après la fin du réaménagement, le terril est un espace naturel de grande qualité, suivi et gardienné en coordination : les gardes départementaux des espaces naturels sensibles sont installés sur place, le Conservatoire national botanique de Bailleul est en charge de l'inventaire de la richesse floristique et le centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE) la Chaîne des Terrils assure le monitoring global du site, dans le cadre d'un programme européen Interreg. Quelque 2.000 scolaires profitent chaque année d'animations nature sur place. Les touristes se voient proposer des visites guidées à vélo électrique par l'office de tourisme intercommunal Coeur d'Ostrevent. L'été, la commune embauche également un surveillant de baignade. Avec ses 200.000 visiteurs à l'année, le terril des Argales est devenu un site majeur de promenade et de loisirs, dans une région très urbanisée et aux espaces verts limités. Cette fréquentation a permis l'implantation d'une brasserie et d'une pizzeria dans le village. En 2014, un chevrier a aussi rejoint le site : ses chèvres pâturent sur des terrains départementaux, sa ferme pédagogique accueille scolaires et familles et l'on peut déguster les produits de la chèvrerie dans un resto-bar à la ferme ! 

"Il y a trente ans, on n'aurait jamais imaginé une telle réussite !", conclut Marc Delecluse, maire de Rieulay. À tel point que la commune fait face à une vraie saturation en termes de stationnement l’été et a dû embaucher un policier municipal. Pour le maire donc, l'enjeu est désormais de gérer l'accueil du public à la bonne échelle, non pas celle d'une commune de 1.400 habitants, mais probablement celle de l'intercommunalité.

Brève histoire minière de Rieulay

Il n'y a jamais eu de puits de mine à Rieulay mais la commune a accueilli jusqu'en 1970 les roches extraites en même temps que le charbon issu des fosses voisines de Somain et Pecquencourt, créant petit à petit le terril des Argales, une montagne de matériaux miniers de 140 hectares.

À partir de 1975, l'entreprise Terrils SA, ?liale des Charbonnages de France, propriétaire des terrils, a commencé la ré-exploitation du site pour en extraire les morceaux de charbon encore valorisables ainsi que les schistes rouges issus de la combustion des schistes noirs initialement entreposés. Celle-ci s'est poursuivie jusqu'à la fin des années 1980.

En 1990, l’établissement public foncier (EPF) Nord-Pas-de-Calais a été créé pour mettre en œuvre une politique partagée par l’État et la région Nord - Pas-de-Calais : la requalification de grands sites industriels et miniers laissés en friche à la suite de l’arrêt des activités. Il est devenu propriétaire de 129 terrils (2.186 ha), dont celui de Rieulay-Pecquencourt (le terril est à 50% sur la commune de Pecquencourt), après acquisition du patrimoine foncier de Terrils SA. Le projet de renaturation qu'il a mené à partir de 2003 sur le terril des Argales a eu un coût de près de 2 millions d'euros, financés à 71% par l'Europe, 15% par l’État (agence de l'eau) et 14% par la région Nord - Pas-de-Calais.

Commune de Rieulay

1, rue Joseph Bouliez
59870 Rieulay

Marc Delecluse

Maire

Établissement public foncier Nord-Pas de Calais

594, avenue Willy Brandt
59777 Lille

Guillaume Lemoine

Écologue