Risque d'incendie :  avec le réchauffement, plus de régions seront touchées, selon des chercheurs de l'Inrae

Avec le réchauffement climatique, des incendies devraient toucher des régions jusqu'alors "immunisées" contre ces désastres naturels, selon des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Toute la moitié Sud de la France sera concernée et même des régions comme les Pays de la Loire et le Centre.

Après 2003, année record pour les surfaces brûlées en France, faut-il craindre davantage d'incendies dans les toutes prochaines années du fait du changement climatique ? "Ce qu'on voit dans nos recherches, c'est que le réchauffement a trois conséquences, la première est une extension spatiale de la zone à risques, avec une contamination des régions qui étaient historiquement immunisées contre les incendies, la deuxième est une extension de la saison à risque, qui commence plus tôt et finit plus tard, et la troisième que l'augmentation des températures nocturnes réduit la fenêtre d'opportunité pour arrêter les feux", a souligné Renaud Barbero chercheur climatologue à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), lors d'un point presse ce 28 juin. En juin, l'Europe du Sud a été frappée cette année par une canicule d'une précocité inédite et l'Espagne a connu plusieurs incendies dont un, dans le nord-ouest du pays à la Culebra, a brûlé près de 9.000 hectares. En Californie, "on a vu des méga feux se produire en novembre ou en décembre bien au-delà de la saison des feux classique", a pointé le chercheur. Malgré tout, les surfaces brûlées ont diminué dans le monde (-25% entre 1998 et 2015), a-t-il relevé. Selon lui, cette baisse s'explique en partie par le recul des forêts, notamment dans les régions tropicales où la pression agricole est plus forte, réduisant la part de biomasse combustible.

Une moyenne de 400.000 à 500.000 hectares brûlés chaque année en Europe

Les projections basées sur les analyses des experts de l'Onu sur le climat (Giec) montrent toutefois "que la zone à risque va s'étendre vers le nord de l'Europe, et puis en altitude", a relevé Jean-Luc Dupuy, directeur de recherche au laboratoire de recherche de l'Inrae à Avignon, qui étudie la propagation des feux et leur évolution en Europe. Aujourd'hui, la superficie brûlée chaque année sur le Vieux Continent est en moyenne de 400.000 à 500.000 hectares, principalement dans les pays méditerranéens (Espagne, Grèce, Italie, France, etc.), habitués de longue date à ces feux durant l'été. A l'exception du Portugal, le nombre de feux et les surfaces brûlées ont été plutôt orientés à la baisse ces dernières années. Malgré le réchauffement du climat, la surface moyenne brûlée chaque année dans l'Hexagone est ainsi passée de 45.000 hectares dans les années 1970-1980 à 12.000 hectares depuis 2006. "Cette baisse est due aux politiques de lutte et de prévention qui consistent à attaquer très rapidement tout départ de feu pendant la saison estivale", avec d'importants moyens pour les pompiers, selon Jean-Luc Dupuy.

Peu de zones épargnées à l'avenir

Pour autant, avec le changement climatique à l'œuvre, qui se traduit par une augmentation des températures et une baisse des précipitations, et donc une végétation plus sèche, le risque d'incendie va selon toutes les probabilités s'accroître en France dans les prochaines années.  "L'activité (des feux) va s'intensifier dans les zones où elle est déjà forte, dans le Sud-Est et aussi s'étendre aux marges montagneuses de cette région du Sud puis à tout le Sud", où les températures et la sécheresse vont augmenter, prévient Jean-Luc Dupuy. Aux Etats-Unis, où les surfaces brûlées ont augmenté de 1.200% lors des trois à quatre dernières décennies, les incendies se produisent aussi davantage dans des zones en altitude, qui étaient jusque-là épargnées, a constaté Renaud Barbero. En France, "le danger météo va aussi augmenter dans la moitié nord notamment dans les pays de la Loire et le Centre où l'on va assister à une hausse significative des incendies dans le futur, selon nos projections", a ajouté Jean-Luc Dupuy. Autre facteur à prendre en compte : l'urbanisation diffuse, avec des interfaces habitat forêt qui se multiplient et peuvent générer plus facilement des départs de feux. "Au cours des dix dernières années, on a assisté à une hausse de 10% de ces interfaces", analyse Anne Ganteaume, directrice de recherche à l'Inrae.

Adapter la végétation et traiter les interfaces habitat-forêt

L'extension des zones touchées par des incendies d'ampleur va poser des défis importants : en effet, si la végétation méditerranéenne est par exemple adaptée aux incendies - le pin d'Alep a par exemple une réserve de graines qu'il peut déployer dans le sol en cas de feu pour assurer une régénération, le chêne-liège avec son écorce épaisse survit aux feux -, celle des zones plus au nord ou plus montagneuses ne l'est pas forcément. Il existe plusieurs pistes d'adaptation possibles, comme de mélanger des espèces entre elles pour améliorer la résilience du peuplement entier au changement climatique, avance Anne Ganteaume. Ou encore, selon Eric Maille, ingénieur de recherche à l'Inrae, en reprenant des espaces en friche pour empêcher la propagation directe du feu. L'entretien de zones d'appui par des troupeaux ovins ou l'agriculture maraîchère autour de noyaux urbains sont cités en exemple.

 

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